Un programme de forage peut-il transformer une hypothèse géologique en activité minière durable ? Pour Serval Resources, société d’exploration cotée à Londres, la réponse dépend d’abord de sa capacité à financer ses travaux, puis de ce que révéleront les sous-sols de Namibie, du Botswana et de Côte d’Ivoire.

Trois terrains, trois étapes d’exploration

Le 15 octobre 2026, Serval a annoncé avoir conditionnellement levé 6,5 millions de livres sterling, soit environ 8,6 millions de dollars, grâce à une émission d’actions. Le montant annoncé doit soutenir ses projets dans les trois pays. Il ne s’agit pas encore de mines en production : les programmes visent à repérer et à évaluer des indices de cuivre.

En Namibie, l’entreprise prévoit environ 20 000 mètres de forage dans le bassin de Kaoko. Elle présente ce programme comme une étape vers une première estimation de ressources minérales, qu’elle espère établir en 2027. Cette échéance est un objectif de l’entreprise, pas une découverte déjà confirmée.

Au Botswana, les travaux doivent préciser les cibles sur les permis détenus par Serval, avant un premier programme d’environ 3 000 mètres de forage. En Côte d’Ivoire, la société prévoit de poursuivre l’exploration préliminaire à Duékoué. Les dépenses prévues et le calendrier peuvent évoluer selon les résultats et les autorisations nécessaires.

L’annonce du 14 octobre détaillait une opération en plusieurs volets : placement ferme, placement complémentaire et souscription. Le lendemain, un avis de marché a confirmé la clôture du carnet d’ordres et une levée conditionnelle de 6,5 millions de livres. L’admission des premières actions était attendue au plus tard le 16 octobre, sous réserve des conditions habituelles. La confirmation financière ne préjuge donc pas des résultats géologiques.

La concurrence pour le cuivre se déplace

Les projets s’inscrivent dans une géographie minière plus large que la Copperbelt, la grande province cuprifère qui traverse notamment la Zambie et le sud-est de la République démocratique du Congo. Le Botswana et la Namibie cherchent aussi à développer leurs ressources en cuivre, tandis que la Côte d’Ivoire diversifie un secteur minier où l’or occupe une place importante.

Ces trois pays ne forment pas un seul bassin économique. La Namibie et le Botswana appartiennent à l’Afrique australe et à la Communauté de développement de l’Afrique australe (SADC), qui rassemble des États de la région. La Côte d’Ivoire se situe en Afrique de l’Ouest et est membre de la CEDEAO, la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest. Les infrastructures, les administrations minières et les débouchés ne sont donc pas identiques.

La demande mondiale renforce l’intérêt des investisseurs. S&P Global estime que la consommation de cuivre pourrait passer d’environ 28 millions de tonnes en 2025 à 42 millions en 2040. Son scénario évoque un déficit potentiel de 10 millions de tonnes en 2040 si l’offre n’augmente pas suffisamment. Il s’agit d’une projection, non d’un manque déjà constaté. L’Agence internationale de l’énergie souligne également les difficultés à faire croître l’offre minière, notamment en raison de la baisse des teneurs et des délais de développement.

Ces perspectives ne garantissent ni le prix futur du cuivre ni la rentabilité d’un projet donné. Entre un indice minéralisé et une mine, il faut encore démontrer la taille et la qualité du gisement, étudier les coûts, obtenir les permis et financer les infrastructures. Le forage constitue une étape de connaissance, pas une promesse de production.

Financer l’exploration ne suffit pas à créer de la valeur locale

Pour les sociétés d’exploration, une levée de fonds permet de poursuivre les travaux sans attendre la mise en production d’une mine. Pour les pays hôtes, l’enjeu commence avant même une éventuelle extraction : qualité des données géologiques, transparence des permis, respect des normes environnementales et participation des compétences locales aux opérations.

Les retombées immédiates restent différentes selon les lieux. Les équipes de forage et les prestataires peuvent créer une activité temporaire près des sites. En revanche, des emplois durables, des recettes fiscales et des infrastructures ne se concrétisent généralement qu’après plusieurs étapes de développement. Les communautés proches des permis sont directement concernées par l’accès aux terres, à l’eau et aux voies de transport ; les bénéfices éventuels pour les capitales ou l’économie nationale ne leur reviennent pas automatiquement.

La coopération entre Abidjan et Gaborone donne un autre éclairage à cette dynamique. En juillet 2026, le ministère ivoirien chargé des Mines a annoncé un accord avec le Botswana portant notamment sur l’exploration, la formation et la gouvernance minière. Cette initiative montre que les échanges entre pays africains peuvent aussi porter sur les compétences et la gestion des ressources, au-delà de la recherche de capitaux étrangers.

Pour les trois pays, la question centrale est donc moins le seul volume de cuivre potentiel que la capacité à convertir une découverte en activité encadrée et créatrice de valeur locale. Le Botswana dispose déjà d’une expérience minière importante, notamment dans le diamant ; la Namibie et la Côte d’Ivoire cherchent, chacune selon son contexte, à élargir ou consolider leurs filières.

Les prochaines étapes seront déterminantes

À court terme, les jalons à observer sont le versement effectif des fonds, le démarrage des forages namibiens et l’avancée des travaux au Botswana et à Duékoué. Ensuite, les données devront permettre de mesurer si les cibles justifient des campagnes supplémentaires. Aucun résultat annoncé dans le cadre de la levée ne permet encore de conclure à l’existence d’un gisement exploitable.

À l’échelle régionale, ces projets rappellent que la diversification de l’exploration minière africaine ne se limite pas aux producteurs historiques de cuivre. Mais la compétition pour attirer les investissements s’accompagne d’un enjeu de négociation : les États et les populations concernées chercheront à obtenir des informations vérifiables, des garanties environnementales et une part plus durable de la valeur créée. C’est à ces conditions que l’exploration pourra dépasser la simple promesse de nouvelles ressources.

Pour les détails de la levée, l’annonce financière de Serval Resources expose les conditions et le financement prévu. Le scénario de marché est présenté dans l’étude de S&P Global sur l’offre et la demande mondiales de cuivre.