Le retrait de Macky Sall de la course au secrétariat général des Nations unies rouvre une question que ses partisans n’ont jamais vraiment laissée de côté : l’ancien président veut-il revenir dans la politique sénégalaise, et sous quelle forme ? À Dakar, l’Alliance pour la République (APR) affiche son souhait. Mais entre ambition partisane, bilan contesté et rivalités au sommet de l’État, un retour ne se décrète pas.
Un retrait international, une fenêtre politique nationale
Le 17 octobre 2026, Macky Sall a annoncé qu’il retirait sa candidature à la direction de l’ONU. Il a présenté sa décision comme un moyen de faciliter l’émergence d’une candidature de consensus. L’ancien chef de l’État avait été proposé par le Burundi, sans obtenir le soutien africain unanime. Le Conseil de sécurité doit conduire la sélection du prochain secrétaire général, avant une nomination par l’Assemblée générale. Channels Television a rapporté l’annonce de son retrait ; l’Associated Press a également rendu compte des résultats du scrutin indicatif au Conseil de sécurité.
La décision ne vaut pas déclaration de retour au Sénégal. Elle retire toutefois une perspective internationale qui aurait pu maintenir Macky Sall à distance de la scène politique nationale. Depuis la fin de sa présidence, en avril 2024, l’APR reste organisée autour de sa figure. Son porte-parole, Saourou Sène, a déclaré que le parti souhaitait le voir revenir pour poursuivre le combat politique. Il a invoqué le programme Sénégal émergent, dont l’horizon était fixé à 2035. Cette volonté est celle de responsables du parti ; elle ne constitue pas, à elle seule, une annonce de candidature.
Le calendrier renforce les spéculations. La prochaine présidentielle est prévue en 2029, sous réserve des règles électorales et de toute évolution institutionnelle. Pour les cadres de l’APR, Macky Sall demeure le candidat le plus naturel. Mais le débat public est loin d’être univoque : certains Sénégalais interrogés dans le reportage fourni souhaitent son retour, tandis que d’autres demandent qu’il rende des comptes ou laisse une nouvelle génération gouverner.
Un paysage politique déjà recomposé
Le Sénégal sort d’une séquence politique exceptionnelle. La présidentielle de mars 2024 a porté Bassirou Diomaye Faye au pouvoir, après une campagne marquée par le report du scrutin, des tensions et la libération de plusieurs opposants. Macky Sall, président de 2012 à 2024, n’était pas candidat. Son ancien parti, l’APR, a perdu le pouvoir face à un mouvement qui avait fait de la rupture avec la gouvernance précédente un axe central.
Depuis, les rapports entre Bassirou Diomaye Faye et Ousmane Sonko, son allié devenu Premier ministre, se sont tendus. Leur désaccord a débouché en mai 2026 sur le départ de Sonko de la primature et son élection à la présidence de l’Assemblée nationale, selon la presse sénégalaise. Cette recomposition crée un espace pour l’opposition, mais elle ne garantit pas que l’APR puisse en profiter. Les deux dirigeants issus de la majorité restent des acteurs majeurs, même si leur relation politique s’est dégradée. Le Monde a documenté cette rupture au sommet de l’État.
La question du bilan de Macky Sall pèsera aussi sur toute tentative de retour. En février 2025, la Cour des comptes sénégalaise a publié un audit des finances publiques qui a mis au jour des écarts importants dans les chiffres déclarés par l’administration précédente. En mars, le Fonds monétaire international a confirmé des problèmes de déclaration de la dette et du déficit. Ces constats alimentent les demandes d’explications, mais ne valent pas condamnation pénale de l’ancien président. Les responsabilités individuelles relèvent des procédures et des juridictions compétentes. Le rapport de la Cour des comptes et les conclusions rapportées après la mission du FMI forment un contexte central du débat.
Pour l’APR, un chef reconnu ; pour ses adversaires, un bilan à défendre
Un retour pourrait offrir à l’APR un repère capable de réunir ses réseaux et de structurer une coalition. Des responsables évoquent un rapprochement avec d’autres forces, notamment le Parti démocratique sénégalais. L’idée d’un front électoral reste cependant une hypothèse d’analyste, pas un accord annoncé. Elle dépendrait des choix de Macky Sall, de la position des alliés potentiels et de la capacité de l’APR à mobiliser au-delà de ses fidèles.
Pour ses soutiens, l’ancien président peut mettre en avant ses réalisations et son expérience. Pour ses opposants, il devrait répondre aux critiques sur la gestion des finances publiques et aux demandes de vérité concernant les violences politiques de ses dernières années au pouvoir. Ces questions touchent différemment les acteurs : les dirigeants négocient alliances et candidatures, tandis que les ménages affrontent les conséquences concrètes des choix budgétaires, de l’emploi et du coût de la vie. Les familles de victimes, elles, attendent des réponses judiciaires et institutionnelles, non une simple bataille de récits partisans.
Le cadre constitutionnel compte également. La Constitution sénégalaise limite l’exercice de la présidence à deux mandats consécutifs. Macky Sall a déjà exercé deux mandats, de 2012 à 2024. Il ne suffit donc pas qu’un parti le désigne pour qu’une candidature en 2029 soit juridiquement possible. Toute ambition devrait être examinée au regard du texte constitutionnel, de son interprétation et des décisions des institutions compétentes. Il serait prématuré de présenter son retour au pouvoir comme acquis ou sa candidature comme juridiquement tranchée.
Un enjeu sénégalais aux résonances régionales
Cette recomposition sera suivie dans toute l’Afrique de l’Ouest. Le Sénégal appartient à la CEDEAO, organisation régionale qui promeut la coopération et la stabilité politique. La trajectoire du pays compte dans une région où les transitions de pouvoir, la légitimité électorale et la confiance envers les institutions sont des enjeux majeurs. Mais la situation sénégalaise conserve ses caractéristiques propres : une compétition entre partis installés, un mouvement au pouvoir traversé par des tensions et un ancien président encore influent.
À ce stade, le fait établi est le retrait de Macky Sall de la course à l’ONU et le souhait exprimé par des responsables de l’APR de le voir revenir. Le reste — candidature, alliance ou simple rôle de chef de parti — demeure ouvert. Les prochaines indications viendront des déclarations de l’ancien président, des décisions de l’APR et de l’évolution du rapport entre Bassirou Diomaye Faye et Ousmane Sonko. Pour l’électorat sénégalais, l’enjeu ne sera pas seulement de savoir qui se présentera en 2029, mais aussi quel bilan et quel programme chaque camp pourra défendre.