À Bibemi, dans la région du Nord, l’or n’est pas encore extrait à l’échelle industrielle. Le projet porté par Oriole Resources reste suspendu à des négociations avec l’État camerounais. Leur issue pèsera sur le calendrier de la mine, mais aussi sur la manière dont le pays entend encadrer et tirer parti de ses ressources.

Un dossier encore entre recherche et exploitation

Le Cameroun cherche à élargir une économie extractive longtemps marquée par les hydrocarbures. Dans le secteur minier, plusieurs projets aurifères pourraient ouvrir une nouvelle étape. Bibemi en fait partie, aux côtés de Mbe, également développé par Oriole Resources, et de projets portés par d’autres opérateurs.

Cette ambition s’inscrit en Afrique centrale, au sein de la CEMAC, la Communauté économique et monétaire de l’Afrique centrale. Mais la perspective de nouveaux gisements ne garantit pas, à elle seule, une production prochaine. Entre études, négociations, autorisations et financement, un projet minier peut rester longtemps au stade préparatoire.

Le Code minier camerounais adopté en décembre 2023 organise notamment les titres d’exploitation et les conventions minières. Ces accords conclus entre l’État et l’entreprise encadrent les conditions du projet. Ils peuvent préciser le partage de la production, les engagements envers les communautés riveraines et les obligations de contenu local. La loi camerounaise portant Code minier prévoit que la convention précède l’octroi du permis d’exploitation.

Les discussions se poursuivent, sans permis annoncé

Oriole a déposé une demande de permis d’exploitation en 2024. En décembre 2025, l’entreprise a actualisé son dossier en y intégrant des études techniques récentes, dont une évaluation économique préliminaire. L’étude, appelée PEA dans le secteur minier, examine la viabilité économique d’un scénario de développement à partir des données disponibles. Elle ne constitue ni une autorisation de construire ni une décision définitive d’investissement.

Le 12 octobre 2026, le directeur général d’Oriole, Martin Rosser, a indiqué que des échanges avec les autorités camerounaises restaient en cours. L’entreprise a également fait état de discussions avec la Société nationale des mines (SONAMINES) et le ministère des Mines, de l’Industrie et du Développement technologique. Une rencontre avec la Direction générale des Douanes a été évoquée. Les informations publiques disponibles ne détaillent toutefois ni les points encore en négociation ni un calendrier arrêté pour la délivrance du permis.

La page consacrée à Bibemi par Oriole Resources confirme que le dossier de demande de permis a été actualisé et que l’entreprise travaille à formaliser une convention minière. Elle indique aussi que l’étude d’impact environnemental et social a reçu une approbation formelle en novembre 2025. Cette validation est une étape importante, mais elle ne remplace pas le permis d’exploitation.

Le calendrier initial présenté par la société visait une obtention du permis au premier semestre 2026. Cette échéance est désormais passée sans annonce publique de délivrance. Le statut le plus récent décrit donc un projet toujours en négociation, et non une mine prête à entrer en construction. Une dépêche relayée au Cameroun rapporte également que les pourparlers se poursuivent, sans apporter de détail indépendant sur leur contenu.

Des chiffres à lire comme des prévisions

Le scénario présenté par Oriole prévoit une exploitation à ciel ouvert sur sept ans. L’entreprise estime la production totale à 72 000 onces d’or, soit environ 2,24 tonnes, et le capital initial nécessaire à la construction à 60,4 millions de dollars. Ces données proviennent de l’évaluation préliminaire de la société. Elles décrivent un scénario envisagé, pas une production garantie ni des dépenses déjà engagées.

La distinction compte aussi pour les ressources géologiques. Une ressource minérale est une estimation de la quantité de minerai susceptible d’être présente, avec différents niveaux de confiance. Elle ne se confond pas automatiquement avec une réserve, qui répond à des critères plus stricts de faisabilité technique et économique. Oriole signale encore des possibilités d’exploration et d’optimisation à Bibemi. Ces travaux pourraient modifier les paramètres du projet, dans un sens comme dans l’autre.

Le permis ne serait donc qu’un jalon parmi d’autres. La convention minière doit notamment établir les engagements de l’entreprise et les modalités de partage de la valeur. Pour les autorités, l’enjeu est de traduire l’exploitation éventuelle en recettes publiques, emplois, achats auprès d’entreprises locales et retombées pour les populations proches du site. Pour les communautés, les questions concrètes concernent aussi l’accès aux terres, les moyens de subsistance et le suivi des impacts environnementaux.

Un test pour la gouvernance minière camerounaise

Le cadre légal prévoit plusieurs de ces exigences, mais leur portée dépendra des accords conclus, de leur publication et de leur application. La gouvernance des revenus extractifs demeure un enjeu suivi par l’Initiative pour la transparence dans les industries extractives. En 2024, l’ITIE a signalé des lacunes dans la mise en œuvre de sa norme au Cameroun, notamment concernant l’engagement de la société civile. Ce constat souligne l’importance d’informations accessibles sur les contrats, les recettes et les obligations des opérateurs.

À l’échelle de la CEMAC, Bibemi illustre une question partagée par les économies de la région : comment convertir les ressources naturelles en activités durables et en bénéfices plus largement répartis ? Les intérêts de l’État, de l’entreprise, des travailleurs et des riverains ne se confondent pas. Le contenu de la convention et les mécanismes de contrôle permettront d’évaluer leur équilibre, au-delà des annonces de production.

La prochaine étape à surveiller est donc la conclusion de la convention, puis la décision formelle sur le permis d’exploitation. Tant que ces actes ne sont pas annoncés, Bibemi reste un projet avancé sur le plan des études, mais pas encore une mine en construction. Pour le Cameroun, cette séquence met à l’épreuve autant l’attractivité du secteur que sa capacité à négocier des règles claires et vérifiables.