Le Liberia veut transformer des données sismiques et des permis en activité d’exploration réelle. Mais, au large de Monrovia, aucune découverte commerciale n’a encore confirmé que les promesses géologiques peuvent devenir une production pétrolière. Le nouveau cycle de licences ouvre une étape supplémentaire ; il ne garantit ni forage ni revenus futurs.

Un nouvel appel, dans un secteur encore sans production

Le 14 octobre 2026, à Cape Town, la Liberia Petroleum Regulatory Authority (LPRA), l’autorité chargée de réglementer l’exploration pétrolière, a présenté un nouveau cycle de négociations portant sur 15 blocs offshore. Les entreprises intéressées doivent transmettre une lettre d’intention avant le 15 avril 2027. L’annonce et les échéances ont été reprises par plusieurs publications spécialisées et par l’APO Group ; les informations accessibles sur le site de la LPRA concernent encore principalement le cycle précédent.

Douze blocs se trouvent dans le bassin du Liberia et trois dans celui de Harper, près de la frontière maritime avec la Côte d’Ivoire. La procédure repose sur la négociation directe : les candidats discutent bloc par bloc avec les autorités, au lieu de soumettre uniquement des offres concurrentes dans une enchère classique. La préqualification doit notamment évaluer leurs moyens financiers, leur expérience offshore et leurs capacités techniques.

Le cadre juridique annoncé s’appuie sur la loi pétrolière de 2014 et ses amendements de 2019. La LPRA met en avant un vaste ensemble de données sismiques, qui aide les compagnies à cartographier les structures géologiques sous-marines. Ces données réduisent une part de l’incertitude, mais ne prouvent pas la présence d’un gisement exploitable.

Les contrats précédents donnent une première mesure des enjeux

Ce nouveau cycle intervient après celui lancé en 2024. En 2025, le Liberia a signé huit contrats de partage de production, quatre avec TotalEnergies et quatre avec Oranto Petroleum, société nigériane. Ces accords fixent notamment les règles de répartition d’une éventuelle production entre l’État et les entreprises. La LPRA a indiqué que le Parlement avait ratifié les contrats en décembre 2025.

TotalEnergies détient les blocs LB-06, LB-11, LB-17 et LB-29, couvrant environ 12 700 kilomètres carrés dans le sud du bassin du Liberia. Son programme de travail prévoit une campagne de sismique 3D. Oranto a obtenu les blocs LB-15, LB-16, LB-22 et LB-24. Les signatures et les superficies annoncées pour TotalEnergies sont également documentées par l’entreprise elle-même ; elles décrivent des permis d’exploration, pas des réserves prouvées ni une production acquise.

Les 15 blocs du nouveau cycle ne constituent pas tout le domaine offshore libérien. La LPRA avait présenté 29 blocs dans le cycle de 2024 ; certains ont depuis fait l’objet de contrats ou d’autres démarches. Il faut donc distinguer le nombre de blocs proposés à une date donnée de l’ensemble du périmètre maritime potentiellement concerné par l’exploration.

Des retombées possibles, mais encore conditionnelles

Pour l’État, les contrats peuvent apporter des paiements et des engagements d’investissement avant même une découverte. La LPRA a fait état, pour les huit accords antérieurs, de 27 millions de dollars de primes de signature et de plus de 14,6 millions de dollars de loyers de surface. Ces montants annoncés par le régulateur ne doivent pas être confondus avec des recettes durables liées à une production : celles-ci dépendraient d’une découverte commerciale, puis de décisions d’investissement et de développement.

Les effets seraient différents selon les acteurs. L’administration centrale pourrait percevoir des recettes, tandis que les communautés côtières pourraient être concernées par les activités en mer, les infrastructures et les mesures de protection environnementale. Les entreprises locales pourraient bénéficier de marchés de services, mais leur accès dépendrait des règles de contenu local et des compétences disponibles. Pour les ménages, une éventuelle hausse des revenus publics ne se traduirait pas automatiquement par une baisse du coût de l’énergie ou une amélioration des services.

La négociation bloc par bloc peut donner au Liberia une marge pour adapter les engagements au potentiel et aux coûts propres à chaque zone. Elle rend toutefois la transparence des contrats, le contrôle des obligations et la publication des résultats particulièrement importants. Le suivi devra porter sur les travaux réellement réalisés, les délais, les paiements et les engagements environnementaux, pas seulement sur le nombre de blocs attribués.

Un enjeu libérien dans un espace énergétique régional

Le Liberia avance dans une région où plusieurs pays côtiers ont déjà développé des activités pétrolières ou gazières, notamment le Nigeria, le Ghana et la Côte d’Ivoire. Cette proximité nourrit l’intérêt des investisseurs, mais chaque bassin conserve ses propres caractéristiques : les découvertes chez les voisins ne préjugent pas du résultat des forages au large du Liberia. Le bassin de Harper, en particulier, longe la frontière ivoirienne, ce qui rend utiles la coopération maritime et le partage d’informations lorsque les opérations le justifient.

Au sein de la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO), le dossier libérien rappelle une question commune : comment attirer des capitaux dans l’énergie sans réduire la politique économique à l’exportation de matières premières ? Pour Monrovia et les régions côtières, la réponse dépendra de la qualité des contrats, de la capacité de contrôle de la LPRA et de l’usage des éventuels revenus. La prochaine échéance immédiate est le 15 avril 2027, date limite annoncée pour les lettres d’intention. Ensuite, l’indicateur décisif sera le passage des négociations aux travaux d’exploration, puis, seulement en cas de succès, à une découverte vérifiée.

Sources consultées : annonce du cycle 2026 par African Energy Week ; reprise de l’annonce par APO Group ; communiqué de la LPRA sur la ratification des contrats ; détails des permis de TotalEnergies ; communiqué du ministère libérien de l’Information sur les contrats Oranto ; présentation LPRA du cycle de licences 2024.