À Kolwezi, pouvoir vendre le minerai compte autant que pouvoir l’extraire. Quand les comptoirs et les unités de traitement ferment — ou semblent fermer — les revenus des creuseurs artisanaux peuvent s’interrompre immédiatement. C’est sur cette dépendance que s’est cristallisée la tension observée dans la capitale du Lualaba en octobre.
Une opération de contrôle au cœur des tensions
Les 19 et 20 octobre 2026, des manifestations ont perturbé plusieurs quartiers de Kolwezi. Les protestataires contestaient une opération de contrôle menée dans des comptoirs d’achat et des unités de traitement de minerais. Ces structures sont des intermédiaires essentiels : elles achètent le minerai extrait artisanalement et le préparent avant sa commercialisation.
La colère exprimait aussi une crainte concrète : que le contrôle des installations bloque l’écoulement de la production. Des barricades et des pneus brûlés ont entravé la circulation. Des commerces et des écoles ont été affectés. Radio Okapi a également rapporté des pillages, des véhicules vandalisés et l’incendie d’un poste de police. Les sources disponibles ne confirment pas toutes les mêmes détails sur les incidents.
Le mercredi 21 octobre, un calme progressif est revenu dans plusieurs secteurs. La gouverneure du Lualaba, Fifi Masuka, a déclaré qu’aucune usine de traitement n’était fermée. Elle a appelé les creuseurs à respecter les règles et à vendre leur production par l’intermédiaire de coopératives reconnues. La commission interservices, venue de Kinshasa, présente pour sa part sa mission comme une opération d’assainissement du secteur.
Le bilan humain reste à manier avec prudence. La Nouvelle Société civile congolaise a signalé un décès, mais les autorités n’avaient pas confirmé ce bilan dans les informations recoupées. Le chiffre de quatre blessés et celui de 32 arrestations, avancés dans des comptes rendus locaux, n’ont pas pu être confirmés par une seconde source indépendante. Ils ne peuvent donc pas être présentés comme établis.
Formaliser la filière sans couper les revenus
La commission dépêchée dans le Lualaba réunit plusieurs services de l’État. Selon les informations rapportées, elle doit notamment vérifier la légalité des activités et renforcer la traçabilité du cuivre et du cobalt artisanaux. Une centaine d’employés chinois auraient été rapatriés pour situation migratoire irrégulière, mais ce chiffre n’a pas été confirmé par une deuxième source indépendante.
La province veut orienter les transactions vers le centre de négoce de Musompo. Ouvert en 2023, ce centre doit regrouper coopératives et négociants, contrôler la qualité du minerai et documenter son origine. Il répond ainsi à un enjeu de souveraineté économique : permettre aux institutions congolaises de suivre les volumes et les transactions, plutôt que de laisser la commercialisation se dérouler dans des circuits difficiles à contrôler.
Mais le dispositif se heurte à un problème de confiance. Un rapport de l’Initiative pour la transparence dans les industries extractives (ITIE), consacré à l’exploitation artisanale du cuivre et du cobalt, note que Musompo reste peu fréquenté par les exploitants. Le document évoque des inquiétudes sur les prix et les pratiques des acheteurs, ainsi qu’une méfiance envers les autorités provinciales. Autrement dit, créer un centre ne suffit pas : les creuseurs doivent aussi y trouver des conditions de vente jugées équitables.
Pour les exploitants, l’enjeu est immédiat. Si l’accès aux acheteurs se rétrécit, leurs revenus quotidiens peuvent diminuer, même lorsque les sites restent accessibles. Les travailleurs des unités de traitement et les petits commerces de Kolwezi dépendent également de cette activité. À l’inverse, des contrôles crédibles peuvent limiter les transactions opaques et aider à établir l’origine des minerais. La difficulté consiste à faire avancer ces deux objectifs sans transférer le coût de la réforme vers les seuls travailleurs artisanaux.
Des sites disponibles, autre point de friction
Les revendications rapportées à Kolwezi ne se limitent pas aux comptoirs. Des creuseurs dénoncent aussi les restrictions d’accès à certains sites, dont Kamilombe, et réclament la mise en place de zones d’exploitation artisanale. Une ZEA est un périmètre officiellement réservé aux mineurs artisanaux. La gouverneure et un membre de la commission ont déclaré qu’une solution était prévue pour les creuseurs appelés à quitter un site de la Gécamines, en citant la ZEA 371. La mise en œuvre concrète de cette alternative reste déterminante.
Cette question touche à l’organisation même du secteur minier en RDC. Les gisements industriels, les concessions et les activités artisanales coexistent, parfois dans un espace disputé. Quand les limites et les solutions de remplacement restent floues, une mesure présentée comme réglementaire peut être vécue par les creuseurs comme la perte d’un accès au travail. Cela n’efface pas les obligations légales ni les risques liés aux activités minières ; cela explique pourquoi la concertation et des alternatives praticables comptent autant que les contrôles.
Un enjeu congolais aux répercussions internationales
Le Lualaba se trouve au cœur de la production congolaise de cuivre et de cobalt. Ces minerais sont recherchés pour leurs usages industriels, notamment dans les batteries et les équipements liés à la transition énergétique. La manière dont ils sont extraits, achetés et tracés intéresse donc les autorités de la RDC, les communautés locales et les entreprises qui s’approvisionnent sur les marchés mondiaux.
Pour Kinshasa, l’opération doit démontrer que l’État peut faire respecter les règles dans une filière stratégique. Pour les habitants de Kolwezi, son résultat se mesurera aussi à la reprise des activités, à la sécurité dans les quartiers et à la possibilité de vendre le minerai à un prix jugé juste. La suite dépendra moins des annonces que de la capacité des autorités à maintenir des débouchés, rendre Musompo crédible et clarifier l’accès aux zones artisanales.
Le dossier dépasse les frontières provinciales : il met en jeu la place de la RDC dans les chaînes d’approvisionnement mondiales et la répartition locale des revenus miniers. À Kolwezi, la stabilité dépendra de l’équilibre entre contrôle public, activité économique et droits d’accès au travail. Pour l’heure, l’accalmie du 21 octobre marque une pause, pas la résolution des désaccords.
Pour suivre les faits établis sur les manifestations et la position des autorités, consulter le compte rendu de Radio Okapi sur le retour au calme à Kolwezi et le reportage de la Deutsche Welle sur les contrôles contestés par les mineurs. Les difficultés d’accès au centre de négoce sont documentées dans le rapport de l’ITIE sur l’exploitation artisanale du cuivre et du cobalt en RDC.