Dans l’Arsi, au sud de l’Éthiopie, les familles ne sont pas les seules à mesurer les conséquences d’une attaque : les déplacements, les lieux de culte et l’accès aux services locaux peuvent aussi être touchés. Deux épisodes meurtriers signalés en octobre ravivent les inquiétudes sur la protection des civils dans une région où l’insécurité dure depuis plusieurs années.
Des attaques signalées dans deux districts de l’Arsi
Le Saint-Synode de l’Église orthodoxe éthiopienne Tewahedo affirme que 14 fidèles ont été tués le 20 octobre 2026 dans le district de Merti, puis 46 autres le 24 octobre dans celui de Sherka. Ces deux districts se trouvent dans la zone de l’Arsi, en Oromia. L’Église fait également état de plus de 20 blessés graves et d’habitations incendiées.
Le bilan de 60 morts repose sur le communiqué de l’Église. L’agence africaine APA a repris les mêmes chiffres et précisé les localités mentionnées par le Synode. Reuters a également rapporté le bilan, les dates et les lieux. En revanche, ces informations ne constituent pas une confirmation indépendante de chaque décès : les deux comptes rendus s’appuient sur les déclarations religieuses.
La Commission éthiopienne des droits humains avait indiqué suivre la situation et examiner les informations disponibles. Les éléments publiés par cette institution dans un communiqué ultérieur font état d’attaques renouvelées dans plusieurs districts de l’Arsi depuis octobre 2025, avec des morts, des blessés, des destructions et des déplacements. Ils confirment un contexte d’insécurité persistant, mais ne permettent pas, à eux seuls, de vérifier le bilan précis des deux épisodes d’octobre 2026.
L’identité des auteurs et leur motivation restent à établir. L’Église dit que les victimes étaient chrétiennes orthodoxes. Une analyse d’ACLED, organisme qui recense les violences politiques, décrit une hausse des attaques visant des civils orthodoxes dans l’Arsi. Toutefois, cela ne prouve pas à lui seul que les deux attaques d’octobre étaient motivées par la religion.
Un conflit local qui pèse sur les civils
L’Oromia est la région la plus peuplée d’Éthiopie. Elle connaît depuis plusieurs années une insurrection menée notamment par l’Armée de libération oromo, ainsi que des opérations des forces gouvernementales. L’Éthiopie est un État fédéral : les régions disposent de pouvoirs propres, tandis que le gouvernement fédéral siège à Addis-Abeba, la capitale.
Dans sa mise à jour publiée en mars 2026, la Commission éthiopienne des droits humains évoque des attaques attribuées à des combattants armés dans plusieurs districts de l’Arsi depuis octobre 2025. Elle rapporte des atteintes à la vie et à l’intégrité physique, des destructions de biens et des déplacements liés à l’insécurité. La Commission demande aux autorités fédérales et régionales de renforcer la protection des habitants et de garantir l’accès à l’aide.
Les accusations ne sont pas toujours vérifiables dans l’immédiat. Reuters rapporte que les autorités régionales ont imputé les attaques à une alliance de groupes armés, tandis qu’une source liée à cette alliance a accusé les forces régionales. L’Armée de libération oromo n’avait pas répondu à la demande de commentaire au moment de ce compte rendu. Ces versions contradictoires ne permettent pas de désigner les responsables sans enquête indépendante.
La prudence est d’autant plus nécessaire que les civils vivent au milieu de plusieurs formes de violence. Un reportage de l’Associated Press décrit les restrictions de déplacement, les enlèvements et les difficultés d’accès aux soins dans certaines parties de l’Oromia. Il rapporte aussi des accusations d’abus visant aussi bien des groupes armés que les forces gouvernementales. Ces constats plus larges éclairent le contexte, sans établir les responsabilités dans les attaques de Merti et Sherka.
La sécurité, au-delà des lieux de culte
Pour les habitants, la menace ne se limite pas aux victimes directes. Les maisons incendiées signifient des pertes de biens et parfois un départ précipité. Les blessés ont besoin de soins, alors que les déplacements dans les zones touchées peuvent devenir difficiles. Les familles qui dépendent de marchés, de champs ou de petits commerces risquent aussi de perdre leurs revenus lorsque la circulation se dégrade.
Les lieux de culte occupent une place importante dans la vie communautaire, mais les tensions ne doivent pas être réduites à une opposition entre religions. L’Oromia rassemble des communautés musulmanes, protestantes et orthodoxes, au sein d’une région traversée par des enjeux politiques, identitaires et sécuritaires. Attribuer trop vite une attaque à une seule cause pourrait alimenter les divisions ou masquer d’autres responsabilités.
ACLED relève que les violences visant des civils orthodoxes dans l’Arsi ont commencé en février 2023 et se sont intensifiées en 2025. Son analyse recense 159 épisodes de ciblage de civils dans la zone depuis février 2023, dont plus d’un tiers viserait spécifiquement des habitants orthodoxes. Ces données signalent une tendance préoccupante, mais les catégories et les limites du recensement doivent être gardées à l’esprit : elles ne remplacent ni une enquête judiciaire ni une vérification indépendante de chaque incident.
Un enjeu pour l’État fédéral et la région
La réponse engage à la fois les autorités régionales d’Oromia et le gouvernement fédéral éthiopien. Il leur revient de protéger les civils, d’établir les faits et de rendre possibles les soins et l’aide aux personnes déplacées. La Commission des droits humains réclame aussi des mesures durables dans les zones où les attaques se répètent. Sans enquête crédible, les accusations concurrentes risquent de nourrir la défiance.
L’enjeu dépasse l’Arsi. L’Éthiopie est un acteur central de la Corne de l’Afrique et un membre de l’Autorité intergouvernementale pour le développement (IGAD), organisation régionale engagée sur les questions de paix et de sécurité. Une insécurité durable dans ses régions fragilise les déplacements, les échanges et la confiance entre communautés. Elle complique aussi les efforts de stabilisation dans un pays marqué par plusieurs conflits.
Les prochaines informations à surveiller sont les résultats d’enquêtes indépendantes sur les attaques, l’identification des responsables et les mesures prises pour protéger les villages concernés. Pour l’heure, les bilans et les circonstances rapportés par l’Église restent les principaux éléments publics sur les deux épisodes. Les attribuer clairement, sans transformer une hypothèse en certitude, est essentiel pour informer sans aggraver les tensions.