À Yamoussoukro comme à Abidjan, l’enjeu énergétique se mesure à ce qui arrive concrètement au réseau : une centrale raccordée, une entreprise locale retenue, un financement débloqué. Les ambitions sont élevées en Côte d’Ivoire. Leur crédibilité dépendra désormais de leur mise en œuvre.
La deuxième édition du Salon international des ressources extractives et de l’énergie (SIREXE), prévue du 18 au 22 novembre 2026 au Parc des Expositions d’Abidjan, entend placer les infrastructures au centre des échanges. Pour les Ivoiriennes et les Ivoiriens, l’enjeu dépasse le rendez-vous professionnel : il touche l’accès à l’électricité, l’activité des entreprises et la part des revenus extractifs qui reste dans le pays.
Accroître la production sans enfermer le mix dans les hydrocarbures
La Côte d’Ivoire doit répondre à une demande électrique en hausse tout en diversifiant ses sources d’énergie. Les autorités annoncent que la contribution des nouvelles centrales solaires doit passer de 42 mégawatts en 2026 à 925 mégawatts en 2030. Ce sont des objectifs de capacité annoncés, pas encore des résultats acquis. Le ministère de l’Énergie a aussi fait état de conventions portant sur quatre centrales solaires totalisant 210,3 mégawatts-crête, une mesure de puissance maximale des panneaux dans des conditions standardisées.
Ces projets s’inscrivent dans un arbitrage plus large. Le pays développe ses ressources pétrolières et gazières, mais vise également une part accrue des renouvelables dans son approvisionnement électrique. Les hydrocarbures peuvent soutenir la production et les recettes publiques ; ils exposent aussi l’économie aux fluctuations des marchés et aux coûts de la transition. Les choix d’infrastructures pèseront donc sur les finances publiques autant que sur la sécurité énergétique.
Le SIREXE 2026 doit réunir acteurs publics, opérateurs, investisseurs et entreprises autour de ces questions. Les organisateurs mettent notamment en avant une programmation consacrée aux infrastructures et un dispositif, SIREXE Invest, conçu pour rapprocher porteurs de projets et financeurs. Le salon est annoncé à Abidjan, principale ville économique du pays ; la capitale politique de la Côte d’Ivoire reste Yamoussoukro.
Des annonces de 2024 à l’épreuve de l’exécution
La première édition, en 2024, a été créditée par le gouvernement de près de 4 000 milliards de FCFA de contrats d’investissement. Le chiffre constitue un indicateur d’activité du salon, mais ne renseigne pas à lui seul sur les montants effectivement décaissés, les chantiers achevés ou les emplois créés. C’est ce passage des engagements aux réalisations qui donnera sa portée économique à l’édition de novembre.
Le contexte d’investissement est ambitieux : le Plan national de développement 2026-2030 prévoit des dépenses importantes dans plusieurs secteurs, dont l’énergie et les transports. Pour les projets extractifs, les infrastructures logistiques — routes, stockage, ports et réseaux — déterminent le coût et la rapidité d’acheminement des ressources. Elles peuvent aussi servir d’autres activités, à condition que les besoins des territoires et des entreprises locales soient intégrés dès leur conception.
Le gouvernement a par ailleurs institué en avril 2026 le Fonds souverain stratégique pour le développement de la Côte d’Ivoire, destiné à contribuer au financement de projets et à la gestion d’actifs stratégiques. Sa création ne garantit pas encore ses ressources ni ses résultats. La gouvernance du fonds, la transparence de ses placements et la publication de ses engagements seront déterminantes pour apprécier sa contribution réelle.
Le contenu local, test concret de la souveraineté économique
Un autre indicateur se jouera dans les contrats : la place donnée aux compétences, aux fournisseurs et aux sociétés ivoiriennes. La loi de 2022 sur le contenu local dans les activités pétrolières et gazières vise à accroître leur participation, notamment par la formation, l’emploi, le transfert de technologie et le recours aux biens et services produits dans le pays. Le décret d’application de 2023 précise les modalités du dispositif.
Cette orientation ne produit toutefois ses effets que si les entreprises peuvent accéder aux marchés et disposent des financements, des certifications et des compétences demandés par les opérateurs. Les grandes sociétés internationales peuvent apporter capitaux et savoir-faire. Mais, sans sous-traitance accessible et sans montée en compétences, l’essentiel de la valeur peut rester concentré dans les grands contrats. À l’inverse, des règles prévisibles et des partenariats équilibrés peuvent renforcer le tissu économique ivoirien.
Les PME ne rencontrent pas les mêmes obstacles que les grands groupes. Le crédit, les délais de paiement et la capacité à répondre à des appels d’offres complexes pèsent particulièrement sur les entreprises de moindre taille. Dans les zones où se construisent les centrales et les sites miniers, les retombées locales dépendront aussi des emplois durables, des formations et des activités attribuées aux fournisseurs du territoire — et pas seulement de la présence temporaire des chantiers.
Une portée ouest-africaine à vérifier sur le terrain
La Côte d’Ivoire est membre de la CEDEAO, la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest, dont les pays cherchent à renforcer les échanges et les interconnexions énergétiques. Une production ivoirienne plus diversifiée peut contribuer à l’approvisionnement régional. Mais cette ambition suppose des réseaux fiables, des règles de partage claires et un équilibre entre les besoins intérieurs et les exportations.
La coopération annoncée avec le Botswana rappelle également que les partenariats africains peuvent porter sur les mines, l’énergie et les compétences. Leur intérêt se mesurera aux projets financés et aux capacités transférées. Au SIREXE, la question centrale ne sera donc pas seulement le montant des intentions affichées, mais leur traduction en infrastructures opérationnelles, en accès élargi à l’électricité et en contrats accessibles aux entreprises africaines.
Les prochaines étapes à suivre sont précises : l’avancement des centrales solaires, la mobilisation effective des capitaux, les premiers résultats du fonds souverain et l’application des règles de contenu local. Ces éléments permettront de juger si l’essor énergétique annoncé profite aux usagers, aux entreprises ivoiriennes et aux partenaires de la région.