À Bamako, le prix de la viande avec os atteint désormais 4 300 à 4 500 FCFA le kilo, selon les chiffres présentés par le ministère malien de l’Industrie et du Commerce. Pour les ménages, l’enjeu est immédiat : maintenir l’accès à une protéine dont le coût augmente. Pour les éleveurs et les commerçants, une restriction des ventes à l’étranger pourrait, au contraire, réduire des débouchés régionaux essentiels.
Une hausse qui ne se limite pas à la capitale
Entre la fin avril et la période du 28 septembre au 4 octobre 2026, le prix moyen national du kilogramme de viande avec os est passé de 3 211 à 3 502 FCFA, soit une hausse d’environ 9,1 %. À Bamako, le tarif indiqué par le ministère est supérieur à cette moyenne. La viande sans os s’y vend autour de 5 000 FCFA le kilo. Ces données ont été présentées lors d’une réunion gouvernementale le 5 octobre.
La pression sur les prix s’inscrit dans des difficultés plus larges d’approvisionnement. En avril, des professionnels de la filière avaient déjà signalé les effets de la relocalisation de certains « garbals », les marchés où se vend le bétail, ainsi que le coût des aliments pour animaux, notamment des tourteaux. Les acteurs ont aussi évoqué les frais de transport et la perturbation de circuits commerciaux. Ces éléments peuvent ralentir l’acheminement des animaux vers les villes, sans que les exportations soient l’unique cause de la hausse.
Une restriction encore à l’étude
Le 19 octobre, le ministre de l’Industrie et du Commerce, Moussa Alassane Diallo, a présidé une nouvelle concertation avec les représentants de la filière bétail-viande. Le gouvernement a inscrit parmi les pistes examinées une suspension des exportations de bétail sur pied pouvant aller jusqu’à six mois, avec possibilité de renouvellement. À ce stade, il s’agit d’une mesure envisagée lors des discussions, et non d’une interdiction dont l’application serait déjà actée.
L’objectif annoncé est de rendre davantage d’animaux disponibles sur le marché intérieur. Le plan discuté comprend aussi la réouverture progressive de marchés à bétail dans plusieurs localités, la réduction des obstacles au transport et un soutien durable à la production fourragère. Cette approche reconnaît que la viande passe par plusieurs maillons : élevage, alimentation, marchés, transport, abattage et vente. Agir sur les seules exportations ne règle donc pas automatiquement les autres coûts qui pèsent sur le prix final.
Le précédent des concertations d’avril rappelle l’importance de cette coordination. Les échanges avaient alors porté sur la réorganisation des marchés, l’approvisionnement en aliments pour animaux et la sécurisation des circuits. En octobre, le ministre a de nouveau pointé les coûts de production et de transport, ainsi que la désorganisation de certains réseaux de commercialisation. Les autorités indiquent que la restriction pourrait être levée lorsque les prix auront retrouvé un niveau jugé « acceptable et stable », sans que le seuil correspondant soit précisé dans l’annonce consultée.
Des revenus et des échanges régionaux en jeu
La mesure envisagée place les autorités devant un arbitrage. Une offre plus importante dans les marchés maliens pourrait contribuer à contenir les prix, mais les éleveurs, commerçants et transporteurs qui vivent des ventes transfrontalières risqueraient de perdre une partie de leurs revenus. L’effet dépendrait notamment de la durée de la restriction, des espèces et volumes concernés, ainsi que de la capacité des marchés nationaux à absorber les animaux qui ne seraient plus exportés.
Le commerce du bétail malien est étroitement lié à ses voisins. Pour les bovins vivants en 2024, les données de la base WITS, qui reprend des statistiques commerciales internationales, indiquent des exportations déclarées d’environ 109,9 millions de dollars. Le Sénégal, la Guinée et la Côte d’Ivoire représentent ensemble la très grande majorité de cette valeur. Ce chiffre porte sur les bovins vivants et ne doit pas être confondu avec l’ensemble des échanges de bétail, qui comprend aussi les ovins et les caprins.
Cette dépendance des marchés voisins donne à la décision une portée régionale. Une réduction des flux pourrait obliger les acheteurs sénégalais, guinéens ou ivoiriens à chercher d’autres fournisseurs, tandis que les vendeurs maliens devraient trouver des débouchés internes ou alternatifs. Le commerce transfrontalier du bétail repose sur des réseaux de transport et de marché anciens, qui relient les zones d’élevage aux centres urbains de plusieurs pays d’Afrique de l’Ouest.
Le Mali appartient à l’Union économique et monétaire ouest-africaine (UEMOA) et à la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO), deux cadres régionaux de coopération économique. Toute restriction devra donc être évaluée non seulement à l’aune de son effet sur les prix maliens, mais aussi de ses conséquences pour les échanges avec les pays voisins. La hausse du prix de la viande concerne également d’autres villes et régions du Mali : les conditions d’accès aux marchés et les coûts d’acheminement peuvent y différer de ceux de Bamako.
Le test : agir sur toute la chaîne
L’élevage occupe une place majeure dans l’économie malienne et dans les revenus de nombreuses familles rurales. Les statistiques nationales lui attribuaient, avec la chasse, environ 14,7 % du PIB à prix constant en 2022. Ce repère officiel confirme le poids du secteur, même si les chiffres varient selon les années et les méthodes de calcul. Une décision commerciale peut donc avoir des effets bien au-delà du prix payé à l’étal.
Pour les consommateurs urbains, une éventuelle baisse des cours dépendra de la quantité de bétail effectivement acheminée et de la répercussion de cette offre sur les prix de détail. Pour les éleveurs et les opérateurs, elle dépendra des modalités de mise en œuvre et des solutions proposées pour préserver leurs revenus. La réouverture des marchés, l’accès à l’alimentation animale et la fiabilité des transports pèseront également dans le résultat.
La suite dépendra donc des décisions formelles du gouvernement et de leur calendrier. Les concertations annoncées doivent transformer les pistes en mesures applicables et mesurables. Le défi pour Bamako sera de soulager les ménages sans déplacer simplement le coût de la crise vers les éleveurs, les commerçants et les partenaires régionaux.