À Johannesburg, une course en maillots violets met en scène une question souvent tue : comment parler du cancer de la prostate avant que les symptômes ou la maladie avancée ne forcent la conversation ? Le rendez-vous sportif veut faire de la santé masculine un sujet public, et non une affaire que chacun affronte seul.

Une mobilisation au cœur de Johannesburg

Le vendredi 23 octobre 2026, des centaines d’hommes ont pris part à la Hollard Daredevil Race, une course annuelle organisée dans la capitale économique sud-africaine pour sensibiliser au cancer de la prostate. Certains participants ont aussi témoigné de leur expérience personnelle de la maladie.

Motaung Lehasa a expliqué avoir perdu deux frères à cause de ce cancer. Riyaad Kriel, lui-même survivant, a évoqué son parcours. Leurs paroles donnent un visage à une maladie qui reste difficile à aborder dans de nombreuses familles. Elles rappellent aussi que la sensibilisation ne se limite pas à transmettre des informations médicales : elle peut aider à lever la gêne et à parler des antécédents familiaux.

Les études sud-africaines publiées en 2023 éclairent l’ampleur du manque d’information, sans pour autant représenter tous les hommes du pays. Dans une étude menée auprès d’hommes noirs diagnostiqués dans l’État libre, moins d’un quart avaient entendu parler du cancer de la prostate avant leur diagnostic. Dans une enquête distincte au Limpopo, près des deux tiers des hommes interrogés avaient des connaissances insuffisantes, et plus de 80 % ne connaissaient pas les méthodes de dépistage. L’étude sur des hommes noirs diagnostiqués dans l’État libre et l’enquête menée dans le Limpopo documentent deux réalités locales, mais ne doivent pas être extrapolées mécaniquement à tout le pays.

Le dépistage commence par une discussion

Le dosage du PSA, ou antigène prostatique spécifique, est une analyse de sang qui peut contribuer à évaluer le risque. Un résultat élevé ne signifie pas automatiquement qu’il y a un cancer : d’autres troubles de la prostate peuvent aussi modifier le taux. Le test ne remplace donc pas l’évaluation d’un professionnel de santé.

Les recommandations sud-africaines insistent sur une décision discutée avec un médecin, en tenant compte de l’âge, des antécédents familiaux et de l’état de santé. Le dépistage peut présenter des bénéfices, mais aussi conduire à des examens ou traitements inutiles si un cancer lentement évolutif est détecté. C’est pourquoi un appel général à « se faire tester » ne remplace pas une information claire sur les avantages et les limites du test. Les recommandations sud-africaines sur le dépistage précisent les situations où la discussion médicale est particulièrement importante.

Le message des participants — ne pas ignorer les changements ressentis et consulter — complète cette démarche, sans constituer un diagnostic. Certaines formes de cancer de la prostate peuvent évoluer sans symptômes évidents au début. À l’inverse, des troubles urinaires ne signifient pas nécessairement qu’un cancer est présent. L’enjeu est donc d’obtenir un avis médical plutôt que de tirer seul une conclusion.

Au-delà de la sensibilisation, l’accès aux soins

La course peut attirer l’attention, mais l’information seule ne garantit ni consultation ni suivi. L’accès aux services, leur coût, la disponibilité des examens et la continuité des soins influencent aussi les parcours. Les obstacles ne sont pas identiques pour un homme disposant d’une couverture médicale en ville et pour une personne vivant loin d’un établissement de santé ou dépendant du secteur public.

Les organismes partenaires de l’événement présentent les fonds recueillis comme un moyen de soutenir la sensibilisation, le dépistage et l’accompagnement des patients. En 2025, Hollard a annoncé un don de 1,2 million de rands à la Cancer Association of South Africa et à la Prostate Cancer Foundation. Ce financement annoncé éclaire l’un des prolongements possibles de l’opération : relier la visibilité d’une journée à des services concrets, notamment dans les zones moins bien desservies. Le communiqué sur les fonds remis après l’édition 2025 détaille leur destination prévue.

Les données de santé comptent également. Le registre populationnel du cancer d’Ekurhuleni a recensé 426 cancers de la prostate chez les hommes en 2022, ce qui en faisait le cancer le plus fréquent dans les données locales. Ce chiffre décrit une zone précise, et non l’ensemble de l’Afrique du Sud. Des données nationales plus complètes restent essentielles pour mesurer les diagnostics, les traitements et les écarts entre territoires. Le rapport 2022 du registre d’Ekurhuleni fournit ce point de comparaison local.

Un enjeu de santé partagé en Afrique australe

L’Afrique du Sud est membre de la Communauté de développement de l’Afrique australe, la SADC, qui organise la coopération régionale dans plusieurs domaines, dont la santé. Le cancer de la prostate n’est pas propre au pays. Les campagnes de prévention, la formation des soignants et la qualité des registres peuvent donc nourrir des échanges régionaux, même si les systèmes de santé et les moyens disponibles diffèrent d’un État à l’autre. Le programme santé de la SADC inscrit cette coopération dans un cadre régional.

À Pretoria, comme dans les provinces, le défi consiste à transformer un moment de visibilité en conversations suivies et en parcours de soins accessibles. La course de Johannesburg apporte une scène et des témoignages. La suite se mesurera à la capacité des institutions, des associations et des services de santé à rendre l’information compréhensible, les consultations possibles et les données assez solides pour suivre les progrès.