Combien d’habitants vivent en République démocratique du Congo, et où sont-ils répartis ? Kinshasa ne dispose pas encore d’un décompte récent et complet. Après plus de quatre décennies sans recensement général, le pays prépare une opération qui doit aider à planifier les services publics au plus près des réalités locales.

Compter le pays avant de répartir ses moyens

Le dernier recensement général congolais remonte à 1984, lorsque le pays s’appelait encore Zaïre. Depuis, les estimations ont pris le relais. Elles permettent de suivre les grandes tendances, mais ne remplacent pas un dénombrement des ménages et de leur localisation. L’UNICEF et le Fonds des Nations unies pour la population (UNFPA) rappellent que le prochain recensement doit produire des données démographiques et socio-économiques actualisées.

Cette lacune complique les décisions très concrètes : où construire une école ou un centre de santé, quelles zones desservir en eau, comment anticiper les besoins de transport et d’emploi. Les moyennes nationales peuvent masquer de grands écarts entre Kinshasa et les autres villes, ou entre les centres urbains et les territoires ruraux. Des données localisées doivent aider à mieux distinguer ces besoins.

Le chantier s’inscrit aussi dans la trajectoire d’un pays vaste, jeune et en forte croissance démographique, dont les estimations de population varient selon les méthodes. Il ne s’agit donc pas seulement d’annoncer un total. Le recensement général de la population et de l’habitat, ou RGPH-2, doit décrire la répartition des habitants et certaines caractéristiques des ménages et des logements.

Une préparation déjà engagée, un dénombrement attendu en 2027

Le calendrier officiel prévoit le dénombrement général à partir de juillet 2027. La phase actuellement menée est la cartographie censitaire : les équipes repèrent les bâtiments, les zones habitées et les lieux d’activité afin de préparer le passage des agents recenseurs. Cette étape vise notamment à limiter les oublis et les doubles comptages.

À Kinshasa, les opérations de cartographie sont entrées dans leur phase de terrain à l’automne 2026, avant leur extension aux provinces. Le ministre d’État chargé du Plan, Guylain Nyembo, a présenté le processus comme une opération scientifique et gratuite. Le gouvernement affirme vouloir couvrir l’ensemble du territoire. Le calendrier reste toutefois un objectif à tenir : la collecte, le contrôle des données et leur traitement exigent une coordination logistique importante.

Le processus implique le ministère du Plan et le Bureau central du recensement, avec l’appui de partenaires comme l’UNFPA et l’UNICEF. En septembre 2026, ces deux agences onusiennes ont annoncé le renforcement de leur soutien à la préparation du RGPH-2. Leur rôle ne remplace pas celui des institutions congolaises : la responsabilité de conduire l’opération et d’en garantir l’appropriation nationale revient aux autorités du pays.

Le défi sera d’atteindre les ménages dans les zones éloignées, mais aussi dans les quartiers urbains denses où plusieurs ménages peuvent partager une parcelle ou un bâtiment. Dans les régions touchées par l’insécurité, l’accès des équipes et la continuité des opérations pourraient également compliquer le travail. Le ministère a évoqué des solutions adaptées aux zones difficiles d’accès ; leur efficacité devra être évaluée à mesure du déploiement.

La qualité des données dépendra de la confiance

Un recensement ne produit pas automatiquement de meilleures politiques publiques. Il faut que les habitants puissent répondre sans crainte, que les agents soient correctement formés et que les données soient vérifiées, protégées puis rendues utiles. Les informations recueillies devront aussi être suffisamment détaillées pour éclairer les besoins locaux, sans exposer les personnes recensées.

La confiance compte particulièrement dans un pays où les habitants peuvent se demander à quoi serviront leurs réponses. Le gouvernement présente l’opération comme apolitique et orientée vers le développement. Pour que cette assurance soit crédible, les règles de confidentialité, les méthodes de collecte et les résultats devront être expliqués clairement. Une communication régulière dans les langues et par les canaux adaptés aux différentes provinces peut contribuer à la participation.

Les moyens financiers et humains pèseront tout autant. En mars 2026, le gouvernement et l’UNFPA ont annoncé une mobilisation de financements dépassant 200 millions de dollars pour un budget initial estimé à 192 millions. Ce montant annoncé ne garantit pas, à lui seul, la bonne exécution : les paiements aux agents, les déplacements, le matériel et le contrôle de qualité devront suivre le calendrier sur un territoire aux infrastructures inégales.

Les résultats pourront aussi nourrir les débats sur la représentation et la répartition des investissements. Toutefois, un recensement n’est ni une élection ni une solution immédiate aux écarts de services. Il fournit une base statistique ; les choix budgétaires et les décisions d’aménagement restent du ressort des institutions publiques.

Un enjeu congolais, des enseignements régionaux

La RDC appartient à plusieurs ensembles régionaux, dont la Communauté de développement de l’Afrique australe (SADC) et la Communauté économique des États de l’Afrique centrale (CEEAC). Des données démographiques plus solides peuvent améliorer la planification nationale et faciliter les comparaisons régionales, notamment sur les besoins sociaux et les dynamiques de population. Elles ne signifient pas pour autant que les réalités des pays voisins soient interchangeables.

À l’échelle continentale, le chantier rappelle que la qualité des statistiques est une question de capacité publique et de souveraineté : un pays doit pouvoir produire et maîtriser les données qui orientent ses politiques. La prochaine étape à surveiller est le passage de la cartographie au dénombrement prévu en juillet 2027, puis la publication et la vérification des résultats. Le calendrier, la couverture des zones difficiles d’accès et la protection des réponses permettront de mesurer si cette opération peut réellement servir les habitants, de Kinshasa aux territoires les plus éloignés.

Pour le moment, aucun chiffre définitif ne peut être tiré de cette opération encore en préparation. Le résultat dépendra autant de la qualité du travail de terrain que de la capacité des autorités à transformer les données recueillies en décisions lisibles et équitables.

Suivre les étapes officielles du RGPH-2 en RDC · Lire les précisions de l’UNICEF et de l’UNFPA sur leur appui · Consulter le point d’étape d’Actualite.cd sur le calendrier · Écouter le suivi de Radio Okapi sur les préparatifs · Consulter le communiqué conjoint sur le financement annoncé