À Rehoboth, au sud de Windhoek, un projet solaire de 20 mégawatts (MW) doit ajouter une nouvelle source d’électricité au réseau namibien. L’enjeu dépasse la production d’une centrale : il s’agit de réduire la part de courant acheté aux pays voisins, tout en renforçant les capacités locales.
Une dépendance régionale qui reste forte
La Namibie fait partie de la Communauté de développement de l’Afrique australe (SADC), dont les pays échangent de l’électricité au sein du Southern African Power Pool (SAPP), un réseau régional de production et de commerce électrique. Ces échanges aident à équilibrer l’offre et la demande. Mais ils exposent aussi les pays importateurs aux disponibilités et aux prix de leurs voisins.
Les données publiées par l’Agence namibienne des statistiques pour août 2026 illustrent cette dépendance : les importations auraient représenté 65 % de l’approvisionnement électrique, contre 35 % issus de la production locale. Un média spécialisé namibien rapporte ces chiffres en les attribuant à l’agence nationale. Ils décrivent un mois donné, et non une proportion fixe pour toute l’année.
Le recours aux producteurs indépendants s’inscrit dans une évolution du marché engagée par la Namibie. Depuis 2019, son modèle dit « Modified Single Buyer » permet à certains producteurs privés de vendre directement leur électricité à de grands consommateurs ou à des distributeurs. Ce dispositif complète le rôle de NamPower, la compagnie publique qui produit, achète et transporte une part importante de l’électricité du pays.
Naruchas, première pièce d’un programme plus large
NamPower a retenu un consortium dirigé par JCM Power pour le projet photovoltaïque de Naruchas, d’une puissance annoncée de 20 MW. Le groupe canadien indique que ses partenaires sont Broadreach Energy, Galen Group Investment et Southern Africa Group. Le site se trouve près du poste électrique de Naruchas, dans la région de Hardap, à proximité de Rehoboth.
La documentation environnementale namibienne confirme l’existence du projet de centrale solaire de 20 MW porté par JCM Power. Elle fait état d’une procédure d’évaluation environnementale, étape distincte de la sélection du consortium pour le projet. Les informations publiques consultées ne précisent ni le montant de l’investissement, ni le financement, ni la date prévue de mise en service. L’attribution ne signifie donc pas, à elle seule, que la centrale est déjà construite ou raccordée.
Naruchas s’inscrit dans un appel d’offres portant sur six centrales photovoltaïques de 20 MW chacune, soit 120 MW au total. Les autres sites annoncés sont Zamber, Okatope, Shiyambi, Osona et Aussenkehr. Les six projets visent des postes électriques existants ou identifiés dans le plan d’achat de NamPower. Leur réalisation dépendra notamment de la conclusion des contrats, du financement, des autorisations et du raccordement au réseau.
Cette voie privée complète les projets développés par NamPower. Le plan stratégique de la compagnie mentionne notamment une installation solaire de 80 MW à Omburu et un programme de 120 MW confié à des producteurs indépendants. Une présentation de NamPower situe ces projets dans un portefeuille plus vaste, qui comprend aussi des projets éoliens, hydroélectriques et de stockage. Les capacités annoncées restent toutefois des projets tant que leur calendrier et leur mise en service ne sont pas confirmés.
Produire davantage ne suffit pas
Une centrale de 20 MW peut contribuer à l’offre nationale, mais sa puissance nominale ne correspond pas à une production constante. Le solaire dépend de l’ensoleillement et ne fournit pas d’électricité la nuit. Pour transformer cette capacité en approvisionnement fiable, il faut aussi des lignes capables d’acheminer le courant, des moyens de stockage ou d’appoint, et une coordination avec les autres centrales.
Cette question concerne autant les ménages que les entreprises. Une production nationale plus diversifiée peut réduire l’exposition aux achats extérieurs et soutenir l’activité économique. Mais les bénéfices dépendront des coûts de construction, des prix prévus dans les contrats et de la façon dont les dépenses de réseau seront réparties. Les annonces disponibles ne permettent pas encore de mesurer ces effets sur les tarifs payés par les consommateurs.
Le modèle d’achat privé peut accélérer les investissements et élargir le nombre d’acteurs du secteur. Il ne remplace cependant ni la responsabilité de NamPower dans la sécurité du réseau, ni celle du régulateur namibien dans l’encadrement des licences et des contrats. La réussite du programme dépendra aussi de la capacité du réseau à intégrer plusieurs installations solaires sans fragiliser l’équilibre entre production et consommation.
Un enjeu pour l’ensemble de l’Afrique australe
La SADC encourage les échanges d’électricité et l’intégration des réseaux régionaux. Le SAPP permet à ses membres de commercer au-delà des frontières, mais la production locale reste déterminante lorsque l’offre régionale se tend. Pour la Namibie, les importations et les nouvelles centrales ne s’opposent donc pas : elles peuvent se compléter, à condition que les interconnexions et les capacités nationales suivent.
La prochaine étape sera de vérifier si les projets du programme de 120 MW passent de l’appel d’offres aux contrats, puis aux travaux. Les informations qui restent à préciser — financement, calendrier et raccordement — permettront de juger leur contribution réelle. À Windhoek comme dans les régions, c’est cette progression concrète, davantage que la seule annonce de mégawatts, qui dira si la dépendance électrique du pays recule.