À Dussafu, au large du Gabon, le pari ne se mesure pas seulement en pétrole découvert. Il dépendra aussi de la capacité à transformer ces réserves en volumes réguliers, alors que la production du permis a nettement ralenti depuis 2025.

BW Energy mise sur une campagne de forage élargie et sur des installations déjà en place. L’enjeu dépasse l’opérateur : le pétrole reste une ressource majeure pour les finances gabonaises, mais ses retombées dépendent aussi du partage de la production, de l’activité locale et de la gestion des revenus.

Dussafu, un actif partagé dans une région pétrolière

Le permis de Dussafu se situe en mer, dans le sud du Gabon. Il est exploité par BW Energy, qui en détient 73,5 %. Panoro Energy possède 17,5 % et la société publique Gabon Oil Company les 9 % restants. Cette répartition associe un opérateur étranger, un partenaire privé et une entreprise nationale.

Le développement s’appuie sur deux installations complémentaires. La plateforme MaBoMo reçoit la production de plusieurs puits, puis l’achemine par conduite vers le BW Adolo, un navire qui traite, stocke et décharge le pétrole. Réutiliser ces équipements peut limiter les dépenses et accélérer le raccordement de nouveaux puits.

Le permis s’inscrit dans l’économie de la CEMAC, la Communauté économique et monétaire de l’Afrique centrale, qui regroupe six États autour d’une monnaie et d’un marché régionaux. Pour le Gabon, Dussafu compte dans un secteur où l’évolution de la production pétrolière pèse sur les recettes publiques et les exportations. Mais les effets sur l’économie quotidienne ne sont pas automatiques : ils varient selon les mécanismes de redistribution et les activités qui se développent autour du projet.

Deux forages ouvrent la voie à de nouveaux producteurs

Le 15 octobre 2026, BW Energy a annoncé des résultats positifs pour deux forages d’évaluation, Hibiscus 10P1 et 10P2. Un forage d’évaluation sert à préciser la taille et les caractéristiques d’une accumulation avant de décider si elle peut être exploitée. Les résultats pourraient soutenir deux puits producteurs supplémentaires.

Le puits 10P2 a rencontré une colonne de pétrole de 30 mètres dans le réservoir de Gamba. Le 10P1 a traversé une colonne de 16 mètres sur une structure distincte. L’opérateur estime que ces deux découvertes pourraient représenter entre 8 et 9 millions de barils récupérables au total. Cette estimation est une projection technique, pas un volume déjà extrait ni vendu.

Selon les données communiquées par l’entreprise, le futur puits associé à 10P2 pourrait produire plus de 5 000 barils par jour au démarrage. BW Energy estime aussi que l’investissement dans ce puits pourrait être récupéré en moins d’un an. Ces indications restent des prévisions de l’opérateur et dépendront notamment des résultats réels après mise en production et des conditions économiques.

La campagne de MaBoMo Phase 2 comprend quatre puits producteurs prévus initialement. Un cinquième doit désormais cibler la zone de 10P2. La société table sur un premier pétrole au premier trimestre 2027. À terme, elle vise une production totale de 30 000 à 45 000 barils par jour pour le permis.

Le chiffre doit être lu avec prudence. Il s’agit d’un objectif pour l’ensemble de Dussafu, et non de la part revenant à BW Energy. Le groupe détient 73,5 % du permis. De plus, la capacité du BW Adolo constitue une contrainte opérationnelle : la production globale du champ a déjà approché 40 000 barils par jour début 2025, selon les informations disponibles sur le projet.

La hausse attendue doit d’abord compenser le recul

Les nouveaux forages arrivent après une baisse de la production. Au deuxième trimestre 2026, la part nette de BW Energy à Dussafu s’élevait à 19 300 barils par jour, contre 26 600 un an plus tôt. Ces chiffres ne représentent pas la production totale du champ : ils correspondent à la quote-part attribuée à l’entreprise.

Cette baisse donne la mesure du défi. Les nouveaux puits devront d’abord compenser le déclin naturel de certains puits et les interruptions techniques, avant de produire une hausse durable. BW Energy prévoit également de remplacer une pompe immergée sur un puits existant d’Hibiscus. L’opération vise à soutenir le débit d’un puits vieillissant, tandis que les nouveaux forages construisent un relais de production.

Pour les partenaires, l’intérêt est de prolonger la vie d’un actif déjà raccordé à des infrastructures. Pour le Gabon, la présence de Gabon Oil Company au capital donne à l’État une participation directe au permis. Cela ne suffit toutefois pas, à lui seul, à déterminer les recettes publiques ou les retombées pour les travailleurs et les entreprises locales : elles dépendent aussi du contrat de partage de production, des coûts et des volumes effectivement vendus.

Le calendrier ajoute un autre jalon. BW Energy prévoit un premier pétrole sur le champ voisin de Bourdon au premier trimestre 2028. D’autres travaux d’évaluation sont annoncés dans la zone. Dussafu et Bourdon forment ainsi un programme de développement progressif, qui mise sur les infrastructures existantes plutôt que sur la construction d’un nouveau système complet.

Les échéances à surveiller en Afrique centrale

La campagne de forage engagée en 2026 permettra de vérifier si les résultats des puits d’évaluation se traduisent bien par une production commerciale. Les étapes déterminantes seront le démarrage annoncé en 2027, la montée en débit des nouveaux puits et la capacité du BW Adolo à traiter les volumes supplémentaires.

Le dossier intéresse aussi les partenaires régionaux du Gabon. Dans une économie pétrolière, une hausse des extractions peut soutenir les exportations et les recettes, mais elle n’efface pas la nécessité de diversifier les activités. Les emplois directs d’un projet offshore restent concentrés sur les opérations techniques ; les effets plus larges dépendent des achats locaux, des services et de l’usage public des revenus.

À Libreville, l’enjeu sera donc autant la production que sa traduction économique. Pour BW Energy, les cinq puits annoncés constituent une voie de relance. Pour le Gabon, leur portée se jugera sur des volumes réellement produits, les recettes associées et le partage de valeur entre l’État, les partenaires et l’économie locale.