Au Nigeria, une baisse des prix alimentaires en septembre a freiné l’inflation générale. Mais elle n’efface pas le coût élevé des denrées pour les ménages : sur un an, l’alimentation reste près de 20 % plus chère.

Un ralentissement qui ne signifie pas une baisse générale des prix

Le Bureau national des statistiques du Nigeria (NBS) a évalué l’inflation annuelle à 14,63 % en septembre 2026, contre 15,39 % en août et 20,98 % un an plus tôt. Le chiffre mensuel, qui mesure l’évolution des prix par rapport au mois précédent, s’est établi à 0,06 %, après 0,71 % en août.

Cette distinction est essentielle. Le ralentissement de l’inflation signifie que les prix augmentent moins vite ; il ne signifie pas que leur niveau général revient à celui d’avant. L’indice des prix a légèrement progressé en septembre, tandis que la hausse annuelle reste marquée.

Le mouvement varie aussi selon les postes de dépense. Les prix alimentaires ont reculé de 1,55 % sur le mois, après une hausse de 1,02 % en août. Pourtant, l’inflation alimentaire annuelle atteint encore 19,59 %. Les produits alimentaires et boissons non alcoolisées représentent la plus forte contribution à l’inflation globale, avec 5,85 points de pourcentage.

Les prix moyens de plusieurs produits ont baissé, notamment ceux des farines de sorgho et de maïs, des œufs, des oignons, de l’huile de palme, du riz local, des pommes de terre, des tomates et des bananes plantains. Ce répit peut aider les consommateurs, mais son effet dépend des marchés locaux et du coût du transport entre zones de production et centres urbains.

Des pressions persistent hors alimentation

L’inflation sous-jacente — qui écarte les prix agricoles et énergétiques les plus volatils — s’est élevée à 12,95 % sur un an, contre 22,11 % en septembre 2025. Mais elle a progressé de 1,11 % sur le mois, après une légère baisse en août. Cette évolution rappelle que le recul des prix alimentaires ne se retrouve pas dans toutes les dépenses.

Les restaurants et services d’hébergement ont contribué à hauteur de 1,89 point à l’inflation globale, les transports de 1,56 point, et le logement, l’eau, l’électricité, le gaz et les autres combustibles de 1,23 point. Les données publiées font ainsi apparaître des tensions persistantes pour les ménages comme pour les entreprises, qui répercutent leurs coûts de déplacement, d’énergie ou d’approvisionnement.

Le contexte économique est contrasté. Le PIB réel nigérian a progressé de 4,43 % au deuxième trimestre 2026, après 3,89 % au premier, selon les chiffres du NBS rapportés par plusieurs médias nigérians. Les services, l’agriculture et le secteur pétrolier ont participé à cette croissance. Toutefois, une hausse de la production nationale ne garantit pas à elle seule une amélioration immédiate du pouvoir d’achat : les revenus, les prix et les possibilités d’emploi évoluent différemment selon les secteurs et les territoires.

La banque centrale ajuste sa politique, avec prudence

Le Comité de politique monétaire de la Banque centrale du Nigeria (CBN) a ramené son taux directeur de 26,5 % à 23 % lors de sa réunion des 21 et 22 septembre, une réduction de 350 points de base. Ce taux de référence influence le coût du crédit et les conditions de financement, mais sa baisse ne se traduit pas automatiquement par des emprunts moins chers pour les entreprises ou les ménages.

La décision intervient alors que l’inflation ralentit, mais le rebond mensuel de l’inflation sous-jacente et la persistance des coûts dans les transports et l’énergie invitent à ne pas confondre désinflation et retour à la stabilité des prix. Le NBS a aussi relevé de fortes différences entre zones urbaines et rurales : en septembre, l’inflation mensuelle a augmenté en ville, tandis qu’elle a diminué en milieu rural. Une moyenne nationale ne décrit donc pas uniformément l’expérience des consommateurs.

Un enjeu qui dépasse les frontières nigérianes

Le Nigeria, dont la capitale est Abuja, est un poids économique majeur de l’Afrique de l’Ouest et un membre de la CEDEAO, la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest. Les prix alimentaires et les conditions de circulation des marchandises dans la région peuvent peser sur les approvisionnements nigérians. La CEDEAO souligne que sécurité alimentaire, échanges régionaux et chaînes de valeur agricoles sont liés ; les politiques nationales ont donc des effets qui dépassent leurs frontières.

Pour les ménages nigérians, la prochaine question est concrète : la baisse mensuelle des prix alimentaires va-t-elle durer, et sera-t-elle suffisante face aux coûts de l’énergie, du logement et du transport ? Pour la CBN, les prochains chiffres des prix aideront à mesurer si l’assouplissement monétaire peut se poursuivre sans raviver les tensions. Les données de septembre offrent un signal de ralentissement, pas encore la preuve d’un soulagement durable du coût de la vie.

Les chiffres d’inflation ont été rapportés à partir des publications du NBS et recoupés par plusieurs médias nigérians, dont Punch, Nairametrics et Business Post Nigeria. Les décisions monétaires sont consultables auprès de la Banque centrale du Nigeria. La croissance du PIB a été recoupée par Premium Times et Punch. Le contexte régional est documenté par les perspectives économiques de la CEDEAO.