À Dar El Barka, dans un quartier de Nouakchott, la rentrée ne se joue pas seulement dans les écoles publiques ou privées. Une partie de la maison d’Abidina Doro Coulibaly est devenue une salle de classe. Des jeunes du quartier y donnent bénévolement des cours à des enfants qui, faute de place ou de moyens, risquent de rester à l’écart.

Une salle de classe ouverte dans le quartier

À quelques jours de la rentrée scolaire 2025-2026, des élèves étaient déjà réunis devant un tableau, avec des tables-bancs alignées. L’initiative se poursuit pendant l’année scolaire. Selon son fondateur, des dizaines d’enfants viennent suivre les cours, assurés par des bénévoles.

Abidina Doro Coulibaly préside l’Association des jeunes déterminés pour le développement. Il explique avoir voulu répondre aux difficultés d’accès à l’enseignement dans le quartier. Il accueille notamment des enfants dont les familles ne peuvent pas payer une école privée, ainsi que ceux qui rencontrent des obstacles administratifs à l’inscription.

Les bénévoles ne se substituent pas à une école reconnue : ils offrent un cadre d’apprentissage et un accompagnement. L’association cherche aussi à préparer les élèves à poursuivre leur parcours, notamment à entrer au collège. La régularité des cours et les conditions d’accueil restent toutefois déterminantes pour que cette aide débouche sur une scolarité durable.

Pour Thierno Ali Diaw, parent d’élèves, l’initiative répond à un besoin concret. Il dit y envoyer ses enfants toute l’année et souligne que les deux écoles accessibles dans le secteur ne peuvent accueillir toutes les familles. Son témoignage met en lumière un enjeu quotidien : quand l’offre scolaire est éloignée ou saturée, le coût du privé pèse d’abord sur les ménages aux revenus les plus modestes.

Des chiffres à lire selon les âges

Un chiffre largement repris sur la déscolarisation en Mauritanie mérite d’être précisé. Une analyse du secteur éducatif publiée par l’Institut international de planification de l’éducation de l’UNESCO estime qu’en 2019, près de 340 000 enfants de 6 à 15 ans ne fréquentaient ni l’enseignement formel ni une école traditionnelle, soit environ 30 % de cette tranche d’âge. Il ne s’agit donc pas d’un décompte actualisé pour 2025.

Le détail révèle des situations différentes selon le niveau : l’étude estime que près de 210 000 enfants de 6 à 11 ans étaient hors de toute forme de scolarisation, ainsi que plus de 130 000 jeunes de 12 à 15 ans. De son côté, une analyse budgétaire de l’UNICEF pour 2025 indique que plus de 94 % des enfants de plus de six ans sont scolarisés dans le système formel, mais relève une faible couverture du préscolaire et des difficultés importantes au collège. Ces données ne portent pas exactement sur les mêmes âges ni sur les mêmes indicateurs ; elles ne peuvent donc pas être comparées comme si elles décrivaient une seule réalité.

Le défi ne se résume pas au nombre de bâtiments. La localisation des écoles, leur capacité, les effectifs et les règles d’inscription comptent aussi. À Nouakchott, la croissance des quartiers et la répartition des établissements peuvent laisser des familles sans solution de proximité. Un ancien inspecteur de l’Éducation cité dans le contenu disponible met également en cause une planification scolaire insuffisamment ajustée aux besoins locaux.

La réforme du public met les capacités à l’épreuve

La politique mauritanienne cherche à renforcer l’école publique et l’école dite républicaine, qui vise à réunir les élèves dans un cadre commun. En parallèle, les autorités retirent progressivement certaines classes du fondamental au secteur privé. Cette orientation poursuit un objectif d’unification, mais elle soulève une question immédiate : les établissements publics disposent-ils, dans chaque quartier, des places nécessaires pour accueillir les élèves concernés ?

Les annonces de constructions et les mesures de préparation de la rentrée ne suffisent pas, à elles seules, à répondre à cette question. Le 6 octobre 2025, l’Agence mauritanienne d’information a rapporté que l’année scolaire 2025-2026 avait commencé sur l’ensemble du territoire et que des responsables avaient visité plusieurs écoles des trois wilayas de Nouakchott. Le démarrage officiel atteste l’ouverture de l’année scolaire ; il ne permet pas de conclure que les besoins d’accueil sont couverts dans chaque secteur.

Dans ce contexte, l’école improvisée de Dar El Barka joue un rôle de proximité. Mais elle ne peut remplacer ni des enseignants formés en nombre suffisant, ni des locaux adaptés, ni un système d’inscription accessible. Elle révèle aussi une inégalité de moyens entre les familles : certaines peuvent se tourner vers le privé ou organiser des trajets plus longs ; d’autres dépendent de l’offre publique du quartier et de soutiens locaux.

Un relais utile, pas une réponse structurelle

La solidarité des jeunes apporte du temps d’apprentissage et un encadrement aux enfants. Elle peut aussi aider des élèves à garder un lien avec les études lorsqu’ils rencontrent des obstacles. Mais l’enseignement bénévole pose des questions de continuité : disponibilité des intervenants, matériel, suivi des acquis et reconnaissance du parcours. Ces éléments conditionnent la possibilité de rejoindre ensuite un établissement formel.

À l’échelle nationale, la Mauritanie doit donc concilier deux chantiers : élargir l’accès à une école publique commune et organiser une offre suffisante, dans les quartiers où la population scolaire augmente. Les associations et les parents peuvent signaler les besoins, mais la planification des classes, les inscriptions et les moyens relèvent d’abord des pouvoirs publics.

La Mauritanie appartient à l’Union du Maghreb arabe, organisation régionale réunissant cinq pays d’Afrique du Nord, et participe aussi aux dynamiques ouest-africaines et sahéliennes. L’accès à l’éducation dépasse ainsi le seul cas de Dar El Barka : il touche à la formation des jeunes et à la capacité des États à rendre leurs services accessibles, notamment aux enfants sans documents. Pour les familles du quartier, l’enjeu immédiat reste plus simple et plus pressant : trouver une place où leurs enfants peuvent apprendre et poursuivre leur scolarité.

L’analyse du système éducatif mauritanien par l’IIPE-UNESCO, l’analyse budgétaire de l’éducation 2025 de l’UNICEF, le compte rendu de la rentrée 2025-2026 par l’Agence mauritanienne d’information et la présentation des pays membres de l’Union du Maghreb arabe permettent de replacer ces enjeux dans leur contexte.