Pour une petite entreprise, obtenir un prêt dépend souvent autant de la qualité de ses comptes que de son activité. En Afrique centrale, banques et entrepreneurs cherchent donc à réduire un obstacle moins visible que le manque de capitaux : l’absence d’informations solides pour mesurer le risque et préparer un dossier finançable.

Cette question a occupé les échanges des Bangui Financial Days et des Journées du Banquier de la CEMAC, organisés à Bangui du 1er au 3 octobre 2026. La Communauté économique et monétaire de l’Afrique centrale réunit le Cameroun, la République centrafricaine, le Congo, le Gabon, la Guinée équatoriale et le Tchad. Ses systèmes financiers partagent une banque centrale, la BEAC, et un cadre de supervision bancaire commun.

Des capitaux présents, mais difficiles à orienter

Le constat défendu lors des rencontres est celui d’un financement à construire collectivement. Les banques, les marchés financiers, les investisseurs institutionnels, les fintechs et les pouvoirs publics ne peuvent répondre seuls aux besoins des entreprises et des infrastructures. Il faut relier ces acteurs à des projets mieux préparés, et répartir le risque entre plusieurs financeurs.

Cette mobilisation concerne aussi l’épargne détenue par les banques, les compagnies d’assurance et les fonds de pension. Pour l’orienter vers des investissements de plus long terme, les entreprises doivent présenter des projets viables et structurés. Les marchés de capitaux et les garanties peuvent ensuite compléter le crédit bancaire, plutôt que de faire porter l’ensemble du risque à un seul établissement.

Les données de la BEAC donnent une indication de l’enjeu. Au troisième trimestre 2025, les crédits accordés aux PME dans la CEMAC ont atteint 582,8 milliards de francs CFA, soit 18,46 % du total des crédits mis en place. Le montant était en hausse par rapport à un an plus tôt. Ces chiffres montrent que le crédit aux PME existe, mais ne disent pas à eux seuls combien d’entreprises peuvent obtenir des financements adaptés à leur taille et à leurs besoins.

Rendre les entreprises et les dossiers plus lisibles

Claude Owona, représentante régionale de la Société financière internationale (SFI) pour les institutions financières en Afrique centrale et de l’Ouest, place la qualité de l’information au cœur du problème. Les établissements prêteurs ont besoin de données fiables pour apprécier les revenus, les dettes et la capacité de remboursement d’une entreprise. Lorsque ces éléments manquent, ils peuvent s’appuyer davantage sur des garanties classiques, que de nombreuses petites structures ne sont pas en mesure de fournir.

La réponse ne se limite donc pas à augmenter les sommes disponibles. Elle passe aussi par une meilleure gestion financière et une gouvernance plus solide dans les entreprises, ainsi que par des outils permettant aux banques d’évaluer les risques autrement. La SFI indique accompagner les établissements dans la conception de produits destinés aux PME, la numérisation des demandes de crédit et l’utilisation de données complémentaires. Elle soutient également des garanties et des mécanismes de partage des risques.

En République centrafricaine, près de 470 très petites, petites et moyennes entreprises auraient bénéficié d’un accompagnement en gestion financière entre septembre 2025 et juillet 2026, selon Owona. Elle indique que plus de la moitié étaient dirigées ou détenues par des femmes. Ces chiffres n’ont pas été confirmés par une publication indépendante consultée pour cet article : ils restent donc attribués à la représentante de la SFI.

Pour les entrepreneures, l’enjeu concerne également les conditions d’accès au crédit. Des offres mieux adaptées, des méthodes d’évaluation qui ne reposent pas uniquement sur les garanties traditionnelles et un accompagnement en gestion peuvent aider à lever certains freins. Mais leur effet dépendra de la façon dont les institutions financières les traduiront dans leurs pratiques.

Le bureau de crédit, une infrastructure à consolider

La BEAC a établi un cadre réglementaire pour les bureaux d’information sur le crédit, ou BIC. Ces organismes centralisent des informations sur les emprunts et les remboursements afin d’aider les prêteurs à mieux évaluer les dossiers. En théorie, une entreprise ou un particulier ayant un bon historique peut ainsi faire valoir son comportement de paiement, même sans disposer d’actifs importants à donner en garantie.

La réglementation régionale prévoit la transmission d’informations par les établissements concernés. Mais l’existence du dispositif ne garantit pas, à elle seule, son efficacité. La couverture des données, leur exactitude, leur mise à jour et leur utilisation par les prêteurs comptent autant que l’outil lui-même. Owona juge encore prématuré de mesurer l’impact du bureau sur le crédit dans la région.

La question de la protection des données et de leur traitement mérite aussi une attention particulière. Un historique incomplet ou erroné peut pénaliser un emprunteur au lieu de l’aider. La confiance dans le système dépendra donc de règles appliquées de façon rigoureuse, autant que de la participation des institutions financières.

Le numérique peut rapprocher les services, pas remplacer le crédit

La SFI souhaite également soutenir les services financiers numériques et le mobile money, des services permettant notamment d’effectuer des paiements et des transferts avec un téléphone. La numérisation peut réduire certains coûts de distribution et atteindre des clients éloignés des agences. Pour les entreprises, les paiements numériques peuvent aussi contribuer à documenter l’activité, si les données sont disponibles, pertinentes et utilisées avec leur consentement.

Owona indique qu’une initiative régionale visant à favoriser l’adoption du mobile money et d’autres services numériques est en préparation avec des partenaires. Son lancement reste conditionné aux validations et aux modalités de mise en œuvre. Il ne s’agit donc pas encore d’un programme dont les résultats seraient établis.

À l’échelle de la CEMAC, le défi sera de transformer les orientations discutées à Bangui en mesures concrètes : de meilleurs dossiers d’entreprise, des données de crédit fiables, des outils de partage du risque et des services utilisables au-delà des grands centres urbains. Les banques et les autorités régionales devront aussi veiller à ce que ces avancées profitent aux entreprises formelles comme aux petites structures moins visibles dans les circuits financiers.

Les rencontres de Bangui, tenues du 1er au 3 octobre, ont réuni les acteurs du secteur financier autour de ces enjeux. La suite annoncée par la SFI porte sur l’accès des PME au crédit, la numérisation, l’usage des données et les garanties. La mesure des progrès devra toutefois reposer sur des résultats observables : prêts effectivement accordés, conditions proposées et entreprises capables de financer leur développement.