Protéger les forêts, les mangroves et les zones humides ne se décide pas seulement sur le terrain. Il faut aussi financer la surveillance, la restauration et les choix économiques qui permettent aux communautés d’en vivre sans épuiser les ressources. À Erevan, en Arménie, les pays réunis pour la COP17 doivent confronter leurs engagements à cette question très concrète : qui paie, et à quelles conditions ?

Un rendez-vous à mi-parcours pour les objectifs de 2030

La 17e conférence des parties à la Convention des Nations unies sur la diversité biologique se tient du 19 au 30 octobre 2026. Elle rassemble les pays signataires du traité mondial sur la biodiversité. Pour la première fois, ils doivent examiner collectivement les progrès accomplis dans l’application du Cadre mondial de Kunming-Montréal, adopté en 2022. Ce plan fixe 23 objectifs à atteindre d’ici à 2030.

Parmi eux figure la cible dite « 30 x 30 » : conserver au moins 30 % des terres et des mers de la planète. Le cadre demande aussi de mobiliser 200 milliards de dollars par an pour la biodiversité d’ici à 2030, toutes sources confondues. Dans cette enveloppe, les financements internationaux destinés aux pays en développement doivent atteindre 30 milliards de dollars par an en 2030. Une étape intermédiaire prévoyait déjà 20 milliards annuels en 2025.

Cette échéance est au cœur des discussions. L’Associated Press rapporte que les sommes rassemblées restent en deçà des ambitions affichées. La COP17 ne négocie donc pas seulement de nouveaux objectifs : elle doit aussi mesurer l’écart entre les promesses financières et les moyens effectivement disponibles. Les décisions finales sont attendues à la clôture, le 30 octobre.

Pour les pays africains, l’accès aux fonds compte autant que leur volume

Dans le débat relayé par Greenpeace Afrique, Bonaventure Bondo, chargé de campagne forêt, alerte sur le manque de financements accessibles aux pays africains. Cette préoccupation dépasse la seule protection des arbres. Elle touche les capacités des administrations à suivre les écosystèmes, à faire appliquer les règles et à associer les populations aux décisions qui affectent leurs territoires.

Les pays africains ne forment pas un ensemble uniforme. Le bassin du Congo, partagé notamment entre la République démocratique du Congo, le Gabon, le Cameroun, la République du Congo et la République centrafricaine, concentre d’importantes forêts tropicales. Les États du Sahel, eux, mettent aussi en avant la restauration des terres dégradées et la gestion des ressources en eau. Les priorités, les institutions et les besoins financiers diffèrent donc selon les territoires.

Le financement national reste une partie de la réponse, mais il entre en concurrence avec d’autres besoins publics : santé, éducation, infrastructures et services essentiels. De plus, obtenir un appui international peut impliquer des procédures, des critères techniques et des délais qui pèsent davantage sur les administrations aux équipes limitées. La Banque africaine de développement met précisément en avant, à Erevan, la mobilisation de financements et la nécessité de mieux relier connaissances, politiques publiques et investissements en faveur de la nature.

La question n’est donc pas seulement de savoir combien d’argent existe. Il faut aussi examiner qui peut y accéder, sous quelle forme, avec quel calendrier et selon quelles priorités. Des prêts peuvent alourdir la dette publique, tandis que des projets privés peuvent privilégier les sites où les rendements sont plus faciles à mesurer. Pour les communautés rurales et les peuples autochtones, les garanties foncières, la participation aux décisions et le partage des bénéfices sont tout aussi déterminants.

Les engagements mondiaux se heurtent aux arbitrages du terrain

La cible de conservation de 30 % ne se réduit pas à tracer des périmètres sur une carte. Le cadre de Kunming-Montréal appelle aussi à une gestion efficace et équitable, qui respecte les droits des peuples autochtones et des communautés locales. Sans cette exigence, la création ou l’extension d’aires protégées peut provoquer des tensions sur l’accès aux terres et aux ressources, notamment pour les personnes dont les activités dépendent directement des écosystèmes.

À l’inverse, investir dans la biodiversité peut soutenir des activités économiques locales : agroforesterie, pêche durable, restauration des sols ou écotourisme. Mais ces bénéfices ne sont ni automatiques ni répartis également. Les habitants doivent pouvoir participer à la conception des projets et en tirer une part réelle des revenus. Les gouvernements, de leur côté, doivent concilier conservation, emplois, recettes publiques et développement des services.

Le contexte régional compte également. L’Union africaine a appelé ses États membres à élaborer des plans nationaux de financement de la biodiversité et à améliorer l’accès aux mécanismes internationaux. Cette orientation souligne le rôle des institutions africaines : les priorités ne peuvent être déterminées uniquement par les bailleurs ou par des dispositifs conçus loin des territoires concernés. Les banques de développement du continent peuvent aider à structurer des projets, mais elles ne remplacent pas les engagements financiers internationaux pris dans le cadre de la convention.

De Montréal à Erevan, la crédibilité se joue dans l’exécution

Le cadre mondial adopté à Montréal en 2022 a fixé une ambition commune. Depuis, les négociations ont aussi porté sur la manière de financer sa mise en œuvre. À la COP16, organisée en Colombie en 2024 puis achevée à Rome en 2025, les pays ont poursuivi les discussions sur les ressources et les mécanismes de financement. La COP17 constitue désormais le premier examen mondial des avancées collectives, quatre ans après l’adoption du cadre.

Pour les pays africains, l’enjeu est double : obtenir des ressources prévisibles et garder une marge de décision sur leur emploi. Pour les populations, la différence se mesurera dans la durée des projets, la protection des droits et les possibilités de revenus locaux. Pour les gouvernements, elle se jouera aussi dans la capacité à suivre les résultats et à rendre compte de l’usage des fonds.

Les débats d’Erevan permettront de voir si les États rapprochent leurs contributions des objectifs annoncés, notamment ceux de 2025 et 2030. La Banque africaine de développement y présente ses priorités de financement, tandis que l’Union africaine a déjà insisté sur l’accès équitable des pays du continent. La clôture de la conférence dira si ces préoccupations se traduisent en décisions concrètes. D’ici là, l’indicateur décisif reste simple : les engagements financiers annoncés atteindront-ils les territoires et les acteurs chargés de protéger la biodiversité ?