À Kinshasa, la question n’est plus seulement de savoir si un dialogue national aura lieu. Il s’agit aussi de déterminer qui en fixera les règles, qui y prendra part et quelle place sera accordée aux opposants. C’est avec ces désaccords en toile de fond que les dirigeants de la Coalition Article 64 (C64) doivent se retrouver à Rome, en Italie, à partir du lundi 26 octobre 2026.
Une tournée européenne sur fond de désaccord politique
La C64 rassemble cinq figures de l’opposition congolaise : Martin Fayulu, Moïse Katumbi, Jean-Marc Kabund, Augustin Matata Ponyo et Delly Sesanga. La coalition, lancée à Kinshasa en mai 2026, revendique la défense de l’ordre constitutionnel. Radio Okapi a rapporté sa création et ses objectifs.
Le rendez-vous romain doit permettre aux cinq responsables d’harmoniser leurs positions. Selon des informations rapportées par plusieurs médias congolais, leur déplacement s’inscrit dans une tournée européenne. Bruxelles et Paris figurent parmi les étapes envisagées. Une rencontre à Paris était annoncée pour le 2 novembre. Les passages à Madrid et à Londres, eux, restaient à confirmer. Le calendrier précis et la tenue des entretiens diplomatiques n’ont pas été établis par des annonces officielles accessibles.
À Rome, les opposants prévoient notamment des échanges avec des représentants de l’Église catholique. En République démocratique du Congo (RDC), les responsables religieux sont régulièrement sollicités dans les discussions politiques. Le cardinal Fridolin Ambongo, archevêque de Kinshasa, se trouve lui aussi en Europe pour des activités distinctes, sans lien officiellement annoncé avec la C64.
La coalition veut convaincre des interlocuteurs européens de soutenir sa demande d’un dialogue national inclusif et rapide. Elle entend également aborder les droits humains. Un membre de la délégation, cité dans les informations annonçant le déplacement, estime que ce thème pèse moins dans les priorités européennes actuelles. Cette appréciation lui appartient ; elle ne constitue pas une position officiellement exprimée par les gouvernements concernés.
Un dialogue lancé, mais ses modalités contestées
Le président Félix Tshisekedi a annoncé le lancement du « Dialogue national pour la paix, la cohésion et la refondation de l’État » dans son adresse à la nation du 27 août. La présidence a présenté un processus comprenant des consultations dans les 26 provinces avant des assises nationales à Kinshasa. La Présidence congolaise a publié les grandes lignes de cette initiative, également rapportées par l’agence nationale ACP.
Le désaccord porte désormais sur la manière de préparer ces assises. La C64 refuse que le pouvoir en définisse seul le format et les participants. Elle demande une concertation préalable entre les forces politiques et sociales. En septembre, la coalition a aussi salué l’appel de la MONUSCO, la mission des Nations unies en RDC, en faveur d’un dialogue largement inclusif. Elle soutient que la confiance des participants dépendra de garanties sur la facilitation et l’ordre du jour. Actualite.cd a rendu compte de cette prise de position.
Le pouvoir présente le dialogue comme un moyen de renforcer la cohésion nationale, dans un pays confronté à une crise sécuritaire persistante dans l’Est. Pour l’opposition, un processus conduit sans accord sur ses règles risque de rester une consultation plutôt qu’une négociation. Ces deux lectures dessinent l’enjeu central : l’ouverture annoncée par les autorités ne suffit pas, à elle seule, à établir que les acteurs politiques feront confiance au cadre proposé.
De Kinshasa aux régions : qui peut peser sur le processus ?
Une tournée auprès de responsables européens peut donner de la visibilité aux revendications de la C64 et ouvrir des canaux diplomatiques. Elle ne remplace toutefois pas les discussions entre Congolais. Son influence dépendra de la capacité des opposants à parler d’une seule voix, mais aussi de la réponse des autorités et des organisations nationales appelées à participer au dialogue.
Les conséquences d’un accord ou d’un blocage ne se limiteraient pas aux responsables politiques de la capitale. Les institutions nationales, les organisations de la société civile et les représentants des provinces seraient concernés par le choix des participants et des sujets. Dans l’Est, où l’insécurité reste un enjeu majeur, un dialogue perçu comme trop étroit pourrait difficilement répondre aux préoccupations locales. À l’inverse, les modalités de représentation et de sécurité pèseront sur la possibilité d’associer des acteurs éloignés de Kinshasa.
La question des droits humains touche également à l’espace civique : la possibilité, pour les partis, les associations et les citoyens, de s’exprimer et de participer sans intimidation. La C64 prévoit d’en parler à ses interlocuteurs européens. Mais les engagements pris hors du pays n’auront d’effet concret que s’ils se traduisent par des garanties observables et un dialogue accessible aux forces politiques et sociales congolaises.
Un enjeu régional, au-delà des capitales européennes
La RDC appartient à la Communauté de développement de l’Afrique australe (SADC), organisation régionale qui compte 16 États et traite notamment de paix, de sécurité et de coopération. Elle est aussi engagée dans les dynamiques de la région des Grands Lacs, où les crises sécuritaires et politiques dépassent régulièrement les frontières nationales. La SADC répertorie la RDC parmi ses États membres.
La tournée européenne attire l’attention sur les relais diplomatiques que l’opposition cherche à mobiliser. Le test politique, lui, se jouera principalement à Kinshasa : le processus lancé par le président peut-il réunir des acteurs qui contestent ses conditions ? Les prochaines étapes annoncées — la rencontre de Rome, les consultations provinciales et la mise en place des assises — permettront de mesurer l’écart entre l’appel à l’inclusivité et sa mise en œuvre. À ce stade, ni la participation de la C64 au dialogue ni l’issue de la tournée ne sont acquises.