À Dakar comme dans les régions, les arbitrages du budget 2026 peuvent peser sur des services essentiels, les chantiers publics et le coût de la vie. Au Sénégal, la question n’est donc pas seulement de réduire le déficit : il faut aussi décider qui supportera l’ajustement et quelles dépenses seront préservées.
Un budget révisé sous la pression des recettes et de l’énergie
Le projet de loi de finances rectificative (LFR) modifie le budget en cours d’année lorsque les recettes ou les dépenses s’écartent des prévisions. Le texte soumis à l’Assemblée nationale ramène les recettes à 5 848,7 milliards de FCFA, contre 6 188,8 milliards dans le budget initial. Le déficit prévu atteint 1 735,2 milliards, soit 7,6 % du produit intérieur brut (PIB), au lieu de 5,4 %.
La hausse des subventions énergétiques contribue fortement à ce rééquilibrage. Leur enveloppe passerait de 250 à 790,3 milliards de FCFA, tandis que la croissance attendue pour 2026 est revue à la baisse, à 2,7 %. Ces données figurent dans le projet budgétaire et sont également rapportées par l’Agence de presse sénégalaise (chiffres du projet de loi de finances rectificative).
Le contexte régional compte aussi. Le Sénégal emprunte sur le marché des titres publics de l’Union monétaire ouest-africaine (UMOA), où les États membres se financent auprès d’investisseurs. La hausse des rendements y renchérit le coût de nouveaux emprunts et peut réduire les marges disponibles pour les budgets nationaux.
Investissements reportés, compromis contesté
Le gouvernement propose de réduire de 555 milliards de FCFA les crédits d’investissement. Le Premier ministre, Ahmadou Alhaminou Mohamed Lo, a expliqué le 25 octobre que certains projets seraient reportés à 2027, faute de financements disponibles ou parce que leur exécution immédiate n’était pas prête. Pour l’exécutif, la révision doit tenir compte des recettes en baisse et de dépenses devenues urgentes.
La majorité parlementaire de Pastef rejette toutefois le texte en l’état. Elle ne conteste pas nécessairement le principe d’une révision, mais met en cause la répartition des coupes et demande de protéger la santé, l’éducation, l’eau, les infrastructures et l’industrie. Le parti réclame aussi des explications sur 120 milliards de FCFA liés au mécanisme de réponse d’urgence, ainsi que des économies sur le fonctionnement de l’État. Cette opposition et les demandes des députés ont été rapportées par l’Agence de presse africaine.
Le désaccord s’est manifesté en commission le 23 octobre. Le débat en séance plénière est annoncé pour le mardi 27 octobre à 10 heures. À la date de cette séance, l’issue du vote n’est pas établie par les informations disponibles ici. Il faut donc distinguer le calendrier annoncé du résultat parlementaire.
Les arbitrages ne produisent pas les mêmes effets pour tous. Un report de travaux peut retarder des infrastructures utiles aux habitants des régions et priver des entreprises du bâtiment de contrats ou de paiements attendus. À l’inverse, maintenir des dépenses sans recettes suffisantes accroît les besoins d’emprunt. Les ménages sont particulièrement concernés par les subventions : leur réduction pourrait peser sur les prix de l’énergie, tandis que leur maintien mobilise des ressources publiques importantes. Le gouvernement dit vouloir différer des projets plutôt que les abandonner ; leur calendrier concret reste à suivre.
Des emprunts encore accessibles, mais plus chers
Le 23 octobre, le Sénégal a mobilisé 55 milliards de FCFA sur le marché régional, pour une adjudication initialement fixée à 50 milliards. Les offres des investisseurs ont dépassé 69 milliards, signe que l’État conserve un accès au financement. Mais le rendement moyen des obligations à cinq ans s’est établi à 8,24 %, contre 7,82 % le 9 octobre. Cette évolution, documentée par les données de l’adjudication, indique un financement plus coûteux. Elle ne permet pas, à elle seule, d’attribuer la hausse au bras de fer parlementaire.
Ces titres s’inscrivent dans le marché de l’UMOA, partagé par plusieurs États ouest-africains. Le coût auquel le Sénégal emprunte dépend donc aussi des conditions régionales, de la demande des investisseurs et de l’appréciation des risques. Le chiffre de 8,24 % décrit une émission précise, non le coût uniforme de toute la dette publique.
Le dossier du FMI, autre test de crédibilité
Le débat budgétaire se déroule alors que Dakar cherche à rétablir la confiance après la découverte d’informations antérieures inexactes sur la dette publique. Le 1er septembre, les services du Fonds monétaire international (FMI) ont annoncé un accord technique ouvrant la voie à un programme de 36 mois d’environ 2,2 milliards de dollars. Cet accord n’équivaut pas à un financement déjà approuvé : le conseil d’administration doit encore se prononcer, après des mesures correctrices et l’obtention d’assurances de financement. Le communiqué du FMI précise ces conditions.
Pour les autorités, un budget crédible peut faciliter la recherche de financements et consolider les comptes publics. Pour les élus, l’enjeu est de vérifier que l’ajustement ne repose pas principalement sur le report d’investissements ou sur une possible hausse des coûts supportés par les ménages. Le débat porte donc autant sur la transparence et le contrôle des dépenses que sur le niveau du déficit.
Un enjeu national aux répercussions régionales
La décision de l’Assemblée pèsera sur l’exécution des politiques publiques au Sénégal et sur les conditions auxquelles le pays pourra emprunter dans l’UMOA. Elle intéresse aussi les partenaires régionaux et les investisseurs qui suivent la trajectoire budgétaire sénégalaise. La prochaine étape sera le vote de la LFR, puis la traduction des choix retenus dans les dépenses effectives : services sociaux, projets d’infrastructure, subventions énergétiques et fonctionnement de l’État.
Le compromis attendu devra ainsi concilier trois contraintes : contenir le déficit, protéger les activités et services jugés prioritaires, et rassurer les prêteurs sans faire peser une part disproportionnée de l’effort sur les Sénégalais. Son contenu concret, davantage que les déclarations de principe, déterminera qui paiera le prix de la révision.