À Kinshasa comme dans les zones touchées de l’est, la question n’est plus seulement de savoir si un vaccin contre Ebola Bundibugyo peut être conçu. Il faut aussi déterminer ce qu’il peut protéger, dans quels délais et avec quelle confiance des communautés.

Au 13 octobre 2026, les autorités congolaises rapportaient 9 066 cas confirmés et 4 381 décès. Ces chiffres donnent la mesure d’une épidémie majeure, mais ne disent pas à eux seuls qui accède aux soins, ni combien de personnes ne sont pas encore repérées. Le virus Bundibugyo ne dispose toujours d’aucun vaccin homologué spécifiquement contre lui.

Une souche différente, des outils encore à l’étude

La République démocratique du Congo a déjà affronté plusieurs épidémies d’Ebola, principalement dues à la souche Zaïre. Le vaccin Ervebo, autorisé contre cette souche, a contribué à la riposte lors de flambées précédentes. Mais Bundibugyo est un virus distinct. On ne peut donc pas présumer qu’un vaccin efficace contre Zaïre protège aussi contre lui.

L’épidémie actuelle a commencé dans l’est du pays et concerne plusieurs provinces. Elle s’inscrit dans une région où les déplacements franchissent les frontières et où les systèmes de santé doivent coordonner surveillance, tests et prise en charge. L’Organisation mondiale de la santé a déclaré une urgence de santé publique de portée internationale le 17 mai 2026, après des cas en République démocratique du Congo et en Ouganda. L’Ouganda a ensuite déclaré sa flambée terminée. La surveillance régionale reste néanmoins essentielle.

La riposte ne se limite pas à la vaccination. Isolement des personnes malades, recherche des contacts, prévention des infections dans les centres de soins et prise en charge précoce restent nécessaires. En juillet, l’Institut national de recherche biomédicale de la RDC, l’OMS, l’Université d’Oxford et des partenaires ont lancé l’essai PARTNERS pour évaluer des traitements potentiels. C’est un chantier distinct des essais de vaccins, mais il répond au même manque d’outils propres à Bundibugyo.

Deux candidats avancent, sans preuve d’efficacité à ce stade

Le candidat d’Oxford, développé avec le Serum Institute of India, a commencé un essai de phase 1 en juillet. Cette première étape vérifie principalement la sécurité du produit et la réponse immunitaire chez un nombre limité de volontaires. Elle ne démontre pas encore qu’il empêche la maladie.

Moderna évalue de son côté un vaccin fondé sur l’ARN messager. Santé Canada a autorisé son essai de phase 1 le 30 juillet, et les premières injections ont commencé en août. Les deux projets reposent sur des technologies différentes. À ce stade, les données disponibles ne permettent pas de désigner un candidat comme supérieur à l’autre.

Les résultats de phase 1 doivent guider la suite des recherches. Si la sécurité et la réponse immunitaire sont jugées suffisantes, des essais plus larges pourront mesurer l’efficacité. Leur calendrier dépendra des données et des autorisations réglementaires. Il serait donc prématuré de présenter une mise à disposition générale comme acquise pour le premier semestre 2027.

Ces étapes peuvent sembler lentes face à la progression de l’épidémie. Pourtant, elles servent à distinguer un signal biologique d’une protection réelle. Un vaccin peut stimuler des anticorps sans avoir encore démontré qu’il réduit les infections ou les formes graves. La transparence sur cette différence est importante pour la confiance publique.

Ervebo : une piste à tester, pas une protection acquise

À la demande des autorités congolaises, 70 000 doses d’Ervebo ont été mobilisées en août. Elles ne constituent pas une réponse déjà validée contre Bundibugyo. Une partie doit servir à étudier si le vaccin contre Ebola Zaïre offre une protection croisée, c’est-à-dire une protection contre un virus proche mais différent.

Des résultats de laboratoire, des études animales et des observations ont nourri cette hypothèse. Ils ne remplacent pas une évaluation clinique chez l’humain. Le protocole Tumaini, annoncé par la Coalition pour les innovations en préparation aux épidémies le 13 octobre, doit notamment évaluer Ervebo et pourrait intégrer ensuite des candidats spécifiques. Son démarrage reste soumis aux autorisations nécessaires.

La distinction compte pour les personnes concernées. Les soignants, exposés en première ligne, peuvent participer à des protocoles qui évaluent l’innocuité et une éventuelle protection. Mais il faut expliquer clairement ce qui est connu, ce qui est testé et ce qui reste incertain. Présenter Ervebo comme un vaccin éprouvé contre Bundibugyo risquerait d’induire le public en erreur.

La confiance se construit au plus près des communautés

La disponibilité des doses ne garantit pas leur acceptation. Dans les quartiers urbains comme dans les localités éloignées, les habitants ont besoin d’informations compréhensibles et de réponses à leurs questions. Les agents de santé sont essentiels, mais ils ne peuvent porter seuls cette relation. Responsables religieux, enseignants, associations et personnes respectées localement peuvent contribuer à des échanges directs.

Cette démarche ne consiste pas à convaincre à tout prix. Elle suppose d’écouter les inquiétudes, de reconnaître les incertitudes et de rendre visibles les règles de recherche. Une confiance perdue se rétablit difficilement, surtout lorsqu’une vaccination proposée contre une souche ne protège pas nécessairement contre une autre.

Les partenaires internationaux ont annoncé des financements et des doses pour soutenir les essais et la réponse. Mais la conduite des protocoles, l’information des communautés et l’organisation des soins doivent associer les institutions congolaises et les acteurs locaux. Les bénéfices de la recherche ne se mesureront pas seulement au nombre de doses produites : ils dépendront aussi de leur accès équitable et de la capacité du pays à préparer les prochaines flambées.

Un enjeu congolais aux conséquences régionales

La priorité immédiate reste de réduire les transmissions et d’améliorer le repérage des cas. Les vaccins en développement ne remplaceront ni la surveillance ni les soins, et leurs résultats pourraient arriver après le pic de cette flambée. Ils peuvent toutefois fournir des outils pour les suivantes, en RDC et dans d’autres pays exposés.

Le prochain repère sera la mise en œuvre de Tumaini et la publication des données des essais de phase 1. Pour les autorités sanitaires africaines, l’enjeu dépasse l’urgence : renforcer les capacités de recherche clinique, la production et les chaînes d’approvisionnement sur le continent. Cette épidémie rappelle qu’une préparation durable repose autant sur les institutions et les soignants que sur les vaccins eux-mêmes.