Dans les chansons de Sami Galbi, Casablanca n’est pas un décor lointain. Elle revient dans les souvenirs de trajets en taxi, dans des refrains familiers et dans une musique qui fait dialoguer les écoutes de l’enfance avec les sons électroniques d’aujourd’hui. Pour cet artiste aux racines nord-africaines, la piste de danse peut aussi devenir un lieu de mémoire et de prise de parole.
Des refrains de Casablanca à une scène en mouvement
Le parcours musical de Galbi s’inscrit dans des circulations bien réelles entre le Maroc et l’Europe. Installé en Europe, le chanteur, producteur et guitariste puise notamment dans les chansons entendues en famille. Il évoque les taxis marocains, où des morceaux longtemps écoutés finissent par être repris spontanément par les conducteurs. Parmi ces souvenirs figure « Rani Mera Hena » de Cheb Hasni, chanteur algérien de raï, que son père écoutait en voiture.
Ce souvenir donne une clé d’écoute, sans réduire l’artiste à une seule origine ni à un seul genre. Les sons qu’il assemble renvoient à plusieurs histoires musicales du Maghreb, tandis que la production électronique et les guitares les inscrivent dans une création contemporaine. Le raï, né en Algérie et largement écouté dans la région, a lui-même évolué au fil des générations et des migrations. Il ne constitue pas un patrimoine figé.
La filiation avec Rachid Taha, évoquée par son goût du rock et du raï, se comprend surtout comme un écho artistique. Taha, né en Algérie et installé en France, a marqué plusieurs publics en mêlant rock, punk et répertoires nord-africains. Galbi ne reprend pas simplement cette formule : il y ajoute ses propres souvenirs, des textures électroniques et une écriture tournée vers le présent.
Une fête qui n’efface pas le propos
Sur scène, la guitare et les percussions côtoient des nappes électroniques. Cette combinaison transforme le concert en espace dansant, mais la fête n’annule pas la dimension critique des chansons. Galbi dit écrire pour raconter et évacuer les épreuves de la vie. Il présente aussi certains titres comme des commentaires sur les valeurs collectives et la société.
Dans « Fifa », il s’attaque notamment au culte de la victoire et de l’argent associé au football. Il reconnaît son propre attachement au sport, tout en questionnant la compétition lorsqu’elle valorise le fait d’écraser l’adversaire. Son propos prend une dimension particulière lorsqu’il évoque le Maroc : selon lui, les ressources consacrées au prestige sportif pourraient aussi nourrir l’éducation et les besoins sociaux.
Cette remarque relève de son regard d’artiste, pas d’un bilan budgétaire. Elle met néanmoins en lumière un débat qui dépasse le Maroc : comment répartir les ressources publiques entre les grands événements, les équipements, l’école et les services du quotidien ? Les priorités et les moyens diffèrent selon les pays. Il serait donc abusif d’en tirer une conclusion générale sur les politiques sportives ou éducatives du continent.
Galbi revendique aussi une musique portée par l’inclusion, le respect et des positions antiracistes et anticolonialistes. Ces valeurs donnent une portée politique à son travail sans le réduire à un slogan. Elles s’expriment dans les textes, mais aussi dans une proposition scénique où les références se croisent et restent vivantes.
Le festival comme lieu de rencontre
Le rendez-vous des Escales, à Saint-Nazaire, en France, inscrit cette musique dans un contexte de circulation entre artistes, publics et répertoires. La programmation officielle de l’édition 2026 annonce Sami Galbi le vendredi 24 juillet à 23 h 15. Le festival se déroule du 24 au 26 juillet sur l’île du Petit Maroc, dans l’estuaire de la Loire. Il rassemble des artistes aux parcours et aux univers variés, dont plusieurs entretiennent des liens avec différentes scènes musicales internationales.
Ce cadre compte : un artiste inspiré par des chansons entendues à Casablanca rencontre un public européen, sans que ses références soient cantonnées à une rubrique « musique du monde ». Le raï, le chaâbi, la guitare rock et les rythmes électroniques entrent dans une conversation musicale actuelle. Cette circulation concerne aussi les diasporas, qui font vivre et transformer des répertoires de part et d’autre de la Méditerranée.
La trajectoire de Galbi rappelle toutefois que ces échanges ne dissolvent pas les histoires nationales. Le raï est associé à des scènes algériennes, tandis que le chaâbi marocain possède ses propres traditions et variations. Les artistes peuvent les faire dialoguer, mais les distinguer aide à comprendre ce qu’ils mobilisent. Ici, les souvenirs familiaux et les références marocaines de Galbi côtoient un paysage musical maghrébin plus large.
Une scène diasporique à suivre sans l’enfermer
Pour les publics du Maroc et de sa diaspora, les chansons de Galbi peuvent résonner à plusieurs niveaux : mémoire familiale, expérience migratoire, attachement au football ou envie de danser. Ces lectures ne sont pas exclusives. Elles ne supposent pas non plus que tous les auditeurs partagent le même rapport au pays, à la langue ou aux traditions.
La présence de ces sonorités sur les scènes européennes témoigne d’un espace culturel transnational, nourri par les artistes et leurs publics, mais aussi par les festivals et les lieux de concert. L’enjeu est de laisser les œuvres être entendues pour ce qu’elles sont : des créations contemporaines, avec leurs choix esthétiques et leurs contradictions, plutôt que des représentations supposées d’un pays ou d’un continent entier.
À Saint-Nazaire, le concert du 24 juillet 2026 devait ainsi faire se rencontrer énergie dansante et paroles critiques. La question posée par « Fifa » — ce que les sociétés célèbrent et ce qu’elles choisissent de financer — dépasse le stade, mais reste ancrée dans le regard personnel de son auteur. C’est dans cet équilibre entre expérience intime, références musicales et débat public que se dessine la singularité de Sami Galbi.
Pour situer le rendez-vous, la programmation officielle des Escales 2026 indique la date de son passage, tandis que la Ville de Saint-Nazaire présente le contexte culturel de l’édition.