À Kinshasa, suspendre les nouvelles admissions à Makala peut freiner l’engorgement. Mais la mesure ne libère aucune cellule. Sans décisions judiciaires rapides et solutions de détention conformes à la loi, le trop-plein risque de se déplacer vers d’autres lieux, moins visibles et parfois moins contrôlés.
Une mesure d’urgence dans une capitale sous pression
La prison centrale de Makala, aussi appelée Centre pénitentiaire et de rééducation de Kinshasa, a été conçue pour accueillir environ 1 500 personnes. Or, selon les chiffres publiés le 22 octobre 2026 par Radio Okapi, elle en compte au moins 16 155. Une autre dépêche de l’Agence congolaise de presse, datée du 16 octobre, faisait état de 16 238 détenus. Ces chiffres, attribués aux autorités, décrivent un établissement comptant plus de dix fois sa capacité théorique.
Le ministre d’État à la Justice, Guillaume Ngefa, a ordonné par circulaire la suspension des nouvelles admissions, sauf dérogation exceptionnelle d’ordre judiciaire. La mesure, présentée comme temporaire, vise à empêcher que l’occupation ne s’aggrave. Elle prévoit aussi, selon les informations rapportées par Radio Okapi, des transfèrements et un examen des dossiers judiciaires.
La décision intervient dans un pays où les difficultés carcérales dépassent la capitale. Les prisons congolaises font face à des retards de jugement, à des infrastructures limitées et à des moyens inégaux. Les détenus en attente de procès sont particulièrement exposés : leur maintien en prison peut se prolonger sans condamnation, alors que les familles doivent souvent assumer une part du soutien quotidien.
Bloquer les admissions ne règle pas les dossiers
Le nombre de places n’est qu’une partie du problème. Dans le sujet qui accompagne l’annonce gouvernementale, Mia Tshimanga, coordinatrice du projet détention chez Avocats sans frontières, estime que plus de 70 % des personnes détenues à Makala sont en détention préventive. Ce chiffre doit être lu comme une estimation qui lui est attribuée, et non comme un décompte officiel récent vérifié indépendamment.
La détention préventive concerne les personnes placées en prison avant leur jugement. Elle devrait rester encadrée et ne pas remplacer le travail des tribunaux. Quand les audiences tardent, des personnes poursuivies pour des faits parfois mineurs peuvent rester enfermées, tandis que les juridictions et les parquets accumulent les dossiers. La congestion carcérale reflète alors aussi les limites de la chaîne judiciaire.
Interdire les nouvelles admissions à Makala peut réduire la pression sur ses pavillons. Toutefois, si les personnes arrêtées restent dans des cachots de police ou sont envoyées dans d’autres prisons déjà saturées, le problème change d’adresse sans disparaître. Tshimanga met précisément en garde contre ce risque. Le suivi des transferts et l’accès aux lieux de détention seront donc déterminants.
Les effets ne sont pas répartis également. Les autorités judiciaires doivent trier les dossiers et organiser les transferts. Les personnes détenues dépendent des décisions de justice pour retrouver leur liberté ou connaître leur procès. Leurs proches, eux, absorbent une partie des coûts matériels et des conséquences sociales de l’incarcération. Une mesure administrative ne peut, à elle seule, corriger ces déséquilibres.
Le précédent de 2024 reste dans les mémoires
La situation de Makala avait déjà été remise au premier plan après la tentative d’évasion survenue dans la nuit du 1er au 2 septembre 2024. Le gouvernement congolais avait alors annoncé un bilan provisoire de 129 morts et 59 blessés. Le Fonds des Nations unies pour la population a également documenté les violences sexuelles commises contre des détenues lors de ces événements. Ce précédent rappelle les conséquences possibles d’un établissement saturé, sans pour autant permettre de conclure que la mesure actuelle suffira à prévenir de nouveaux incidents.
Depuis, les annonces de désengorgement se heurtent à une question concrète : où accueillir les personnes transférées et comment garantir leurs droits ? Construire ou rénover des prisons peut augmenter les capacités, mais ne raccourcit pas automatiquement les délais judiciaires. À l’inverse, accélérer l’examen des dossiers exige des moyens pour les tribunaux, les parquets et l’assistance juridique.
Un test pour la justice congolaise et la région
La République démocratique du Congo appartient à la Communauté de développement de l’Afrique australe (SADC) et à la Communauté d’Afrique de l’Est (EAC), deux organisations régionales de coopération. La gestion de la détention reste d’abord une responsabilité nationale. Mais l’accès à la justice, le respect des droits fondamentaux et le traitement des personnes privées de liberté sont aussi des enjeux suivis à l’échelle africaine.
La prochaine étape se mesurera moins à la fermeture des portes de Makala qu’à ses résultats : diminution effective du nombre de détenus, décisions judiciaires rendues dans des délais raisonnables, contrôle des lieux de garde à vue et transparence sur les transferts. Les chiffres disponibles diffèrent selon leur date et leur source ; leur publication régulière aiderait à vérifier si la pression baisse réellement.
Pour l’heure, l’interdiction annoncée constitue un frein immédiat, pas un plan complet. Comme le souligne Mia Tshimanga, elle peut ouvrir une première étape. Sa portée dépendra des mesures qui suivront et de la capacité des institutions congolaises à traiter les dossiers sans déplacer la surpopulation vers des lieux moins surveillés.
Pour le contexte et les chiffres, consulter les informations de Radio Okapi sur la suspension des admissions à Makala, le décompte de l’Agence congolaise de presse et les éléments publiés par les Nations unies en RDC sur les événements de septembre 2024.