À Antananarivo, le budget de 2027 met en jeu bien plus que des lignes de dépenses. Il doit arbitrer entre les services publics attendus par la population, le coût des aides à l’énergie et les engagements financiers pris par l’État. Dans le même temps, l’Assemblée nationale devient un terrain où se mesure la solidité de l’équilibre politique installé depuis 2025.
Un budget sous pression, entre énergie et services essentiels
La deuxième session ordinaire de l’année s’est ouverte le 20 octobre 2026. Le président de l’Assemblée, Siteny Randrianasoloniaiko, a placé le projet de loi de finances pour 2027 au cœur des travaux. Le texte doit encore être finalisé par le gouvernement. Celui-ci présente notamment les routes, l’eau et l’électricité comme des priorités. L’annonce officielle de l’ouverture de la session parlementaire confirme que d’autres projets de loi pourraient aussi être examinés.
La discussion intervient quelques semaines après une décision financière importante. Le 30 septembre, le Fonds monétaire international (FMI) a autorisé un décaissement d’environ 155 millions de dollars pour Madagascar, après l’examen de ses programmes de financement. Le ministère malgache de l’Économie et des Finances a confirmé le montant et la décision. Le FMI demande notamment une hausse des recettes publiques, une meilleure administration fiscale et douanière, ainsi qu’une réforme de la compagnie nationale Jirama, qui fournit l’eau et l’électricité. Le communiqué du FMI et la communication du ministère malgache recoupent les données sur le financement.
Le dossier des carburants concentre une partie des tensions. Le FMI recommande le rétablissement complet, d’ici janvier 2027, du mécanisme automatique de fixation des prix à la pompe, suspendu pendant la crise énergétique. Ce système ajuste les prix en fonction des coûts, plutôt que de maintenir durablement des subventions générales. Le Fonds préconise aussi des mesures ciblées pour protéger les ménages les plus vulnérables. Le gouvernement et les députés devront donc préciser comment accompagner toute hausse, alors que le carburant pèse sur les transports et les coûts de nombreuses activités.
La réforme de Jirama pose un autre arbitrage. Réduire les pertes de l’entreprise pourrait limiter les transferts d’argent public et améliorer la régularité de l’approvisionnement. Mais les effets ne sont pas identiques pour tous : les entreprises dépendent de la continuité électrique, tandis que les ménages et les petites activités supportent directement les coupures et les dépenses liées aux solutions de remplacement. Les choix budgétaires pèseront ainsi sur la vie quotidienne, en ville comme dans les régions.
Une transition politique encore fragile
La session se tient dans un paysage institutionnel transformé depuis octobre 2025, quand Andry Rajoelina a quitté le pouvoir et que Michaël Randrianirina a pris la tête de la transition. Les rivalités entre le chef de l’État et Siteny Randrianasoloniaiko sont évoquées dans la presse malgache, mais les intentions prêtées aux deux responsables restent à distinguer des faits établis. La séance parlementaire et le débat budgétaire ne suffisent pas, à eux seuls, à confirmer un projet de remplacement du président de l’Assemblée.
La Constitution prévoit toutefois une procédure pour démettre les membres du bureau de l’Assemblée : un « motif grave » doit être retenu et le vote secret doit réunir les deux tiers des députés. Cette règle fixe un seuil élevé. Elle donne au débat une dimension institutionnelle, car une tentative de changement à la tête de la chambre exigerait une justification formelle et un large soutien parlementaire. Le texte constitutionnel consultable sur le site de l’Assemblée précise ce mécanisme.
Des députés ont aussi affirmé que le pouvoir de dissolution de l’Assemblée aurait été évoqué pour obtenir le ralliement de parlementaires élus en 2024 sous la bannière du président déchu. Cette allégation n’est pas confirmée par une déclaration officielle indépendante et doit rester attribuée. Elle souligne néanmoins un enjeu majeur : dans une transition, la capacité réelle du Parlement à contrôler l’exécutif compte autant que les textes qui définissent ses compétences.
Le calendrier politique renforce la portée de ces débats. La transition doit conduire à un retour à l’ordre constitutionnel et à de nouvelles élections. Dans sa décision de mars 2026, l’Union africaine a demandé aux autorités malgaches de respecter le calendrier de transition et de bâtir une feuille de route inclusive, avec des échéances précises. La SADC, organisation régionale dont Madagascar est membre, a également appelé à un dialogue national porté par les Malgaches. La décision de l’Union africaine et le communiqué de la SADC situent cette exigence régionale.
Les prochains arbitrages à surveiller
Le projet de budget permettra de mesurer la marge de manœuvre du gouvernement : quelles recettes supplémentaires, quels investissements et quelles protections face aux coûts de l’énergie ? Son examen dira aussi si l’Assemblée peut débattre de ces choix sans que les désaccords politiques ne prennent le dessus. Les recettes douanières, la trajectoire des subventions et le redressement de Jirama seront des points concrets à suivre.
Pour les Malgaches, l’enjeu se jugera dans les services rendus et dans la manière de répartir les coûts des réformes. Pour les partenaires régionaux et continentaux, il concerne aussi la crédibilité du calendrier de transition. À Antananarivo, le vote budgétaire se trouvera donc au croisement de deux questions : comment financer les priorités publiques, et comment préserver des institutions capables de préparer le prochain rendez-vous électoral.