Au Nigeria, l’ampleur d’un programme numérique ne se mesure pas seulement au nombre de formations annoncées. Il faut aussi savoir qui a réellement appris, quelles compétences ces personnes maîtrisent et si elles peuvent les utiliser au travail ou dans la vie quotidienne.

Cette question se pose alors que le pays veut faire de l’accès aux savoir-faire numériques un levier de transformation économique. Le défi est concret : étendre la formation dans un pays vaste et fédéral, sans confondre présence sur une carte et apprentissage vérifié.

Un tableau de bord pour rapprocher les initiatives

Le 20 octobre 2026, à Abuja, l’Agence nationale de développement des technologies de l’information (NITDA) a présenté un tableau de bord consacré aux formations numériques. L’outil rassemble les données déclarées par les organismes publics, les entreprises et d’autres partenaires.

Au total, 252 organisations avaient communiqué des résultats. Elles déclaraient 2 769 512 réalisations de formation, soit 5,54 % d’une cible de 50 millions de personnes d’ici 2027. La NITDA a également indiqué que les interventions couvraient les 774 collectivités locales du pays et 14 664 communautés.

Ces « réalisations » ne signifient pas nécessairement que 2,77 millions de Nigérians différents ont été formés. Une même personne peut suivre plusieurs programmes, et les données déclarées ne prouvent pas à elles seules qu’elle a acquis une compétence. Cette distinction est essentielle pour interpréter le chiffre.

Les entreprises constituent une part importante des contributeurs : 151 des 252 organisations recensées sont privées. Les données présentées attribuent environ 1,07 million de réalisations à Cisco, 960 424 à la NITDA et 333 816 à Meta. Ces volumes illustrent le rôle des partenariats, mais ne sont pas des mesures comparables du nombre de personnes ayant validé un même niveau de compétence.

Compter les formations ne suffit pas

Le tableau de bord distingue les formations déclarées des compétences vérifiées. Dans son instantané daté du 15 octobre, il recensait 1 277 029 personnes considérées comme alphabétisées numériquement, soit 2,55 % de la population cible estimée à 50 millions. Ce chiffre est distinct des 2,77 millions de réalisations communiquées lors de l’événement du 20 octobre.

Le cadre national de littératie numérique définit des domaines tels que l’usage des appareils et logiciels, la recherche d’information, la création de contenus, la communication, la sécurité et la résolution de problèmes. Autrement dit, être alphabétisé numériquement ne signifie pas seulement avoir reçu un certificat ou assisté à un cours.

Le directeur général de la NITDA, Kashifu Inuwa Abdullahi, a insisté sur la capacité des participants à mettre leurs acquis en pratique. C’est un enjeu de qualité autant que de volume : savoir utiliser des outils numériques peut faciliter une tâche administrative, soutenir une petite activité commerciale ou améliorer le travail d’un salarié.

Le gouvernement vise 70 % de littératie numérique en 2027, puis 95 % en 2030. La cible intermédiaire repose donc sur une définition plus large que la seule formation technique à des métiers informatiques. Le programme concerne aussi l’usage courant des services et outils numériques.

Des écarts d’accès à mesurer aussi

Les indicateurs publiés montrent que les femmes représentent 32,9 % des bénéficiaires déclarés. D’autres groupes, notamment les personnes en situation de handicap et les habitants des zones rurales, restent au centre des préoccupations d’inclusion. Une couverture déclarée de toutes les collectivités locales ne garantit pas que les cours soient accessibles à chacun, ni qu’ils répondent aux besoins locaux.

Les obstacles peuvent différer selon les publics. En milieu rural, la distance, la connectivité et le coût des équipements peuvent peser sur la participation. Pour les personnes en situation de handicap, l’accessibilité des contenus et des plateformes compte. Pour les femmes, les horaires de formation et les responsabilités familiales peuvent également influer sur l’accès. Le tableau de bord peut aider à repérer ces écarts, à condition que ses données soient régulièrement mises à jour et désagrégées.

La NITDA porte le programme dans un cadre national où les États fédérés, les établissements d’enseignement et les employeurs ont chacun un rôle à jouer. Le dispositif entend notamment coordonner les formations et signaler les territoires moins desservis. Il ne remplace toutefois ni les infrastructures nécessaires, ni l’intégration durable des compétences numériques dans l’enseignement et la formation professionnelle.

Un enjeu nigérian aux prolongements régionaux

Pour les acteurs économiques, les compétences numériques peuvent soutenir la productivité des petites entreprises comme celle des administrations. Mais une formation utile doit correspondre aux tâches réellement exercées. Dans l’économie informelle, qui regroupe une diversité d’activités, des savoir-faire pratiques peuvent compter autant qu’une certification reconnue par un employeur formel.

Le défi concerne aussi la capacité à produire des données publiques fiables. Si les organismes utilisent des définitions différentes, le total national risque de mêler des cours, des inscriptions et des compétences confirmées. Des critères communs et des vérifications indépendantes rendraient les progrès plus lisibles pour les décideurs et les citoyens.

À l’échelle ouest-africaine, l’expérience nigériane intéresse les pays de la CEDEAO, la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest, où la circulation des services et des activités numériques renforce l’importance des compétences. La prochaine étape sera de voir si le tableau de bord transforme les données collectées en formations mieux ciblées et en résultats vérifiables. La mesure des acquis, davantage que l’annonce de nouveaux volumes, dira si l’objectif de 2027 se rapproche.