Quand le soleil baisse et que le vent faiblit, le réseau électrique sud-africain doit pouvoir compter sur des réserves rapidement mobilisables. Dans le Limpopo, un projet de stockage de longue durée pourrait contribuer à cet équilibre. Mais sa réalisation dépendra encore du financement, des contrats d’électricité et de la sélection d’un partenaire privé.
Un projet du Limpopo, dans un réseau en transformation
L’Afrique du Sud réorganise progressivement son secteur électrique après des années de pénuries et de délestages. La montée du solaire et de l’éolien ajoute une autre exigence : produire davantage d’électricité décarbonée, tout en disposant de moyens pour la conserver lorsque la production dépasse la demande et la restituer aux heures de pointe.
Cette évolution s’inscrit aussi dans un système régional interconnecté. Membre de la Communauté de développement de l’Afrique australe (SADC), l’Afrique du Sud échange de l’électricité avec des pays voisins par l’intermédiaire du Southern African Power Pool, le marché régional de l’électricité. Une meilleure flexibilité du réseau national peut donc compter au-delà de ses frontières, même si Tubatse reste d’abord un projet sud-africain.
Le 13 octobre 2026, Eskom a lancé une procédure de préqualification pour trouver un partenaire stratégique chargé de contribuer au développement, au financement et à la réalisation de Tubatse. L’entreprise publique prévoit une seconde étape de mise en concurrence pour les candidats qualifiés. Les réponses à la première phase sont attendues au plus tard le 30 novembre 2026, à 10 heures, heure sud-africaine. Eskom précise les conditions de sa procédure pour le projet Tubatse.
Quatorze heures de production à pleine puissance
Prévu près de Roossenekal, dans la province du Limpopo, le site aurait une puissance de 1 500 mégawatts (MW) et pourrait stocker 21 gigawattheures (GWh). À pleine puissance, il fournirait de l’électricité pendant environ 14 heures. Si ces caractéristiques se confirment lors des étapes de développement, Tubatse dépasserait les centrales de pompage-turbinage déjà exploitées par Eskom : Ingula, Drakensberg et Palmiet.
Le pompage-turbinage fonctionne comme une réserve d’énergie à grande échelle. Lorsque l’électricité est disponible en excédent, des pompes remontent l’eau vers un réservoir situé en hauteur. Quand le réseau en a besoin, cette eau redescend à travers des turbines et produit de l’électricité. Le dispositif ne crée donc pas d’énergie : il permet de la déplacer dans le temps et de répondre à des besoins que des batteries de durée plus courte ne couvrent pas toujours.
Eskom indique que le projet pourrait également fournir des services de stabilité au réseau. La société affirme que des études de raccordement ont progressé, que les autorisations environnementales ont été obtenues et que la disponibilité de l’eau a été confirmée à partir du barrage De Hoop. Ces éléments sont importants, mais ils ne signifient pas que le chantier est prêt à démarrer : le partenaire, le montage financier et les modalités de vente de l’électricité restent déterminants.
Un investissement lourd, encore à structurer
Le livre d’investissement sud-africain 2026 estime le coût du projet à 40 milliards de rands. Il mentionne aussi une subvention de 6,5 millions d’euros obtenue en 2024 auprès de l’Agence française de développement pour soutenir la préparation du dossier. Cette aide finance des travaux en amont ; elle ne couvre qu’une fraction du coût annoncé et ne constitue pas un accord de financement pour la construction. La fiche Tubatse du livre d’investissement 2026 présente le projet comme étant en phase de conception.
Le recours à un partenaire privé pourrait permettre de répartir les besoins de capitaux et les risques de développement. Cependant, l’investissement ne sera viable que si les revenus futurs sont assez prévisibles pour attirer des prêteurs et des investisseurs. Eskom indique étudier plusieurs voies commerciales, dont l’attribution de capacité dans le cadre du plan intégré des ressources et la vente sur un marché bilatéral ou concurrentiel. Le choix du modèle aura donc des conséquences directes sur le coût de l’électricité et sur les garanties demandées aux acteurs publics.
Pour les habitants du Limpopo, l’annonce ne permet pas encore de chiffrer les emplois locaux ou les retombées économiques. Ceux-ci dépendront notamment des marchés de travaux, des compétences mobilisées et des engagements pris par le futur partenaire. Les bénéfices pour les consommateurs dépendront, eux, de la capacité de stockage effectivement construite et de son intégration au réseau, pas seulement de la puissance annoncée.
La prochaine étape sera aussi commerciale
Tubatse s’inscrit dans la stratégie d’Eskom Green, l’activité renouvelable créée par le groupe en juin 2026. Eskom présente des objectifs d’environ 6 gigawatts de capacités décarbonées à l’horizon 2030 et un portefeuille pouvant atteindre 32 gigawatts en 2040. Ces ambitions dessinent une transformation importante, mais elles restent des objectifs de développement, non des capacités déjà installées. La présentation d’Eskom Green détaille ces objectifs de capacité.
La recherche d’un partenaire pour Tubatse intervient alors qu’Eskom sollicite aussi des partenaires pour un programme distinct d’énergies renouvelables et de stockage. Pour le secteur électrique sud-africain, l’enjeu est de faire avancer plusieurs projets sans fragiliser la sécurité d’approvisionnement ni reporter leurs coûts sur les ménages et les entreprises.
Une seconde source indépendante, le média sud-africain Eyewitness News, a également rapporté le lancement de la procédure et les caractéristiques annoncées du site. Elle souligne que le stockage permettrait de restituer l’énergie lorsque la demande augmente ou que la production solaire et éolienne diminue. Le calendrier, les conditions d’attribution et les décisions sur l’achat de l’électricité seront les prochains repères concrets. Le compte rendu d’Eyewitness News sur l’appel à partenaires.