Pour les internautes de Bamako comme pour les entreprises des régions, une liaison internationale supplémentaire ne garantit pas encore un accès stable. Elle offre plutôt une nouvelle voie d’acheminement, dont les effets dépendront de la solidité du réseau malien et des conditions d’accès des opérateurs.
Une nouvelle liaison entre le Mali et le Sénégal
Le 5 octobre 2026, la Société malienne de transmission et de diffusion (SMTD-SA) et Sénégal Numérique SA ont inauguré l’interconnexion de leurs réseaux de fibre optique à la frontière, entre Diboli et Kidira. L’Agence de presse sénégalaise et des médias maliens ont confirmé la date et le raccordement. Ces réseaux dorsaux, ou « backbones », transportent les données sur de longues distances avant leur distribution par les opérateurs et fournisseurs d’accès.
Selon les autorités maliennes, le nouveau raccordement permet au trafic de rejoindre des câbles sous-marins accessibles depuis le Sénégal, avec des routes passant notamment par le Cap-Vert et le Portugal. Il ajoute un itinéraire à ceux qui relient déjà le Mali, pays sans accès direct à la mer, aux réseaux internationaux via plusieurs pays voisins.
La liaison s’inscrit dans le Réseau ouest-africain des backbones nationaux (ROA-BN), qui vise à interconnecter les infrastructures publiques de plusieurs pays. Une convention entre les deux sociétés avait été conclue en avril 2026, selon le média malien Journal du Mali. L’objectif est de multiplier les itinéraires possibles et de faciliter la circulation des données dans la région.
Pour le Mali, diversifier les routes peut réduire la dépendance à un seul corridor. Si une liaison est interrompue ou saturée, une autre peut contribuer à maintenir le trafic. Mais cette redondance reste un bénéfice potentiel : elle dépend des accords entre exploitants et de l’utilisation réelle de la nouvelle capacité. Les informations publiées ne précisent pas encore le débit disponible, les tarifs de gros ni les opérateurs qui l’utiliseront.
La qualité du réseau intérieur reste déterminante
Une connexion internationale plus directe ne résout pas les difficultés d’acheminement à l’intérieur du pays. Pour atteindre les usagers, les données doivent circuler sur le réseau national, puis passer par des antennes mobiles, des équipements de transmission et des installations électriques suffisamment fiables.
Le diagnostic de l’économie numérique du Mali publié par la Banque mondiale recensait 29 cercles sur 57 et 130 villes administratives secondaires sur 704 qui n’étaient pas reliés au backbone. Il signalait aussi des coupures fréquentes sur certaines sections de la fibre de la SMTD, ainsi que des obstacles à la maintenance : routes difficiles, contraintes de sécurité et moyens logistiques limités. Ces chiffres décrivent la situation étudiée dans ce diagnostic, et non un décompte actualisé en 2026.
La SMTD indique exploiter plus de 3 500 kilomètres de fibre optique au Mali, selon des informations relayées par la presse malienne et l’agence panafricaine APA. La longueur du réseau ne suffit toutefois pas à mesurer sa couverture ou sa fiabilité : l’état des équipements, leur entretien et les raccordements jusqu’aux localités comptent aussi.
Les données récentes d’usage invitent également à distinguer les indicateurs. Le rapport 2024 de l’Autorité malienne de régulation des télécommunications et des postes (AMRTP) dénombre 13,1 millions d’abonnements ou clients Internet à la fin de l’année, en baisse de 2 % sur un an. Ce parc n’équivaut pas au nombre de personnes connectées : une personne peut détenir plusieurs abonnements. Pour sa part, la Banque mondiale estime à 36,8 % la part de la population utilisant Internet en 2024. Les méthodes et les périmètres diffèrent, mais ces chiffres rappellent que l’accès reste inégal.
La fracture se joue à plusieurs niveaux. Les usagers des zones éloignées dépendent davantage de la couverture mobile et des liaisons de collecte ; les entreprises et administrations ont besoin de connexions prévisibles pour leurs échanges quotidiens. À Bamako, la proximité des infrastructures peut faciliter l’accès, sans effacer les questions de coût, de qualité ou de disponibilité.
Un test pour la coopération numérique régionale
La liaison Mali-Sénégal montre que des opérateurs publics ouest-africains peuvent relier leurs réseaux au-delà des frontières. Le ROA-BN ambitionne d’étendre ces interconnexions à d’autres pays de la région. Une telle coopération peut offrir davantage de routes aux opérateurs et renforcer la continuité des services, à condition que les réseaux soient compatibles et que les modalités d’accès soient concrètes.
Pour les usagers, le résultat ne se mesurera donc pas à la seule inauguration. Il faudra observer la disponibilité effective de la liaison, les volumes de données transportés et son adoption par les opérateurs. Au Mali, l’enjeu sera aussi de poursuivre le maillage intérieur, de réparer les tronçons fragiles et de desservir les localités encore à l’écart.
La nouvelle connexion ouvre une porte supplémentaire vers les réseaux internationaux. Sa portée économique et sociale dépendra de la capacité à acheminer les données depuis la frontière jusqu’aux foyers, aux services publics et aux activités locales.