Une carte de séjour peut ouvrir l’accès au travail et réduire la crainte d’un contrôle. Mais lorsque son obtention prend plusieurs mois et que les demandes ne sont reçues qu’un jour par semaine, la régularisation reste incomplète dans la vie quotidienne.
En Mauritanie, l’écart entre l’ambition d’enregistrer les résidents étrangers et l’expérience des personnes qui attendent leurs papiers est au cœur du débat. À Nouakchott, des migrants décrivent une procédure qui peut compliquer les déplacements et l’activité professionnelle avant la délivrance du titre.
Une politique d’enregistrement lancée en 2022
Depuis la mi-2022, les autorités mauritaniennes ont renforcé l’enregistrement et la régularisation des ressortissants étrangers. L’objectif officiel est de mieux connaître les personnes présentes sur le territoire et de leur délivrer un titre de séjour. Une campagne de régularisation avait alors été organisée par les services nationaux de l’état civil.
Le 13 octobre 2026, à Nouakchott, le ministre délégué chargé de la décentralisation et du développement local a annoncé qu’environ 136 000 étrangers, issus de 85 nationalités, avaient reçu un titre de séjour régulier et gratuit depuis 2022. Il a également évoqué l’ouverture de 29 points de passage frontaliers supplémentaires, portant leur total à 82, ainsi que la création de centres d’hébergement temporaire à Nouakchott et Nouadhibou. Ces chiffres sont ceux communiqués par le gouvernement. L’Agence mauritanienne d’information et le média mauritanien Nabd ont rapporté les mêmes annonces, sans fournir de décompte indépendant. L’annonce officielle sur les réseaux de maires et la régularisation.
La même rencontre a marqué le lancement de deux réseaux de maires : l’un consacré à la migration et à l’asile, l’autre à la citoyenneté et à la cohésion sociale. Les communes doivent ainsi contribuer à relayer les politiques nationales, notamment dans les zones frontalières, et à rapprocher les administrations des communautés locales.
Entre carte obtenue et attente administrative
Les témoignages recueillis à Nouakchott montrent ce que les statistiques nationales ne disent pas : le temps passé avant d’obtenir le document. Ibrahima, installé en Mauritanie depuis 2020, explique que l’absence de carte rendait plus difficiles le travail et les déplacements. Il dit circuler désormais « sans avoir peur d’être arrêté par la police », mais signale que le traitement peut durer « plus de 3 à 4 mois ».
Kalidou, arrivé depuis trois mois au moment de son témoignage, attendait encore son titre. Il indique que les demandes étaient déposées le samedi et estime qu’une ouverture plusieurs jours par semaine faciliterait les démarches. Ces récits éclairent des difficultés concrètes, mais ne permettent pas d’établir un délai moyen pour l’ensemble du pays ni de savoir si les mêmes modalités s’appliquent dans chaque ville.
Le sujet dépasse la seule remise d’une carte. Un délai prolongé peut compliquer l’accès à un emploi déclaré, les déplacements et les démarches administratives. Les personnes dont l’activité dépend d’un revenu quotidien ont moins de marge pour retourner plusieurs fois auprès des services concernés. Les employeurs et les administrations, eux aussi, doivent composer avec des documents en attente. Aucun chiffre public cité lors du lancement des réseaux ne mesure l’ampleur de ces effets.
Les communes au contact des réalités locales
La création de réseaux de maires peut améliorer la coordination entre communes, services de l’État et communautés. Les élus locaux connaissent les besoins de leur territoire et peuvent signaler les obstacles pratiques : horaires de dépôt, information sur les pièces requises ou éloignement des guichets. Mais leur rôle dépendra des moyens et des responsabilités qui leur seront effectivement confiés. L’annonce du réseau ne précise pas encore comment les plaintes ou les retards seront suivis.
La politique officielle associe contrôle des frontières et accès à un séjour régulier. L’ouverture de nouveaux points de passage vise, selon le ministre, à limiter le recours aux itinéraires informels. Pour produire cet effet, les procédures administratives doivent toutefois être accessibles et prévisibles. Le contrôle territorial et la protection de la dignité des personnes sont présentés par les autorités comme deux objectifs à concilier ; les témoignages mettent en lumière la tension possible entre eux lorsqu’un document tarde à être délivré.
La Mauritanie se trouve au croisement du Maghreb et de l’Afrique de l’Ouest. Elle appartient à l’Union du Maghreb arabe et à l’Union africaine. Elle a quitté la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO), l’organisation d’intégration ouest-africaine, en 2000, puis signé un accord d’association avec elle en 2017. Cette position rend importantes les coopérations avec les pays voisins, tant pour les déplacements transfrontaliers que pour la gestion des demandes d’asile et des mobilités de travail. La présentation des relations régionales de la Mauritanie.
Le suivi des chiffres et des délais
Les annonces de régularisation doivent aussi être lues avec prudence. En 2025, lors de l’examen de la Mauritanie par le Comité des Nations unies sur les travailleurs migrants, la délégation mauritanienne a évoqué près de 147 000 étrangers régularisés lors de la campagne de 2022. Ce chiffre et celui de 136 000 avancé en octobre 2026 ne portent pas nécessairement sur le même périmètre ni sur la même période. Les informations publiées ne permettent pas de les comparer directement. L’écart souligne l’intérêt de données publiques précisant les dates, les catégories de titres et les renouvellements. Le compte rendu de l’examen de la Mauritanie par le comité de l’ONU.
Le prochain enjeu sera donc moins d’annoncer un volume de cartes délivrées que de documenter le fonctionnement du service : délais constatés, fréquence des dépôts, répartition géographique et modalités de renouvellement. Pour les migrants concernés, une procédure plus régulière déterminerait si la régularisation est seulement une opération administrative de grande ampleur ou un accès réellement praticable au séjour légal.