Le mandat de la mission de l’ONU au Sahara occidental arrive à échéance le 31 octobre 2026. Le débat qui s’ouvre à New York dépasse une question de calendrier : il porte sur la place du référendum, le rôle de l’ONU et les conditions d’une négociation entre le Maroc et le Front Polisario.

Un projet américain qui reconfigure la mission

Le 22 octobre, les États-Unis ont distribué aux membres du Conseil de sécurité une première version de résolution sur le renouvellement de la MINURSO, la Mission des Nations unies pour l’organisation d’un référendum au Sahara occidental. Le texte n’est pas adopté : il doit encore être discuté et peut être amendé avant le vote attendu le 31 octobre. Le Desk a rapporté les principales dispositions de cette ébauche, également décrites par des médias marocains et algériens.

La proposition prévoit de prolonger la mission jusqu’au 30 avril 2027, puis de la transformer en mission politique jusqu’au 31 octobre 2027. Elle prévoit aussi de réduire de moitié les effectifs en uniforme avant le 31 janvier 2027. Enfin, elle demande au secrétaire général de l’ONU, António Guterres, de présenter avant le 15 décembre des propositions sur la structure et les moyens de la future mission.

Le changement serait aussi symbolique. Le texte propose de retirer le « R » de « référendum » dans le nom de la mission. Surtout, il présente le plan d’autonomie marocain comme la seule solution viable au différend. La proposition américaine s’inscrit dans la continuité de la résolution 2797, adoptée le 31 octobre 2025, qui avait fait du plan marocain une base de négociation. Le document de l’ONU confirme que cette résolution avait alors reconduit le mandat de la MINURSO jusqu’au 31 octobre 2026, sans modifier ses fonctions ni sa composition. Le répertoire du Conseil de sécurité retrace ce mandat.

Une réaction immédiate du Front Polisario

Le Front Polisario rejette le texte et menace de se retirer du processus de paix s’il est adopté en l’état. Dans un communiqué publié le 22 octobre, son représentant auprès de l’ONU, Sidi Mohamed Omar, affirme que le projet porte atteinte au statut international du territoire et risque d’éroder la confiance entre les parties. Ces propos sont ceux du mouvement, qui défend l’indépendance et le droit à l’autodétermination des Sahraouis. La Sahara Press Service, agence du Front Polisario, en a publié la déclaration.

La contestation porte notamment sur l’abandon possible de l’objectif référendaire inscrit dans le mandat originel. La MINURSO a été créée en 1991 après l’accord de règlement conclu entre le Maroc et le Front Polisario sous l’égide de l’ONU et de l’Organisation de l’unité africaine, prédécesseure de l’Union africaine. L’organisation d’un référendum devait permettre aux habitants du territoire de choisir leur avenir. Ce vote n’a jamais eu lieu, en raison de désaccords persistants sur le processus et sur les personnes autorisées à y participer.

Le Maroc défend pour sa part une autonomie du territoire sous souveraineté marocaine. Rabat considère cette proposition comme une issue politique réaliste. Le Polisario la refuse et maintient que l’autodétermination doit inclure l’option de l’indépendance. Le projet américain ne met donc pas seulement à jour les fonctions d’une mission : il privilégie l’une des positions en présence au cœur même du texte censé encadrer le processus.

Des conséquences pour la négociation et la sécurité

La réduction envisagée des effectifs et la conversion en mission politique changeraient le travail des Nations unies sur le terrain. Une mission politique s’attache d’abord aux bons offices et au dialogue. La MINURSO, elle, conserve aussi un mandat lié au cessez-le-feu et au projet de référendum. Une transition précipitée pourrait ainsi modifier les moyens de suivi et la perception de neutralité de l’ONU. Il s’agit d’un enjeu concret pour les parties, mais aussi pour les populations vivant dans les zones concernées et pour les familles séparées par le conflit.

Le projet permettrait par ailleurs à l’envoyé personnel du secrétaire général de consulter d’autres interlocuteurs sahraouis, sans leur donner nécessairement une place à la table des négociations. Washington présente cette ouverture comme un moyen d’élargir les consultations. Le Polisario peut y voir une remise en cause de son rôle de partie au conflit. Cette divergence rend d’autant plus importante la formulation finale du texte et la manière dont l’ONU distinguera consultation et négociation.

Le différend pèse également sur les relations entre le Maroc et l’Algérie, qui soutient le droit à l’autodétermination défendu par le Polisario. La Mauritanie, autre voisin du territoire, est concernée par l’équilibre régional et participe aux échanges comme pays observateur. Au sein de l’Union du Maghreb arabe, l’organisation régionale réunissant notamment ces trois pays, les tensions politiques ont durablement freiné la coopération. Une évolution imposée sans accord des parties pourrait compliquer davantage les efforts de rapprochement.

Le vote de l’ONU, prochain test diplomatique

Pour le Maroc, le projet conforte une priorité diplomatique défendue depuis plusieurs années : faire du plan d’autonomie le cadre central d’un règlement. Pour le Polisario, l’enjeu est de préserver le principe d’autodétermination et son statut dans les discussions. Les membres du Conseil de sécurité devront arbitrer entre ces positions, tout en évaluant les conséquences d’une transformation du dispositif onusien avant qu’un accord politique soit conclu.

À l’échelle africaine, le dossier rappelle le rôle partagé de l’ONU et de l’Union africaine dans la recherche d’une solution. L’UA soutient le principe d’autodétermination et a appelé à une expression libre de la volonté des habitants du territoire. La décision du Conseil sera donc observée au-delà de l’Afrique du Nord : elle éclairera la manière dont les grandes puissances entendent articuler leurs choix diplomatiques, les mandats multilatéraux et les principes défendus par les institutions africaines.

À la date du 23 octobre 2026, le texte américain reste une ébauche, et non une décision du Conseil de sécurité. Les amendements, le vote du 31 octobre et la réaction des parties seront déterminants. Si le Conseil adopte une mission recentrée sur la médiation sans accord préalable sur son mandat, la question centrale restera entière : comment relancer des négociations crédibles sans fermer d’avance les options politiques que les parties revendiquent ?