À Mahajanga, le retour de Zily a donné à la musique une place de rencontre entre héritage familial, scène locale et circulations culturelles de l’océan Indien. Pour la chanteuse, dont le père est malgache et la mère mahoraise, cette escale relie deux rives qui partagent des langues, des rythmes et des liens anciens.

Mahajanga, carrefour culturel du nord-ouest malgache

La ville, souvent appelée Majunga, porte officiellement le nom de Mahajanga. Elle est la capitale de la région Boeny, sur la côte nord-ouest de Madagascar, au bord du canal du Mozambique. Son histoire maritime et sa diversité culturelle en font un cadre singulier pour un rendez-vous tourné vers les musiques insulaires.

Le festival Majunga Vibes s’est tenu les 9 et 10 octobre 2026, selon la presse malgache. La programmation associait une soirée face à la mer, à l’hôtel-restaurant Les Roches Rouges, puis un concert grand public au complexe sportif de Mahajanga. La production de Zily répertorie également sa participation à l’événement le 26 septembre, date qui ne concorde pas avec le calendrier rapporté localement. Les éléments disponibles ne permettent pas de clarifier cette divergence.

Cette rencontre s’inscrit dans un espace régional où les artistes circulent entre Madagascar, Mayotte et les Comores. Ces échanges ne gomment pas les différences de statut politique ou de langue. Ils donnent toutefois aux scènes de l’océan Indien des occasions de se répondre et de trouver de nouveaux publics.

Un accueil ancré dans les traditions

À son arrivée à l’aéroport d’Amborovy, Zily a été accueillie par des groupes traditionnels, au son du mgodro. Elle a ensuite retrouvé ses musiciens et ses danseurs pour préparer ses prestations. Une immersion organisée autour de la ville comprenait notamment le vieux baobab et des ateliers de l’entreprise locale Soa Tigra.

La chanteuse interprète des morceaux en shimaoré et en kibushi, langues associées à Mayotte. Son répertoire mêle ces références à des sonorités contemporaines. Sa société de production rappelle qu’elle a fondé le label Yeka Music en 2021, avec l’objectif de structurer son activité et de faire circuler les langues mahoraises au-delà de l’archipel.

La double origine de Zily aide à comprendre la portée symbolique de ce retour, sans réduire son parcours à ses racines. Sa carrière s’est aussi construite par le travail de création, la production indépendante et les concerts. En février 2025, le média réunionnais Imaz Press décrivait déjà une artiste qui associe traditions mahoraises, pop, afrobeat et amapiano.

Une scène locale mise en avant

Majunga Vibes ne s’est pas limité à la venue d’une artiste extérieure. Le classement musical présenté dans le programme mettait en avant des titres de Madagascar, Mayotte et des Comores. Le Malgache Ceasar et Denise arrivaient en tête avec « Aura », devant Lima avec « Tsy Aody » et Rim-Ka avec « Gâter Pourri ». Zily figurait aussi dans la sélection, à la quatrième place avec « Nini Moina ».

Cette liste donne à voir une scène régionale plurielle, où les artistes malgaches côtoient des voix mahoraises et comoriennes. Elle ne constitue pas, à elle seule, une mesure de l’ensemble des goûts du public. Mais elle offre un instantané de titres mis en circulation dans un même espace médiatique, au-delà des frontières nationales.

La programmation mêlait également l’expérience du concert à une présence dans la ville. Les répétitions, la découverte d’ateliers et les rencontres locales peuvent créer des débouchés pour les techniciens, les musiciens, les lieux d’accueil et les commerçants. Le montant de ces retombées n’a toutefois pas été communiqué. Le coordinateur du festival, Hamada Noussoura Adifane, a présenté l’événement comme un projet associant fraternité régionale et développement local.

Au-delà d’un concert, des liens à entretenir

Pour les artistes, les festivals de ce type offrent une scène et un moyen de toucher des publics nouveaux. Pour Mahajanga, ils contribuent à faire exister une programmation culturelle dans une ville éloignée de la capitale, Antananarivo. Les effets dépendent cependant de la continuité des événements, de la rémunération des équipes et de la place accordée aux artistes locaux.

La circulation culturelle dans l’océan Indien s’organise à travers des festivals, des médias et des réseaux professionnels, mais aussi grâce aux liens familiaux et linguistiques. Le parcours de Zily en offre une illustration concrète : son travail relie Mayotte et Madagascar sans confondre leurs histoires ni leurs identités.

Le prochain enjeu sera de savoir si Majunga Vibes peut inscrire cette dynamique dans la durée et renforcer les collaborations avec les artistes de la région. Le classement diffusé autour de l’événement et la présence de talents locaux donnent déjà une indication : l’échange ne se joue pas seulement sur scène, mais aussi dans la visibilité accordée aux créations de l’océan Indien.

Pour situer Mahajanga et son rôle dans la région Boeny, consultez la présentation de la destination par l’Office national du tourisme de Madagascar. Le parcours musical de Zily est également documenté par sa page de production et par la radio mahoraise SUN FM.