Un résultat acquis sur la pelouse peut-il être renversé plusieurs semaines plus tard par une instance disciplinaire ? C’est la question au cœur du litige qui oppose les fédérations marocaine et sénégalaise après la finale de la Coupe d’Afrique des nations 2025. Le Tribunal arbitral du sport (TAS) prévoit de rendre sa décision complète à la fin de novembre 2026.
Une finale, deux résultats officiels
Le 18 janvier 2026, à Rabat, le Sénégal a battu le Maroc 1-0 après prolongation. La rencontre a toutefois été marquée par une interruption tendue dans le temps additionnel. Après l’attribution d’un penalty au Maroc, contestée par des joueurs sénégalais, une partie de l’équipe a quitté le terrain avant d’y revenir. Brahim Diaz a ensuite manqué le penalty.
Le résultat sportif de la finale et son statut administratif ont alors divergé. Le 17 mars, le Jury d’appel de la Confédération africaine de football (CAF), l’instance dirigeante du football continental, a annulé une décision antérieure et déclaré le Sénégal forfait. Il a homologué un score de 3-0 en faveur de la Fédération royale marocaine de football (FRMF), en s’appuyant sur l’article 84 du règlement de la CAN et sur les articles 82 et 84 examinés dans le dossier. La décision publiée par le Jury d’appel de la CAF expose le fondement réglementaire retenu.
La Fédération sénégalaise de football (FSF) a contesté cette décision devant le TAS. Le tribunal basé à Lausanne a confirmé le 25 mars avoir enregistré l’appel contre la CAF et la fédération marocaine. La FSF demande l’annulation de la décision de la CAF et la reconnaissance du Sénégal comme vainqueur de la compétition. Le communiqué du TAS sur l’enregistrement de l’appel précise les parties concernées et les demandes sénégalaises.
Pourquoi l’attente se prolonge
Les arbitres du TAS ont tenu audience à huis clos le 8 octobre. Le 19 octobre, le tribunal a indiqué que la formation arbitrale avait commencé ses délibérations. Elle rendra une sentence motivée, c’est-à-dire une décision accompagnée des raisons juridiques qui la fondent. Le processus doit prendre plusieurs semaines. La date annoncée reste une échéance prévisionnelle : la sentence est attendue « fin novembre 2026 ».
Le recours ne revient pas à rejouer la finale. Il porte sur la décision disciplinaire de la CAF et sur l’application de son règlement. Le TAS devra donc examiner les arguments des parties et les règles invoquées, puis décider s’il confirme la décision contestée, la modifie ou l’annule. À ce stade, aucun des deux camps ne peut présenter le litige comme définitivement tranché.
Cette distinction compte pour les supporters comme pour les fédérations. Sur le terrain, le Sénégal a remporté le match. Dans les registres de la CAF, le Maroc a ensuite été déclaré vainqueur par forfait. La sentence du TAS dira si ce second résultat demeure. Elle apportera aussi des motifs permettant de comprendre comment le tribunal interprète les dispositions relatives à l’abandon du terrain et à l’autorité de l’arbitre.
Un enjeu institutionnel pour le football africain
Pour le Maroc, pays hôte de la compétition, l’affaire touche à la fois au palmarès national et à la crédibilité de la procédure suivie par la CAF. Pour le Sénégal, elle concerne la reconnaissance d’un titre remporté sur le terrain et la possibilité de contester une sanction devant une juridiction indépendante du football continental. La décision aura donc des effets sportifs et institutionnels, même si elle ne peut effacer les tensions vécues pendant la finale.
Le dossier met également en lumière la répartition des rôles entre les instances. La CAF applique ses règlements et statue à travers ses organes disciplinaires. Le TAS, tribunal d’arbitrage spécialisé dans les litiges sportifs, examine l’appel qui lui est soumis. Son intervention ne signifie pas que toute décision de la CAF sera automatiquement renversée ; elle ouvre un contrôle juridictionnel dont l’issue reste inconnue.
Pour les acteurs du football africain, les conséquences dépasseront potentiellement ce match. Une décision motivée peut préciser la manière dont les règles de compétition s’appliquent lorsqu’une équipe quitte temporairement la pelouse pour protester. Elle peut aussi éclairer les fédérations sur les voies de recours et sur les limites de leur contestation pendant une rencontre. Il faudra toutefois attendre le texte du TAS pour savoir quels principes, et dans quelle mesure, seront retenus.
Dans l’immédiat, l’échéance à surveiller est la publication de la sentence annoncée pour la fin de novembre 2026. Le TAS indique que ses communications officielles paraîtront sur ses propres canaux. Jusque-là, le dossier reste ouvert : le score de 3-0 décidé par la CAF est contesté, et le tribunal n’a pas encore rendu son verdict. Pour le Maroc, le Sénégal et la CAF, la prochaine étape sera donc moins un nouveau match qu’une décision juridique susceptible de fixer le statut définitif de la finale.