Un budget annoncé ne transporte ni minerai ni voyageurs. En Algérie, le test de 2027 sera de convertir les crédits publics en liaisons fiables, entretenues et utiles aux habitants comme aux entreprises.

Le projet de loi de finances met sur la table de grands chantiers ferroviaires et portuaires, mais aussi des travaux moins visibles : réparer les routes, maintenir les aéroports et protéger les ouvrages contre les intempéries. Leur avancement pèsera autant que les sommes inscrites.

Un budget proposé, pas encore un résultat

Le 21 octobre 2026, le ministre des Travaux publics et des Infrastructures de base, Abdelkader Djellaoui, a présenté les crédits de son secteur à la commission des finances et du budget de l’Assemblée populaire nationale. Le projet prévoit 980 milliards de dinars en crédits de paiement et 322 milliards en autorisations d’engagement. Ces enveloppes n’ont pas le même rôle : les premières financent les paiements, tandis que les secondes permettent d’engager des dépenses sur les opérations programmées.

Le ministre a annoncé 456 nouvelles opérations et la réévaluation de 14 projets existants. Plus de 290 milliards de dinars d’autorisations d’engagement iraient aux investissements publics ; plus de 31,6 milliards couvriraient le fonctionnement des services. Ces chiffres décrivent une proposition budgétaire examinée par le Parlement, et non des dépenses déjà réalisées. L’APS et la télévision publique algérienne rapportent les mêmes principales données.

La conversion en dollars, parfois reprise dans les présentations du budget, dépend du taux de change retenu. Le montant en dinars reste donc la référence la plus précise pour suivre le projet et son exécution.

Relier les régions, acheminer les ressources

Le programme s’inscrit dans une stratégie nationale de maillage du territoire. Dans un pays vaste, la qualité des liaisons entre le Nord, l’Est et les régions sahariennes influe sur les déplacements quotidiens, l’accès aux services et le coût d’acheminement des marchandises. Les bénéfices attendus ne sont toutefois pas automatiques : ils dépendent des connexions avec les routes, les zones de production et les ports.

À l’Est, la ligne minière annoncée s’étend sur 422 kilomètres de voie double électrifiée. Sa capacité visée est d’environ 23 millions de tonnes de phosphate et de fer par an. Selon le bilan présenté par le ministre, 174 kilomètres sont en exploitation ; 127 kilomètres sont en phase d’achèvement et d’essais, tandis que les travaux continuent sur les 121 kilomètres restants. Des mises en service de sections sont annoncées pour 2027.

Ce corridor doit notamment faciliter l’acheminement des minerais vers Annaba. Il pourrait soutenir l’activité des sites concernés et des opérateurs logistiques. Mais la capacité ferroviaire projetée ne garantit pas, à elle seule, un gain économique : il faudra vérifier les délais, la régularité du service et la coordination entre voie ferrée, installations minières et port.

Autre projet de longue portée, le corridor ferroviaire Nord-Sud doit relier Alger à Tamanrasset. Sur les 1 925 kilomètres de tronçons détaillés par le ministre, 308 kilomètres sont en exploitation, 42 en travaux, 924 en préparation et 651 soumis à des appels d’offres. Cette répartition montre un chantier à des stades très différents. La mise en service complète dépendra donc d’une programmation suivie, du financement et de la réalisation effective des sections encore en amont.

Routes, port et entretien : l’envers des grands chantiers

Les crédits annoncés concernent aussi l’entretien et le renforcement des routes et autoroutes, la modernisation du réseau, ainsi que la construction ou la reconstruction d’ouvrages d’art. Des interventions sont prévues sur les infrastructures aéroportuaires. Pour les usagers, ces travaux peuvent compter autant qu’une nouvelle ligne : une route dégradée ou une liaison interrompue affecte les trajets, le transport des biens et l’activité des petites entreprises, y compris dans les zones éloignées des grands pôles.

Le projet de loi propose également un Fonds national destiné à réparer les dégâts causés par les intempéries sur les infrastructures du secteur. L’objectif annoncé est de disposer de ressources mobilisables chaque année, au lieu d’attendre l’inscription de nouvelles opérations. L’efficacité du mécanisme dépendra toutefois de ses règles de financement, de déclenchement et de contrôle, qui devront être précisées et suivies.

À Annaba, l’extension portuaire prévoit le dragage des bassins à des profondeurs de 16 à 27 mètres, une digue prolongée de 1 400 mètres, une plateforme de 82 hectares et un quai minéralier de 1 600 mètres. Ce projet vise à accroître les capacités d’accueil et à faciliter le transport des minerais. Son impact se mesurera aussi à la fluidité des opérations et à son articulation avec la ligne ferroviaire de l’Est.

La mise en œuvre, principal indicateur à suivre

Pour les autorités, l’enjeu est de faire avancer simultanément des projets de développement et la maintenance des équipements existants. Pour les habitants, les effets dépendront de l’accès concret aux nouvelles liaisons et de la continuité du service. Pour les opérateurs économiques, la fiabilité des transports pèsera sur les délais et les coûts. Les territoires éloignés d’Alger ne tireront pleinement parti des investissements que si les dessertes locales suivent.

À l’échelle nord-africaine, ces infrastructures peuvent renforcer les échanges entre régions algériennes et améliorer les connexions avec les marchés voisins. Mais les annonces ne préjugent pas de l’intégration régionale : celle-ci dépend aussi des accords, des passages frontaliers et de la continuité des réseaux au-delà des frontières. L’Algérie appartient à l’Union du Maghreb arabe, dont les ambitions de coopération régionale restent confrontées à des tensions politiques durables.

Les prochains repères seront l’adoption définitive du budget, les marchés attribués et les mises en service annoncées pour 2027. Comparer les crédits votés aux sommes effectivement dépensées, puis aux infrastructures opérationnelles et entretenues, permettra de distinguer la programmation de ses résultats.