La prévention attire l’attention, mais le parcours ne s’arrête pas au dépistage. Pour les femmes déjà diagnostiquées, l’accès aux traitements et la continuité des soins restent déterminants. C’est sur ce volet que se concentre une initiative d’AGL en Côte d’Ivoire, à l’occasion d’Octobre Rose 2026.

Un appui annoncé au service de cancérologie de Treichville

Le 13 octobre, les entités ivoiriennes d’AGL ont remis une contribution financière au service de cancérologie du Centre hospitalier universitaire (CHU) de Treichville. La remise a été effectuée par Martine Coffi-Studer, présidente du conseil d’administration d’AGL Côte d’Ivoire, en partenariat avec le Programme national de lutte contre le cancer (PNLCa), l’organisme public chargé de coordonner la lutte contre la maladie.

Le montant du don et ses modalités d’utilisation n’ont pas été précisés dans les informations communiquées sur l’initiative. L’aide est présentée comme un soutien à la prise en charge médicale de patientes atteintes d’un cancer du sein et à leur accès aux soins. Il s’agit donc d’un appui ciblé, dont les effets dépendront notamment de son affectation concrète et de la capacité à répondre aux besoins des patientes.

Le professeur Innocent Adoubi, directeur-coordinateur du PNLCa et chef du service de cancérologie du CHU de Treichville, a salué la participation des entreprises aux efforts de santé publique. Il a rappelé que ces contributions peuvent soutenir l’accompagnement des femmes touchées, aux côtés des actions de prévention et de dépistage.

Le lendemain, le 14 octobre, une conférence-débat organisée au Centre d’innovation Yiri, à Marcory, a prolongé l’opération auprès des salariées du groupe. Un atelier pratique d’auto-palpation a précédé les échanges avec des professionnels de santé et des représentantes du personnel. Les discussions ont porté sur le dépistage précoce, les dispositifs de prise en charge et l’accompagnement des femmes malades.

Un défi sanitaire qui dépasse la sensibilisation

Le cancer du sein est le cancer le plus fréquemment diagnostiqué chez les femmes en Côte d’Ivoire. Les estimations GLOBOCAN 2024 de l’Agence internationale de recherche sur le cancer évaluent à 4 845 le nombre de nouveaux cas féminins cette année-là. Le ministère ivoirien de la Santé citait, pour 2022, 3 869 nouveaux cas et 2 092 décès, d’après les données GLOBOCAN alors disponibles. Ces chiffres proviennent d’estimations pour des années différentes et ne doivent pas être confondus avec un bilan annuel observé en temps réel. Les estimations GLOBOCAN pour la Côte d’Ivoire et les données citées par le ministère de la Santé éclairent l’ampleur de l’enjeu.

Ces indicateurs donnent une mesure du besoin, mais ne disent pas à eux seuls si chaque patiente peut suivre les examens et les traitements nécessaires. Le ministère évoquait en 2025 les obstacles liés au diagnostic tardif, à la méconnaissance des signes d’alerte et aux contraintes socio-économiques. Pour une patiente, la distance jusqu’à un service spécialisé, le coût des examens et la régularité des rendez-vous peuvent peser sur la suite du parcours.

Le dispositif de soins ne se limite toutefois pas à une seule structure. Le ministère mentionne notamment les services spécialisés du CHU de Treichville et du CHU de Bouaké, ainsi que le Centre national d’oncologie médicale et de radiothérapie Alassane Ouattara. En 2025, il indiquait également que le pays comptait 14 sites de mammographie, dont certains proposaient des examens à tarif réduit. La présence d’équipements et de structures constitue une avancée, mais leur répartition et les conditions financières d’accès restent essentielles pour les habitantes hors des grands centres urbains.

De l’entreprise au système de santé : quelle portée ?

En associant une aide destinée aux patientes à une séance d’information pour ses collaboratrices, AGL relie deux dimensions souvent traitées séparément : la prévention en milieu professionnel et le soutien à celles qui sont déjà malades. L’entreprise prévoit aussi une journée consacrée au bien-être des femmes avant la fin du mois, avec des activités de détente et de respiration. Ces actions peuvent contribuer à la sensibilisation, mais elles ne remplacent ni un dépistage médical ni un traitement suivi par des professionnels.

Pour les salariées, l’atelier offre un espace d’échange et des repères sur les démarches possibles. Pour les patientes du service hospitalier, le don annoncé vise plutôt à soutenir la prise en charge. Les besoins ne sont pas identiques : une action en entreprise touche d’abord les personnes qui y travaillent, tandis que l’amélioration de l’accès aux soins suppose aussi des réponses pour les femmes sans emploi formel et celles qui vivent loin des pôles hospitaliers.

La contribution d’une entreprise ne peut donc être évaluée uniquement au nombre d’événements organisés. La transparence sur le montant versé, son emploi et les résultats obtenus permettrait de mieux apprécier sa portée. De même, la continuité des soins dépend d’un engagement durable des pouvoirs publics, des équipes hospitalières et des partenaires, ainsi que de moyens accessibles aux patientes.

En Afrique de l’Ouest, où les systèmes de santé font face à des besoins importants de diagnostic et de traitement, l’expérience ivoirienne rappelle l’intérêt de renforcer les capacités locales plutôt que de limiter la lutte à une campagne annuelle. En Côte d’Ivoire, pays membre de la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO), les efforts nationaux s’appuient sur des établissements spécialisés et des partenariats entre acteurs publics, privés et associatifs. Le prochain enjeu est de mesurer si ces mobilisations améliorent effectivement l’orientation des patientes et la continuité de leurs soins, au-delà du mois d’octobre.