Pour l’État tunisien, l’enjeu du budget 2027 ne se résume pas au montant des dépenses : il faudra aussi trouver les ressources pour payer les échéances de dette et financer les services publics. Le projet prévoit une forte mobilisation de l’épargne intérieure, tout en comptant davantage sur des financements venus de l’étranger. Ces prévisions restent toutefois soumises à l’examen parlementaire et à la concrétisation des emprunts annoncés.
Un budget encore en discussion
Le projet de loi de finances 2027 s’inscrit dans la deuxième année du plan de développement tunisien 2026-2030. Il doit encore être débattu et adopté par l’Assemblée des représentants du peuple. Les montants inscrits sont donc des objectifs budgétaires, et non des financements déjà obtenus. Le texte et son calendrier ont été rendus publics en octobre 2026, selon le document du projet de loi de finances 2027.
La Tunisie appartient à l’Union du Maghreb arabe (UMA), cadre de coopération régionale en Afrique du Nord. Mais, dans ce dossier, le centre de décision est national : le gouvernement prépare le budget, tandis que le Parlement doit en examiner les choix. Les arbitrages pèseront sur les services de l’État, les investissements dans les régions et les conditions de financement des entreprises.
Le marché intérieur au premier plan
Le projet prévoit 26,722 milliards de dinars tunisiens d’emprunts pour couvrir les besoins de financement de l’État en 2027, contre 25,864 milliards attendus en 2026. Environ 19,845 milliards viendraient du marché intérieur, soit près des trois quarts du total. Le gouvernement envisage notamment des bons du Trésor — des titres de dette émis par l’État — et des facilités accordées par la Banque centrale de Tunisie.
Ce recours au marché local permet de mobiliser des ressources sans dépendre entièrement des créanciers étrangers. Mais il ne crée pas de l’argent sans contrepartie : l’État devra rembourser les titres et payer les intérêts prévus. Si les banques consacrent davantage de ressources au financement du Trésor, les conditions d’accès au crédit pour les entreprises peuvent aussi devenir un enjeu. L’ampleur de cet effet dépendra notamment des liquidités disponibles et de la demande de crédit.
Le volet extérieur augmenterait plus rapidement. Les emprunts à l’étranger sont estimés à 6,877 milliards de dinars, contre 4,269 milliards en 2026, soit une hausse d’environ 61 %. Le projet mentionne des prêts liés à des projets publics, des financements rétrocédés et des ressources destinées au budget. Une partie est présentée comme susceptible de venir de marchés internationaux ou de souscriptions privées, qui supposent qu’un prêteur accepte effectivement les conditions proposées.
Parmi les opérations envisagées figurent deux émissions obligataires : l’une de 450 millions d’euros, l’autre de 350 millions de dollars. Des institutions financières internationales auraient exprimé leur intérêt pour des souscriptions directes. Ces pistes ne valent pas engagement final. Leur réalisation dépendra des discussions, des conditions financières et de la capacité de l’État à conclure les opérations.
Déficit et remboursements : deux contraintes distinctes
Le projet affiche 68,895 milliards de dinars de dépenses pour 54,280 milliards de recettes, soit un déficit prévisionnel de 14,615 milliards. Il prévoit aussi 13,307 milliards de remboursements du principal de la dette. Ce principal correspond au capital emprunté qui arrive à échéance, à distinguer des intérêts payés sur la dette.
Cette distinction aide à comprendre pourquoi le besoin de financement est supérieur au seul déficit : l’État doit couvrir l’écart entre recettes et dépenses, mais aussi honorer des remboursements arrivés à échéance. Le montant total d’emprunts prévu ne doit donc pas être lu comme une dépense nouvelle consacrée à des politiques publiques. Il sert également à refinancer des obligations antérieures.
Pour les ménages, les conséquences ne seront pas identiques selon les territoires et les activités. Les recettes et les emprunts doivent permettre à l’État de financer ses missions et les projets annoncés dans les régions. En parallèle, le poids du service de la dette réduit la marge disponible pour de nouveaux choix budgétaires. Les entreprises dépendantes du crédit bancaire peuvent, elles aussi, être concernées si le financement du Trésor mobilise une part importante des ressources locales.
La question de la soutenabilité
Le débat ne porte donc pas uniquement sur la capacité à lever les fonds en 2027. Il concerne aussi le coût de ces ressources et la possibilité de les rembourser sans fragiliser d’autres priorités. Une part importante de financement intérieur expose le budget aux capacités des banques et du marché local. Une hausse des emprunts extérieurs, de son côté, peut accroître l’exposition aux conditions des prêteurs et aux variations de change.
Le projet prévoit également des facilités de financement de la Banque centrale. Un tel dispositif peut répondre à un besoin immédiat de trésorerie, mais il pose la question de la relation entre politique budgétaire et politique monétaire. La Banque centrale a un rôle distinct de celui du gouvernement dans la gestion de la monnaie et des prix. Le Parlement devra donc apprécier les conditions et les limites de ce mécanisme au moment d’examiner le texte.
La trajectoire proposée met en balance le financement des dépenses publiques, les remboursements de dette et la préservation du crédit à l’économie. Les chiffres du budget ne suffisent pas, à eux seuls, à établir l’effet futur sur la croissance ou le niveau de vie. Celui-ci dépendra de l’exécution des dépenses, des recettes effectivement mobilisées et des conditions auxquelles les emprunts seront conclus.
Les étapes à surveiller
La prochaine étape est l’examen du projet par les députés, qui peuvent discuter ses hypothèses et ses mécanismes de financement avant le vote. Il faudra ensuite vérifier si les émissions obligataires annoncées aboutissent et si les souscriptions privées évoquées se concrétisent. Pour la Tunisie et ses partenaires de la région, le budget sera aussi un indicateur de la manière dont l’État entend concilier besoins sociaux, investissement dans les territoires et engagements financiers.
Les données budgétaires présentées ici sont rapportées dans le projet et par des médias tunisiens. La TAP a notamment confirmé le montant global des dépenses prévues, tandis que La Presse de Tunisie a rapporté la répartition des emprunts et les émissions envisagées. Les estimations de financement restent des prévisions tant que les opérations n’ont pas été conclues.