Un emploi ne se mesure pas seulement au fait d’avoir une activité. Au Rwanda, les derniers chiffres montrent aussi combien il reste difficile de trouver un travail, surtout pour les jeunes et les femmes, et combien l’accès à un emploi ne garantit pas toujours une activité stable ou suffisamment rémunératrice.

Un recul de l’emploi, au-delà du seul chômage

En août 2026, le taux de chômage rwandais s’est établi à 15,6 %, contre 13,4 % un an plus tôt. Cette hausse de 2,2 points ressort de l’enquête sur la population active publiée le 20 octobre par l’Institut national de la statistique du Rwanda (NISR). Elle concerne les personnes sans emploi qui en cherchent un et sont disponibles pour travailler.

Le nombre de personnes en âge de travailler, soit 16 ans et plus, était estimé à 8,8 millions. Environ 4,8 millions occupaient un emploi, tandis que 878 000 étaient au chômage. Quelque 3,2 millions se trouvaient hors de la population active. Le taux d’emploi, qui rapporte les personnes occupées à la population en âge de travailler, est tombé de 57 % à 54 %.

Les indicateurs dessinent donc un tableau plus large qu’une simple hausse du chômage. La part des personnes participant au marché du travail a elle aussi baissé, de 65,8 % à 63,9 %. Une partie de la population n’est ni comptée comme employée ni comme chômeuse. Il faut ainsi lire ces données avec les autres mesures de sous-utilisation du travail, qui incluent notamment les personnes souhaitant travailler davantage ou disponibles sans recherche active.

La mesure du NISR confirme également des écarts importants. Le chômage atteint 18,3 % chez les femmes, contre 13,3 % chez les hommes. Pour les 16-30 ans, il s’élève à 18,8 %, alors qu’il est de 13,1 % chez les adultes. Les zones rurales affichent 16 %, contre 14,8 % dans les zones urbaines. Ces chiffres décrivent des réalités différentes : les possibilités d’emploi salarié, les activités agricoles et les contraintes de mobilité ne se répartissent pas de la même manière entre Kigali, les villes secondaires et les campagnes.

Les résultats détaillés sont publiés par le NISR dans son enquête sur la population active du troisième trimestre 2026. Deux médias rwandais ont également relayé les principales données de cette publication. Leurs articles corroborent les chiffres, sans constituer des enquêtes distinctes de celle de l’institut.

La qualité des emplois, enjeu central

Le chômage ne résume pas le défi. Au Rwanda, une grande part de l’activité reste informelle, c’est-à-dire exercée en dehors des protections et des mécanismes habituels de l’emploi déclaré. Un document du Programme des Nations unies pour le développement (PNUD), fondé sur les données de l’enquête EICV7, estime que l’emploi informel représente plus de 90,4 % de l’emploi total. Ce niveau souligne l’écart entre avoir une activité et accéder à un travail stable, productif et assorti de protections.

La structure de l’emploi compte aussi. Le rapport EICV7 de l’institut statistique indique que l’agriculture demeure une source majeure de travail et que sa place est particulièrement importante dans les zones rurales. Une activité peut donc être comptabilisée comme un emploi sans offrir le même revenu ou la même sécurité qu’un poste salarié régulier. Les indicateurs de chômage, d’emploi et de sous-emploi doivent être examinés ensemble pour apprécier ces différences.

Les obstacles touchent particulièrement les jeunes qui entrent sur le marché du travail. Dans une analyse publiée en avril 2026, le PNUD relève des décalages entre les compétences acquises en formation et celles recherchées par les employeurs, notamment dans les domaines pratiques, numériques et comportementaux. Il pointe aussi la faiblesse des passerelles entre établissements de formation et entreprises. Ces constats ne signifient pas que le manque de compétences explique à lui seul le chômage : le nombre et la qualité des postes disponibles comptent également.

Pour les femmes, les écarts de chômage et d’emploi rappellent que l’accès aux opportunités reste inégal. Le PNUD relève également des disparités de revenus et d’éducation, ainsi que des écarts entre espaces urbains et ruraux. Les données disponibles établissent ces différences, mais ne suffisent pas, à elles seules, à mesurer le poids de chaque facteur dans l’évolution annuelle.

Une cible nationale à l’épreuve des résultats

La deuxième Stratégie nationale de transformation, dite NST2, couvre la période 2024-2029. Le gouvernement y place la création d’emplois productifs et décents parmi ses priorités, avec un objectif annoncé de 1,25 million d’emplois sur cinq ans. La stratégie lie cette ambition à l’investissement, au développement des compétences et à une meilleure adéquation entre formation et besoins économiques.

La hausse du chômage et la baisse du taux d’emploi ne permettent pas, à elles seules, de conclure à l’échec ou au succès de cette stratégie. Elles constituent toutefois un signal à suivre, alors que la cible porte sur des emplois productifs, et pas seulement sur le nombre d’activités créées. Les prochaines publications du NISR permettront de voir si le recul observé en août se prolonge ou s’inverse, et quels groupes en ressentent le plus les effets.

La question dépasse aussi les frontières nationales. Le Rwanda est membre de la Communauté d’Afrique de l’Est (EAC), dont le marché commun prévoit la mobilité des travailleurs entre États partenaires. Cette intégration peut élargir les débouchés, mais elle ne remplace pas la création d’emplois sur place ni la reconnaissance des compétences. Pour les décideurs rwandais, l’enjeu sera de rapprocher formation, besoins des entreprises et protections sociales, tout en réduisant les disparités entre femmes et hommes, jeunes et adultes, villes et campagnes.