Un service public en ligne n’a de valeur que s’il fonctionne pour celles et ceux qui en ont besoin. Au Bénin, la multiplication des projets numériques pose donc une question très concrète : qui vérifie qu’ils tiennent leurs promesses, et qui peut corriger le tir lorsqu’ils ne les tiennent pas ?
Des projets nombreux, un pilotage à clarifier
À Porto-Novo comme dans les administrations réparties sur le territoire, la dématérialisation transforme peu à peu les démarches : documents administratifs, échanges de courrier et procédures doivent pouvoir être traités par voie numérique. Ce chantier concerne plusieurs ministères et organismes publics. Il suppose des systèmes compatibles, des équipements fiables et une protection effective des données.
Le programme Smart Gouv, dont la deuxième phase couvre la période 2021-2026, accompagne cette évolution. L’Agence des systèmes d’information et du numérique (ASIN), opérateur public chargé de mettre en œuvre des projets et infrastructures numériques de l’État, cite parmi ses objectifs les services en ligne, la gestion électronique des documents et le renforcement des moyens communs de l’administration.
Cette transformation s’inscrit dans une trajectoire nationale plus large de modernisation des services publics. Elle ne se résume toutefois pas au lancement de plateformes : leur adoption, leur maintenance et leur accessibilité comptent tout autant. Les besoins d’un usager urbain bien connecté ne sont pas nécessairement ceux d’une personne vivant dans une localité où l’accès à Internet ou à un guichet reste limité.
Une instance stratégique, distincte de l’ASIN
Un Comité national du numérique est désormais institué auprès de la présidence de la République. Le texte est rapporté sous le numéro 2026-579, daté du 2 septembre 2026. Le quotidien public béninois La Nation et le média béninois La Marina BJ décrivent une instance chargée d’orienter et de suivre les projets numériques de l’État.
Le comité doit examiner l’avancement des projets, apprécier leurs résultats et proposer des mesures correctives. Il pourra aussi recommander de réorienter ou d’arrêter certaines initiatives. Pour les projets structurants et les partenariats touchant à la souveraineté numérique, il doit rendre un avis préalable. L’objectif affiché est donc d’ajouter un niveau d’évaluation stratégique, sans remplacer les équipes qui exécutent les programmes.
La distinction est importante. L’ASIN reste chargée de la conduite opérationnelle : développer les infrastructures, accompagner les administrations et contribuer à la sécurité des systèmes d’information. Le nouveau comité doit, lui, rapprocher les choix stratégiques des résultats observés. L’agence présente Smart Gouv comme un projet de mise en œuvre ; le comité ajoute un mécanisme de supervision au niveau national.
Selon les informations publiées sur le dispositif, l’instance sera présidée par le chef de l’État ou son représentant. Elle réunira notamment le ministre de la Transformation digitale et de l’Innovation, Mahuna Akplogan, et le directeur général de l’ASIN. Des personnalités qualifiées pourront également y siéger pour un mandat de trois ans, renouvelable une fois. Le ministère confirme le portefeuille de Mahuna Akplogan.
Mesurer les résultats au-delà des annonces
Le comité doit se réunir chaque trimestre. Son secrétariat permanent tiendra un tableau de bord alimenté par les organismes concernés et préparera des rapports périodiques à l’attention du président. Le texte lui confie aussi une veille sur les technologies émergentes, dont l’intelligence artificielle, ainsi qu’un suivi de la protection des infrastructures numériques critiques et des données dites de souveraineté.
Ces outils ne garantissent pas à eux seuls une meilleure qualité de service. Leur utilité dépendra des indicateurs retenus : délais de traitement, coût pour l’usager, disponibilité des plateformes, nombre de démarches réellement achevées en ligne ou encore incidents de sécurité. Il faudra aussi savoir si les administrations transmettent des données comparables et si les recommandations du comité entraînent des décisions concrètes.
Les effets ne seront pas identiques pour tous. Pour les administrations, des systèmes mieux coordonnés peuvent réduire les ressaisies et accélérer le traitement des dossiers. Pour les habitants, l’enjeu est d’éviter que le numérique ne devienne un passage obligatoire sans solution de remplacement. Les personnes moins équipées ou peu familières des outils en ligne risqueraient sinon de rencontrer davantage d’obstacles, plutôt que moins.
Les projets mobilisent en outre des choix sensibles : hébergement des données, dépendance à des prestataires, sécurité des réseaux et accès aux informations personnelles. L’examen préalable des partenariats technologiques vise à donner à l’État un rôle de décision sur ces questions. Reste à voir comment cette compétence s’articulera avec les responsabilités des ministères et des organismes spécialisés.
Un enjeu qui dépasse les frontières béninoises
Au sein de la CEDEAO — la communauté économique des pays d’Afrique de l’Ouest — les échanges numériques, la cybersécurité et l’identité des services publics prennent une dimension régionale. Des administrations plus interopérables peuvent faciliter les démarches transfrontalières. Mais elles rendent aussi plus importante la coordination sur la protection des données et la gestion des risques numériques.
Le Bénin ajoute ainsi une instance de pilotage à un secteur où les responsabilités sont déjà réparties entre institutions. Le point à observer sera moins la création du comité que sa capacité à rendre les résultats lisibles : quels projets avancent, quels services sont effectivement utilisés et quelles corrections sont décidées ? À l’approche de la fin de la phase 2021-2026 de Smart Gouv, ce bilan permettra de distinguer les infrastructures annoncées des changements perceptibles dans les démarches quotidiennes.
Une réserve documentaire demeure : le Secrétariat général du gouvernement recense aussi, dans sa documenthèque, un décret n° 2026-617 portant création du Comité national du numérique, sans que l’extrait consulté permette d’établir son lien avec le texte n° 2026-579 cité par les médias béninois. Cette différence de référence mérite vérification dans le texte intégral officiel avant de considérer le numéro comme définitivement établi.