Pour une mine, le risque commence souvent bien avant le premier coup de pioche. Il faut financer les équipes, les relevés géologiques et les forages, sans garantie qu’ils débouchent sur un gisement exploitable. C’est précisément ce maillon, plus incertain que l’extraction elle-même, que l’Africa Finance Corporation (AFC) veut soutenir avec un nouvel outil d’investissement.
Le pari risqué de l’exploration minière
L’exploration consiste à repérer et évaluer des ressources minérales avant toute décision d’exploitation. Elle demande des capitaux sur plusieurs années, alors que les résultats restent incertains. Cette étape peut ainsi être difficile à financer, notamment lorsque les données géologiques sont lacunaires ou dispersées.
Le sujet était au centre des échanges de l’African Mining Week, organisée au Cap, en Afrique du Sud, du 14 au 16 octobre 2026. L’AFC, institution financière multilatérale panafricaine créée en 2007 et basée au Nigeria, y a présenté son projet de société d’investissement consacrée à l’exploration. Franklin Edochie, responsable de son département Métaux et Mines, a indiqué que le dispositif pourrait être opérationnel dans les douze mois.
Ses modalités restent à préciser : enveloppe financière, pays ciblés, critères de sélection et partage des risques n’ont pas été détaillés dans les informations disponibles. L’AFC présente toutefois trois objectifs : accroître les réserves minérales identifiées, soutenir la production et renforcer la capacité des pays africains à décider de l’usage de leurs ressources.
Une richesse estimée, pas une valeur encaissable
En février 2026, l’AFC a évalué à 29 500 milliards de dollars la valeur des ressources minérales recensées sur les sites miniers du continent. Elle estime que 8 600 milliards de dollars correspondent à des actifs encore non développés. Ces montants proviennent de son Compendium of Africa’s Strategic Minerals 2026, également présenté par des médias africains.
Ces chiffres désignent une valeur brute estimée à la mine, avant transformation, transport, impôts, redevances et coûts d’exploitation. Ils ne représentent donc ni des recettes publiques garanties ni une richesse immédiatement mobilisable. L’AFC souligne elle-même que l’enjeu est de convertir les ressources en infrastructures, capacités industrielles et chaînes de valeur régionales.
Le financement de l’exploration ne suffit pas à réaliser cette conversion. Une découverte doit encore être évaluée, autorisée, financée puis reliée à l’énergie, aux routes, au rail ou aux ports. Sans capacités de transformation sur place, les pays producteurs risquent de rester cantonnés à l’exportation de matières premières.
Du Nigeria à la Sierra Leone, un portefeuille déjà engagé
L’AFC a indiqué en 2024 avoir investi plus d’un milliard de dollars dans les métaux précieux et les minéraux critiques en Afrique depuis 2014. Son portefeuille couvre plusieurs pays. Au Nigeria, elle a engagé 86 millions de dollars dans la mine d’or de Segilola, exploitée par Thor Explorations. En Sierra Leone, elle a fourni une facilité de financement de 55 millions de dollars au projet aurifère de Baomahun, développé par FG Gold.
Segilola montre comment l’institution peut combiner plusieurs instruments. Son engagement annoncé associait dette, participation au capital et mécanisme lié à la production. Mais le projet a aussi évolué : Thor Explorations a déclaré avoir remboursé sa dette senior envers l’AFC à la fin de 2024. La société mentionnait également des revenus de 193,1 millions de dollars en 2024. Le financement minier peut donc générer des remboursements et des revenus, tout en exposant les investisseurs aux risques opérationnels et commerciaux.
Au Nigeria, une autre initiative est déjà en préparation. Le 1er mars 2026, le gouvernement fédéral et l’AFC ont signé un protocole d’accord par l’intermédiaire du Solid Minerals Development Fund. Il porte sur une raffinerie d’alumine évaluée à 1,3 milliard de dollars, un programme de cartographie géoscientifique et un véhicule d’investissement conjoint destiné à accélérer l’exploration nationale. Cette entente, confirmée par les autorités nigérianes et Voice of Nigeria, est distincte du projet continental annoncé au Cap.
Rendement financier et retombées locales
L’AFC poursuit une double mission : financer le développement économique et offrir un rendement à ses actionnaires. Cette logique ne disqualifie pas son rôle, mais elle impose de regarder au-delà des montants engagés. Les prêts produisent des intérêts; les participations peuvent générer des dividendes ou des plus-values. Le nouvel outil devra donc concilier la patience nécessaire à l’exploration avec les objectifs financiers de l’institution.
Les effets attendus ne seront pas les mêmes pour tous. Les États peuvent espérer de nouvelles recettes et une meilleure connaissance de leur sous-sol. Les entreprises locales peuvent bénéficier de contrats et d’emplois, si elles accèdent réellement aux marchés des projets. Les communautés vivant près des sites, souvent éloignées des capitales, sont directement concernées par l’usage des terres, l’eau, les nuisances et les compensations. Les résultats dépendront donc aussi des règles nationales, du contrôle environnemental et de la transparence des accords.
À l’échelle régionale, l’enjeu rejoint les débats sur la transformation locale et l’intégration des marchés, notamment dans le cadre de la Zone de libre-échange continentale africaine (ZLECAf), qui vise à faciliter les échanges entre pays africains. Des projets isolés ne suffiront pas : les réseaux d’électricité, les corridors de transport et les débouchés industriels doivent être coordonnés au-delà des frontières. L’AFC insiste sur ce lien entre ressources, infrastructures et demande régionale dans son étude de 2026.
Le prochain test sera concret : préciser le capital, la gouvernance et les critères d’investissement du véhicule annoncé au Cap, puis démontrer qu’il peut financer des projets viables sans réduire l’ambition à l’extraction rapide. La manière dont les États associeront les communautés et les entreprises locales pèsera aussi dans le bilan. Pour l’AFC, le défi est de transformer un potentiel géologique estimé en activités productives, sans confondre valeur annoncée et bénéfices effectivement partagés.