Pour les coopératives et négociants qui vendent l’or artisanal congolais, le choix entre déclarer leurs transactions et chercher un débouché hors des circuits officiels dépend aussi des coûts et des démarches. À Kinshasa, DRC Gold Trading demande à l’administration fiscale d’ajuster les règles afin de rendre la vente légale plus attractive. L’enjeu dépasse les recettes de l’État : il concerne aussi la place des producteurs dans la chaîne de valeur.
Formaliser l’or dans une région de frontières poreuses
La République démocratique du Congo dispose de nombreux bassins d’exploitation artisanale, notamment dans l’est du pays. Une partie de l’or extrait traverse les frontières sans être enregistrée comme une exportation congolaise. Les rapports du Groupe d’experts des Nations unies documentent depuis plusieurs années des écarts entre les volumes déclarés par la RDC et ceux importés ou réexportés par des pays voisins. Ils établissent l’existence de trafics, mais ne valident pas automatiquement chaque estimation avancée par les opérateurs.
Les circuits régionaux comptent notamment des négociants établis en Ouganda et au Burundi. Dans ses travaux sur les ressources naturelles, le Conseil de sécurité de l’ONU a également examiné les difficultés de contrôle et de traçabilité de l’or artisanal congolais. Ces constats donnent un contexte au débat fiscal, sans permettre à eux seuls de confirmer le chiffre annuel avancé aujourd’hui par DRC Gold Trading.
La RDC appartient à la Communauté de développement de l’Afrique australe (SADC), tandis que les dynamiques de l’est du pays concernent aussi la région des Grands Lacs. La lutte contre la contrebande ne dépend donc pas uniquement des contrôles congolais : les pays de transit et les marchés d’exportation ont également un rôle à jouer.
Une demande fiscale, sans taux de réforme annoncé
Le 9 octobre 2026, le directeur général de DRC Gold Trading, Joseph Kazibaziba, a rencontré Barnabé Muakadi, directeur général de la Direction générale des impôts. D’après les comptes rendus publiés en RDC, les échanges ont porté sur l’impôt sur les bénéfices et profits (IBP) et la taxe sur la valeur ajoutée (TVA), deux prélèvements qui peuvent concerner les activités des opérateurs de la filière.
L’entreprise publique souhaite que les règles applicables aux négociants et aux coopératives soient allégées ou adaptées. Elle n’a toutefois pas rendu publiques les mesures précises qu’elle propose. Les taux de droit commun mentionnés dans la matière disponible sont de 30 % pour l’IBP et de 16 % pour la TVA. Ces taux ne suffisent pas, à eux seuls, à déterminer la charge réellement supportée par chaque acteur : celle-ci dépend notamment de son activité et de son régime fiscal.
DRC Gold Trading affirme que 75 tonnes d’or quitteraient chaque année le territoire congolais de manière illicite, pour une valeur proche de 10 milliards de dollars. Ce chiffre doit rester attribué à l’entreprise : les études invoquées ne sont pas identifiées dans les informations rendues publiques, et les sources indépendantes consultées ne confirment pas cette estimation précise. Les rapports de l’ONU corroborent l’existence de flux clandestins et d’écarts commerciaux, mais pas ce bilan annuel de 75 tonnes.
Un précédent chiffre aide à mesurer l’incertitude. En 2024, DRC Gold Trading évoquait plus de 50 tonnes et 5 milliards de dollars par an. Le passage aux estimations actuelles de 75 tonnes et 10 milliards ne peut être interprété comme une hausse réelle des trafics sans méthode de calcul comparable et données vérifiables. Les montants avancés pèsent dans le débat, mais ne constituent pas des recettes publiques perdues établies.
Faire entrer les transactions dans le circuit légal
La logique défendue par l’entreprise est celle d’un arbitrage : si vendre légalement coûte trop cher ou complique les opérations, les négociants peuvent préférer d’autres débouchés. Une fiscalité mieux adaptée pourrait donc attirer davantage de volumes déclarés. Mais l’effet dépendra des conditions concrètes : prélèvements maintenus, rapidité des paiements, accès aux points d’achat, contrôles et garanties offertes aux coopératives.
La formalisation ne se résume pas à une baisse d’impôt. Elle suppose aussi de pouvoir identifier l’origine de l’or, vérifier les transactions et assurer un suivi jusqu’à l’exportation ou à la vente à un acheteur national. Sans ces contrôles, une mesure fiscale pourrait réduire les recettes sur les volumes déjà déclarés sans faire revenir ceux qui échappent au système.
Les effets ne seraient pas identiques pour tous. Les négociants et coopératives pourraient bénéficier de coûts réduits, tandis que l’État devrait comparer cette baisse éventuelle de prélèvements aux recettes supplémentaires attendues. Pour les producteurs artisanaux, l’accès à un acheteur proche et à des paiements fiables peut compter autant que le taux d’imposition. Dans les bassins éloignés, les distances, les routes et la sécurité peuvent également rendre le circuit officiel moins accessible qu’à Kinshasa ou dans les grands centres.
DRC Gold Trading cherche parallèlement à étendre son réseau d’achat. La société indique être présente dans neuf provinces et disposer d’une dizaine de succursales. Elle vise entre 15 et 18 tonnes commercialisées en 2026. Elle avait déclaré avoir exporté 3,5 tonnes en 2025 ; ce chiffre d’entreprise ne doit pas être confondu avec les statistiques nationales, qui peuvent couvrir un périmètre différent.
Le prochain test : volumes, contrôle et transparence
Pour Kinshasa, l’enjeu est de trouver un équilibre entre attractivité fiscale et financement des services publics. Pour les acteurs régionaux, il s’agit de mieux coordonner la traçabilité et les contrôles aux frontières. Les rapports onusiens et les données officielles d’exportation peuvent éclairer ce travail, à condition de comparer des périodes et des catégories identiques.
La suite dépendra d’abord de la réponse de la DGI et du contenu éventuel d’une réforme. Il faudra ensuite observer si les volumes enregistrés progressent, si les revenus fiscaux suivent et si les coopératives accèdent réellement aux acheteurs agréés. Une fiscalité allégée pourrait contribuer à formaliser la filière ; son efficacité ne pourra être jugée qu’à partir de résultats publiés et vérifiables, et non du seul objectif annoncé.
Pour approfondir, les lecteurs peuvent consulter le compte rendu congolais des discussions fiscales et des estimations avancées par l’entreprise, les informations sur les exportations légales et l’objectif de DRC Gold Trading, ainsi que les travaux du Conseil de sécurité sur le commerce illicite de l’or et d’autres minerais congolais.