Au Maroc, la formation d’un gouvernement se mesure aussi à ce qu’il peut rapidement décider : le nouvel exécutif doit prendre ses marques alors que se prépare le budget de 2027. Nommée cheffe du gouvernement après les législatives, Fatima Ezzahra El Mansouri dirige désormais une équipe de 32 membres, où les reconductions côtoient quelques changements importants.
Une majorité construite autour de quatre partis
Le scrutin du 23 septembre a placé le Parti authenticité et modernité (PAM) en tête, avec 97 sièges sur les 395 de la Chambre des représentants. Ce résultat ne lui donnait pas, à lui seul, la majorité. La coalition formée avec l’Istiqlal, l’Union socialiste des forces populaires (USFP) et le Parti du progrès et du socialisme (PPS) rassemble 207 députés, selon l’annonce officielle de sa formation. L’annonce de la coalition gouvernementale au Maroc précise que les quatre formations entendent soutenir le nouvel exécutif.
Le roi Mohammed VI avait chargé Fatima Ezzahra El Mansouri de former le gouvernement le 29 septembre, conformément à l’article 47 de la Constitution, qui prévoit la nomination du chef du gouvernement au sein du parti arrivé en tête des élections. La nouvelle équipe a été nommée le 16 octobre au palais royal de Rabat. La cérémonie a officialisé la fin des consultations et le passage à la conduite des politiques publiques.
La coalition compte suffisamment de sièges pour disposer d’une majorité à la Chambre. Mais son ampleur ne garantit pas, à elle seule, l’accord sur chaque texte : les partenaires devront maintenir leur entente sur les priorités et les arbitrages budgétaires. Le gouvernement devra aussi présenter son programme au Parlement, où se joueront les premières étapes de son action.
Continuité sur les dossiers régaliens, changements ailleurs
La nouvelle équipe compte 32 membres : la cheffe du gouvernement, 19 ministres, un secrétaire général du gouvernement et 11 ministres délégués. Sept femmes y siègent, selon les informations publiées après la cérémonie. Ce nombre mérite d’être distingué de celui des seuls ministères : les ministres déléguées sont incluses dans le total des femmes.
Plusieurs titulaires conservent leur portefeuille, notamment aux Affaires étrangères et à l’Intérieur. Cette continuité maintient des interlocuteurs déjà en place sur des dossiers diplomatiques, sécuritaires et administratifs. D’autres nominations signalent un renouvellement, en particulier à l’Économie et aux Finances, confiées à Fouzi Lekjaa, jusque-là président de la Fédération royale marocaine de football. La composition et les principaux changements ont été rapportés par des médias marocains et internationaux. Le compte rendu marocain de la formation du gouvernement détaille l’équilibre général de l’équipe.
La présence d’une femme à la tête du gouvernement constitue une première pour le Maroc. Elle ne suffit toutefois pas à établir une transformation de la représentation politique. Selon un décompte publié après les législatives, les femmes occupent 107 des 395 sièges de la nouvelle Chambre, soit environ 27 %. La composition du gouvernement et celle du Parlement donnent ainsi deux indicateurs différents de leur place dans les institutions.
Le symbole politique est donc réel, mais il doit être lu avec les rapports de force parlementaires et la répartition concrète des responsabilités. Pour les Marocaines, l’enjeu sera aussi de voir si cette présence au sommet s’accompagne d’une influence durable dans les décisions publiques. Pour les partis de la coalition, la question est de traduire leur accord en choix de gouvernement, sans réduire leur entente à la seule distribution des postes.
Le budget de 2027, premier test immédiat
Le calendrier financier donne au nouveau gouvernement une première échéance rapprochée. Le projet de loi de finances pour 2027 doit entrer dans le circuit parlementaire en octobre. Ce texte fixe les recettes et les dépenses de l’État pour l’année suivante. Il rendra visibles les priorités de l’exécutif, notamment dans les services publics, l’investissement et les mesures économiques.
Les arbitrages ne touchent pas tous les Marocains de la même façon. Les décisions sur les services et les investissements peuvent peser différemment dans les grandes villes, les petites communes et les zones rurales. De même, les travailleurs de l’économie informelle ne vivent pas les mesures fiscales ou sociales comme les salariés déclarés. Le gouvernement devra donc confronter ses engagements à des réalités variées, et la Chambre sera l’un des lieux où ces choix seront débattus.
Les marges de manœuvre dépendront aussi de la capacité des quatre partis à défendre un programme commun. La majorité de 207 sièges facilite l’adoption des textes, mais elle place les partenaires devant une responsabilité partagée : assumer les décisions, y compris lorsqu’elles impliquent des priorités concurrentes. La continuité de certains ministres peut aider à maintenir les dossiers en cours ; les nouveaux responsables devront, eux, démontrer rapidement comment ils entendent agir.
Une portée régionale à suivre avec prudence
La politique marocaine s’inscrit en Afrique du Nord, dans une région où l’Union du Maghreb arabe réunit le Maroc, l’Algérie, la Tunisie, la Libye et la Mauritanie, mais où la coopération politique demeure limitée. Le nouveau gouvernement devra conduire les relations du royaume avec ses voisins et ses partenaires africains, notamment autour du commerce, des infrastructures et de la diplomatie. Il ne s’agit pas d’un exécutif désigné par une organisation régionale : ses choix restent d’abord nationaux.
À l’échelle continentale, la séquence marocaine rappelle que les élections débouchent sur des coalitions dont la solidité se vérifie dans les institutions et dans la mise en œuvre des politiques. Le premier indicateur concret sera la capacité du gouvernement El Mansouri à respecter le calendrier budgétaire et à faire adopter ses priorités. Ensuite, les débats parlementaires permettront de mesurer si l’accord conclu entre le PAM, l’Istiqlal, l’USFP et le PPS résiste aux arbitrages.