Un diplôme ne garantit pas un emploi si les compétences acquises ne correspondent pas aux postes proposés. En Côte d’Ivoire, un nouveau programme veut rapprocher les formations des besoins des entreprises, tout en élargissant l’accès des jeunes aux stages et à l’apprentissage.

Former au plus près des besoins du travail

Le Conseil des ministres ivoirien a adopté, le mercredi 14 octobre 2026, le décret ratifiant un accord de financement conclu avec l’Association internationale de développement (IDA), le guichet de prêts concessionnels du Groupe de la Banque mondiale. L’accord, signé le 8 juillet, porte sur 124,369 milliards de francs CFA, selon le gouvernement.

Cette enveloppe finance la première phase du programme « Compétences pour l’innovation, la résilience et les aspirations » (SIRA). Le gouvernement présente l’objectif comme un double effort : aider les jeunes et les travailleurs à accéder à des formations professionnelles de qualité, et améliorer les compétences mobilisées dans les secteurs prioritaires de l’économie.

Le programme prévoit notamment de rendre opérationnelle la plateforme numérique de l’Observatoire national de l’emploi et de la formation (ONEF). Elle doit améliorer l’information sur le marché du travail, afin que les acteurs de la formation puissent mieux repérer les compétences recherchées et les besoins qui évoluent.

Un autre volet soutiendra les investissements du Fonds de développement de la formation professionnelle (FDFP) dans des centres équipés de matériels modernes. Ces équipements partagés et la présence de formateurs spécialisés doivent renforcer la dimension pratique des apprentissages.

Le dispositif prévoit aussi davantage de stages et d’apprentissages structurés pour les jeunes non scolarisés ou sans emploi. Il s’agit de leur permettre d’acquérir une expérience concrète, et non seulement des connaissances en salle de cours. La portée réelle dépendra toutefois du nombre de places proposées, de leur répartition et de leur lien avec des perspectives d’embauche.

Un objectif national qui dépasse les seuls diplômes

La Côte d’Ivoire inscrit ce projet dans son Plan national de développement (PND) 2026-2030, adopté par le gouvernement puis voté par l’Assemblée nationale. Le plan vise à faire passer la population en emploi de 11,5 millions à 14 millions de personnes. Il prévoit aussi de porter le nombre d’emplois formels de plus de 1,5 million à plus de 3 millions.

Ces objectifs sont ambitieux. La formation peut aider les jeunes à accéder à des emplois qualifiés et les entreprises à recruter les profils dont elles ont besoin. Mais elle ne crée pas, à elle seule, des postes. Le résultat dépendra aussi de la capacité des secteurs productifs à investir, à embaucher et à offrir des emplois déclarés, avec des conditions stables.

Le défi concerne particulièrement les jeunes qui ne suivent ni études ni formation et n’ont pas d’emploi. Un stage peut ouvrir une première porte, mais ses effets restent limités s’il ne débouche pas sur une expérience reconnue ou sur un recrutement. De même, des centres bien équipés auront un impact inégal si les formations restent concentrées dans quelques villes et éloignées des bassins d’activité.

La formalisation du travail constitue un autre enjeu. Pour les autorités, accroître le nombre d’emplois formels permettrait d’élargir l’accès à des protections et de consolider les recettes publiques. Pour les travailleurs, l’effet concret se mesurera aussi à la régularité des revenus, à la sécurité au travail et à la possibilité de faire reconnaître leurs compétences.

Un programme ivoirien dans une initiative régionale

SIRA ne se limite pas à la Côte d’Ivoire. La Banque mondiale a présenté en juin 2026 l’initiative régionale comme un programme de 642 millions de dollars destiné à renforcer les parcours entre éducation, formation et emploi dans plusieurs pays d’Afrique de l’Ouest et d’Afrique centrale. Son objectif annoncé est de toucher 5,4 millions de jeunes.

La dimension régionale compte dans une zone où les entreprises, les chaînes d’approvisionnement et les travailleurs dépassent souvent les frontières nationales. La Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO), qui rassemble des pays ouest-africains autour de la coopération économique, constitue un cadre important pour ces échanges. Des compétences mieux reconnues et des formations plus proches des besoins peuvent soutenir la mobilité professionnelle, à condition que les certifications et les débouchés soient lisibles d’un pays à l’autre.

La Côte d’Ivoire dispose déjà d’une expérience dans ce domaine, notamment avec le Projet emploi jeune et développement des compétences (PEJEDEC), soutenu par la Banque mondiale. Le nouveau programme prolonge cette orientation, mais mise davantage sur l’information du marché du travail, les équipements partagés et l’apprentissage structuré. La plateforme de l’ONEF sera donc un outil central : sa valeur dépendra de la qualité et de l’actualisation des données qu’elle mettra à disposition.

Les résultats se mesureront sur le terrain

Le financement annoncé marque une étape administrative et budgétaire, pas encore la preuve d’un effet sur l’emploi. Les prochains indicateurs à suivre seront concrets : centres effectivement équipés, jeunes admis en formation, stages réalisés, insertion professionnelle après le parcours et emplois obtenus dans les secteurs visés.

Il faudra aussi observer qui bénéficie du programme. Les jeunes des villes, ceux des zones rurales, les personnes sorties du système scolaire et les femmes ne rencontrent pas les mêmes obstacles pour accéder à une formation ou à un stage. Une mise en œuvre attentive à ces écarts aiderait à faire du dispositif davantage qu’un outil de qualification pour les profils déjà les mieux placés.

Pour la Côte d’Ivoire comme pour ses partenaires régionaux, l’enjeu est désormais de relier financement, formation et embauche. Le cap fixé par le PND pour 2030 donne une mesure de l’ambition. Les données de l’ONEF et le suivi des parcours permettront, à terme, de vérifier si les compétences acquises se traduisent en emplois durables.

Détail officiel de l’accord de financement SIRA en Côte d’Ivoire · Présentation régionale du programme SIRA par la Banque mondiale · Objectifs d’emploi du PND ivoirien 2026-2030 · Adoption du PND 2026-2030 par l’Assemblée nationale