À environ 176 kilomètres au nord de Kampala, un détour sur la route de Murchison Falls permet de suivre des rhinocéros à pied, avec des rangers. Mais Ziwa raconte aussi une transformation plus large : après leur disparition du pays, ces animaux servent aujourd’hui à reconstruire une population et à préparer leur retour dans d’autres espaces protégés ougandais.
Une visite encadrée, au rythme du terrain
Le sanctuaire se trouve dans le district de Nakasongola, le long de l’axe qui relie la capitale au parc national de Murchison Falls. La marche se déroule en petit groupe, sous la conduite d’un ranger. Celui-ci adapte l’itinéraire à la végétation et à la localisation des animaux.
Cette rencontre n’a rien d’un safari en véhicule. Les visiteurs avancent à pied et observent les rhinocéros blancs du Sud dans un milieu protégé. La distance et les consignes de sécurité relèvent du guide. Elles permettent de découvrir l’animal sans transformer sa présence en spectacle rapproché.
Ziwa accueille aussi des oiseaux et d’autres espèces sauvages. Pour les voyageurs qui se rendent à Murchison Falls, l’étape peut ainsi associer observation de la faune et compréhension du travail de conservation. Les informations touristiques ougandaises décrivent le pistage pédestre et situent le site à environ 176 kilomètres de Kampala.
De la disparition à la reproduction
Le retour des rhinocéros en Ouganda est le résultat d’un programme engagé après des décennies de braconnage et d’insécurité. Le Programme des petites subventions du Fonds pour l’environnement mondial, hébergé par le Programme des Nations unies pour le développement, indique que le dernier rhinocéros du pays a été tué en 1983.
Des défenseurs ougandais de la nature ont créé Rhino Fund Uganda en 1997 pour organiser le retour de l’espèce. Deux rhinocéros blancs du Sud sont arrivés du Kenya en 2001, d’abord placés au centre d’éducation de la faune de l’Ouganda. En 2005, quatre autres ont rejoint Ziwa. Deux animaux supplémentaires, offerts par Disney’s Animal Kingdom, sont arrivés l’année suivante.
Ces six animaux ont formé le noyau reproducteur du sanctuaire. Le programme est mené avec l’Uganda Wildlife Authority, l’organisme public chargé de la gestion de la faune et des aires protégées. Les données historiques du programme onusien documentent cette création, tandis que l’autorité ougandaise confirme que le groupe fondateur a permis d’accroître la population.
Le bilan récent marque un changement d’échelle. Selon l’Uganda Wildlife Authority, la population de rhinocéros du pays a atteint 59 individus en décembre 2025, après l’arrivée de huit animaux supplémentaires d’Afrique du Sud. Ce chiffre national ne signifie pas que tous vivent à Ziwa : quatre rhinocéros avaient déjà été transférés de Ziwa à la réserve d’Ajai, dans le nord du pays.
Ziwa devient un point de départ
Pendant plusieurs années, Ziwa a concentré l’essentiel du programme de reproduction. La nouvelle étape consiste à répartir une partie des animaux dans d’autres habitats protégés. En janvier 2026, l’autorité ougandaise a annoncé le transfert de quatre rhinocéros blancs du Sud à Ajai, première phase d’un projet visant à en installer vingt dans cette réserve.
La démarche vise notamment à réduire la dépendance à un seul site et à restaurer la présence des rhinocéros dans des régions où ils vivaient autrefois. Toutefois, un transfert ne garantit pas à lui seul la création d’une population viable. Il faut surveiller l’adaptation des animaux, protéger l’habitat et maintenir des moyens humains et matériels sur le terrain.
En mars 2026, quatre autres rhinocéros issus de Ziwa ont été conduits au parc national de Kidepo Valley, dans le nord-est. L’agence Associated Press a rapporté que le site d’accueil disposait d’infrastructures de protection et de gestion des incendies. Ce déplacement montre que Ziwa n’est plus seulement une destination de visite : le sanctuaire constitue aussi une réserve de reproduction pour de nouvelles implantations.
Conservation, tourisme et territoires
La réussite du programme se mesure d’abord à la sécurité des animaux et à leur capacité à se reproduire. Elle dépend également de la gestion quotidienne des espaces protégés : présence de rangers, surveillance contre le braconnage, suivi vétérinaire et maintien d’habitats adaptés. À Ajai comme à Kidepo, ces exigences s’ajoutent aux besoins des communautés vivant autour des réserves.
La conservation peut soutenir l’activité touristique et l’emploi local, mais les retombées ne sont pas automatiques. Elles dépendent de la manière dont les revenus et les possibilités économiques sont répartis entre les sites, les entreprises et les populations voisines. L’enjeu est donc de faire coexister la protection de la faune et les besoins des habitants, sans présenter l’une comme acquise au détriment des autres.
Pour les visiteurs, Ziwa offre une expérience singulière sur la route de Murchison Falls. Pour les autorités ougandaises, le sanctuaire s’inscrit dans une stratégie nationale : élargir la présence des rhinocéros au-delà d’un seul espace. Les prochains résultats à suivre seront l’adaptation des groupes transférés, la mise en œuvre des phases prévues à Ajai et la continuité de la protection dans les nouveaux sites.
Cette trajectoire concerne aussi l’Afrique de l’Est, où la faune et les espaces naturels dépassent les frontières nationales. L’Ouganda, membre de la Communauté d’Afrique de l’Est, relie ainsi une initiative locale à des enjeux régionaux de conservation et de tourisme. Le défi, désormais, est de transformer une reprise démographique documentée en présence durable, sûre et bénéfique pour les territoires concernés.
Repères vérifiés auprès de Tourism Uganda sur le sanctuaire de Ziwa, du Programme des petites subventions du Fonds pour l’environnement mondial, de l’Uganda Wildlife Authority sur le transfert à Ajai et de l’Associated Press sur le transfert vers Kidepo.