En Namibie, une alerte sanitaire dans le Zambèze ne signifie pas automatiquement que le virus a franchi une nouvelle frontière intérieure. La région, au nord-est, relève déjà d’un régime vétérinaire distinct des zones du sud reconnues indemnes de fièvre aphteuse. L’enjeu est donc double : contenir le foyer détecté près de Kalala et protéger les échanges d’élevage qui soutiennent les revenus des producteurs.

Une alerte confirmée près de Kalala

Le ministère namibien chargé de l’Agriculture a confirmé la présence de la fièvre aphteuse sur l’île de Kalala, dans la circonscription de Kabbe, au Zambèze. Des vétérinaires ont examiné le 5 octobre 2026 une vingtaine de bovins présentant des signes compatibles avec la maladie. Les douze prélèvements analysés se sont révélés positifs le 7 octobre, selon les informations rapportées par le quotidien namibien The Namibian.

Les autorités ont lancé une vaccination d’urgence et renforcé la surveillance autour du foyer. Elles ont aussi suspendu les déplacements d’animaux à sabots fendus et de produits animaux bruts dans la région. Les ventes aux enchères, marchés et rassemblements de bétail sont interrompus. Les abattages locaux, y compris dans les circuits informels, sont également concernés par les restrictions annoncées.

Ces mesures visent à limiter les contacts entre troupeaux et à suivre l’évolution de l’infection. À ce stade, les informations publiques consultées ne permettent pas d’établir l’étendue complète du foyer, ni son origine. Ces éléments doivent donc rester attribués aux autorités lorsqu’ils seront précisés.

Deux zones sanitaires, deux enjeux commerciaux

La détection intervient après un foyer confirmé le 23 septembre dans le district vétérinaire de Karasburg, dans la région méridionale du //Kharas. Cette première alerte a conduit à la notification de l’Organisation mondiale de la santé animale (OMSA), l’organisme international chargé notamment de suivre les maladies animales. L’OMSA indique que le statut de zone indemne sans vaccination a été suspendu à partir du 22 septembre 2026.

Mais le Zambèze ne se trouvait pas dans la même situation sanitaire que les zones d’exportation du sud avant cette nouvelle détection. L’OMSA décrit le nord de la Namibie comme une zone de protection, tandis que le Zambèze est déjà classé comme zone infectée en raison de la présence de buffles africains. Cette distinction, détaillée par le bureau régional africain de l’OMSA, est essentielle : elle évite de présenter l’événement comme une simple extension d’un même foyer du sud vers le nord.

Le foyer de Karasburg touche, lui, la zone méridionale qui permet à la Namibie de commercialiser certains animaux et produits animaux sous un statut sanitaire favorable. L’Union européenne a temporairement suspendu l’entrée de viandes fraîches de bœuf, de mouton et de chèvre, ainsi que de certains produits transformés, provenant de cette zone auparavant indemne. La mesure européenne, publiée le 5 octobre, est liée au foyer du //Kharas ; elle ne doit pas être automatiquement confondue avec les restrictions intérieures décidées dans le Zambèze. L’Union européenne précise que les produits traités selon les normes requises peuvent rester admissibles.

Le coût des contrôles pour les éleveurs

La fièvre aphteuse est une maladie virale très contagieuse qui touche notamment les bovins, les moutons et les chèvres. Elle représente un risque pour la santé animale et les marchés, mais n’est pas considérée comme une menace pour la santé humaine par consommation de viande. La vaccination, les restrictions de déplacement et le suivi vétérinaire cherchent à ralentir la transmission entre animaux.

Dans le Zambèze, la suspension des marchés et des ventes peut priver éleveurs et commerçants de débouchés immédiats. Les exploitations commerciales ne sont pas seules concernées : les producteurs communautaires, les transporteurs, les vendeurs et les petits abattoirs dépendent aussi de la circulation du bétail. Une mesure uniforme peut ainsi peser différemment selon la taille du troupeau, l’accès aux services vétérinaires et la distance jusqu’aux marchés.

Pour l’État, la priorité consiste à circonscrire l’infection sans fragiliser inutilement les activités qui ne sont pas touchées. Les prochaines données de surveillance — nouveaux cas, périmètre des contrôles, vaccination et éventuelle levée des restrictions — aideront à mesurer le coût réel pour les filières. Les résultats devront distinguer clairement la situation du Zambèze de celle du //Kharas.

Une vigilance qui dépasse les frontières

La Namibie appartient à la Communauté de développement de l’Afrique australe (SADC), qui réunit des États confrontés à des enjeux sanitaires et commerciaux liés aux mouvements transfrontaliers du bétail. Le Zambèze jouxte notamment la Zambie, le Botswana et le Zimbabwe. La coordination vétérinaire régionale compte donc pour partager les alertes et réduire le risque de transmission, sans présumer de l’origine du foyer namibien.

La crise rappelle aussi que le statut sanitaire d’un pays peut être régionalisé : certaines zones peuvent conserver des conditions d’accès aux marchés différentes d’autres territoires. Pour les exportateurs, les décisions de l’OMSA et des partenaires commerciaux auront des conséquences concrètes. Pour les éleveurs du nord-est, l’enjeu immédiat reste l’accès aux soins vétérinaires, la protection des troupeaux et la reprise sûre des ventes.

Le fait nouveau est donc à suivre sur deux plans distincts : l’évolution du foyer dans le Zambèze et les restrictions commerciales associées à la zone méridionale du //Kharas. Les prochaines notifications des services namibiens et de l’OMSA préciseront si les mesures permettent de contenir les infections et de préserver la séparation entre les zones sanitaires.