Pour une petite entreprise à Accra comme pour un ménage qui sollicite un prêt, la santé des banques se mesure aussi à une question simple : les crédits accordés seront-ils remboursés ? Au Ghana, la baisse des impayés progresse, mais le rythme devra s’accélérer pour respecter l’objectif fixé par la banque centrale.

Un objectif ambitieux après plusieurs années de tension

Le secteur bancaire ghanéen sort d’une période difficile. La restructuration de la dette intérieure engagée en 2022 a pesé sur les bilans, tandis que les difficultés économiques ont fragilisé la capacité de certains emprunteurs à honorer leurs échéances. Les prêts non performants, c’est-à-dire les crédits dont le remboursement accuse un retard important ou paraît compromis, ont alors fortement augmenté.

Leur part dans les prêts bruts est passée de 15 % en 2020 à 22 % à la fin de 2024, selon la revue de stabilité financière de la Banque du Ghana. L’agence publique Ghana News Agency rapporte ensuite une amélioration : le ratio est retombé à 18,9 % en décembre 2025. Il restait toutefois élevé, notamment en raison de créances anciennes et des effets de la restructuration de la dette.

Cette trajectoire explique le cap du régulateur. Les établissements doivent ramener leur ratio de créances douteuses à 10 % au plus tard à la fin de décembre 2026. La Banque du Ghana a formalisé des mesures pour réduire ces prêts et limiter les risques pour la rentabilité, la liquidité et la solvabilité du système financier.

La baisse est réelle, mais le dernier palier est exigeant

Le 8 octobre, lors de l’assemblée générale annuelle de la Ghana Association of Banks à Accra, le gouverneur Johnson Pandit Asiama a rappelé l’échéance. Le lendemain, le quotidien ghanéen Graphic Online a confirmé les chiffres communiqués pour août : le ratio de prêts non performants a diminué de 20,7 % un an plus tôt à 15,7 %.

Le recul est notable, mais il reste près de six points à parcourir en quelques mois pour rejoindre la limite de 10 %. Le chiffre d’août cité dans les comptes rendus varie légèrement selon l’arrondi : 15,66 % dans certaines publications, 15,7 % dans le bilan relayé par Graphic Online. La tendance est la même, mais l’écart avec la cible demeure important.

La croissance du crédit contribue aussi à faire baisser le ratio : lorsque le volume total des prêts augmente, les créances en souffrance peuvent représenter une part moindre de l’ensemble, même si leur montant ne recule pas au même rythme. La baisse de cet indicateur ne suffit donc pas, à elle seule, à prouver que tous les emprunteurs en difficulté ont régularisé leur situation.

Le redressement des banques est plus large. À la fin d’août 2026, leurs actifs cumulés atteignaient 500,2 milliards de cedis ghanéens, contre 415 milliards un an auparavant. Leur ratio de fonds propres s’élevait à 19,1 %, au-dessus du minimum réglementaire de 13 %. Le gouverneur a indiqué que les 23 banques du pays satisfaisaient désormais aux exigences de capital.

Recouvrer sans fermer l’accès au crédit

Pour atteindre la cible, la Banque du Ghana demande aux établissements d’agir à chaque étape du prêt : mieux évaluer les emprunteurs avant l’octroi, suivre les remboursements, restructurer les dettes lorsque cela reste viable et renforcer le recouvrement. Une directive sur la gestion du risque de crédit doit compléter les mesures déjà annoncées.

Cette approche met les banques devant un équilibre délicat. Des critères plus stricts peuvent freiner les défauts futurs, mais aussi écarter du financement des entreprises productives et des ménages solvables aux revenus irréguliers. À l’inverse, prêter trop vite pour soutenir la croissance du portefeuille peut créer de nouvelles créances impayées.

Les effets ne seront pas uniformes. Les grandes entreprises disposant de garanties et d’états financiers solides sont généralement mieux placées pour négocier un crédit. Les petites entreprises, les travailleurs indépendants et les emprunteurs de l’économie informelle peuvent subir davantage un durcissement des conditions. En parallèle, les sommes immobilisées dans les crédits non remboursés limitent la capacité des banques à financer de nouveaux projets.

La qualité du recouvrement compte également. Une dette restructurée peut permettre à une entreprise viable de poursuivre son activité et de préserver des emplois. Mais la récupération des garanties ou les restrictions imposées aux emprunteurs défaillants peuvent aussi aggraver leurs difficultés si elles ne tiennent pas compte de leur capacité réelle de remboursement.

Un enjeu pour le Ghana et l’Afrique de l’Ouest

Le dossier dépasse les bilans bancaires. Le Ghana est membre de la CEDEAO, la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest, où les échanges commerciaux et les investissements régionaux reposent aussi sur des circuits de financement fiables. Des banques plus solides peuvent soutenir les entreprises et les échanges ; des règles de crédit appliquées sans discernement risqueraient, elles, de réduire les financements accessibles aux acteurs les plus modestes.

La prochaine étape sera de vérifier si la baisse des créances s’accompagne d’une amélioration concrète des remboursements, plutôt que d’une hausse mécanique du volume de prêts. Le respect de l’échéance de décembre 2026, puis le contrôle de la gestion du risque annoncé par la banque centrale, donneront une indication sur la capacité du secteur à consolider ses bilans sans étouffer le crédit productif.

Sources de recoupement : le compte rendu de l’assemblée des banques par Graphic Online, les données sectorielles relayées par la Ghana News Agency et les mesures réglementaires publiées par la Banque du Ghana.