Il appartient à cette génération d’entrepreneurs et d’intellectuels africains qui cherchent à dépasser le discours traditionnel sur les immenses potentialités du continent. À ses yeux, la question n’est plus de savoir si l’Afrique dispose des ressources nécessaires à son développement, mais comment elle peut les convertir en puissance économique et politique. Junior Mbuyi, né à Kinshasa et arrivé en France à l’âge de cinq ans avec ses parents, réfugiés politiques, a construit une partie de ses convictions au contact des marchés financiers. Après une jeunesse passée notamment à Champigny-sur-Marne, en région parisienne, il poursuit des études supérieures en finance avant de rejoindre plusieurs grandes banques internationales, parmi lesquelles BNP Paribas, Société Générale, HSBC et Natixis.
Cette expérience lui apporte une connaissance des mécanismes qui gouvernent l’accès des États au financement international. Elle nourrit aussi une conviction : l’indépendance politique demeure fragile lorsqu’elle ne s’accompagne pas d’une véritable autonomie économique.
Une lecture stratégique des bouleversements mondiaux
Dans son ouvrage Du chaos à l’essor, qu’il vient de publier, Junior Mbuyi développe une réflexion sur la place que pourrait occuper l’Afrique dans un ordre international en pleine recomposition. L’affrontement économique entre la Chine et les États-Unis, la montée en puissance des BRICS et la compétition mondiale pour les minerais critiques constituent, selon lui, autant d’occasions pour les pays africains de renforcer leur capacité de négociation.
Sa proposition repose sur une forme de non-alignement pragmatique. Plutôt que de choisir entre les grandes puissances, les États africains devraient multiplier leurs partenariats et les évaluer à l’aune de leurs intérêts économiques, industriels et stratégiques.
Cette approche s’éloigne d’une conception essentiellement politique de la souveraineté. Pour Junior Mbuyi, celle-ci se mesure également à la capacité d’un pays à financer ses infrastructures, transformer ses matières premières, développer ses compétences et disposer de ses propres outils d’analyse.
L’ambition est d’autant plus importante que les économies africaines demeurent confrontées à des contraintes structurelles : dépendance aux exportations de matières premières, insuffisance des infrastructures et accès souvent coûteux aux financements internationaux.
À Paris, un forum consacré à la maîtrise du risque
Cette réflexion a trouvé un prolongement concret avec l’organisation, le 1er octobre 2026 à Paris, de la première édition de l’Africa Risk Forum, à l’initiative de Junior Mbuyi. Réunissant des responsables publics, des représentants du monde financier et des experts des questions africaines, cette rencontre visait à replacer la gestion du risque au centre des stratégies de développement du continent.
Parmi les participants figuraient notamment l’ancien ministre français de l’Économie et des Finances Michel Sapin et l’ancien ministre sénégalais des Affaires étrangères Cheikh Tidiane Gadio.
Au-delà des échanges diplomatiques et économiques, le forum a permis de mettre en avant une question encore insuffisamment débattue : la manière dont les risques africains sont évalués par les institutions financières et les investisseurs internationaux.
Pour Junior Mbuyi, cette question est déterminante. La perception du risque influence directement les taux auxquels empruntent les États, les entreprises et les banques. Elle conditionne, par conséquent, leur capacité à investir et à accompagner la transformation des économies.
Le coût du capital, nouvel enjeu de souveraineté
C’est dans cette perspective que s’inscrit l’Africa Risk Index, développé par Africa Risk Institute, structure créée à l’initiative de Junior Mbuyi.
Selon ses concepteurs, cet outil couvre les 54 États africains et mobilise 48 variables ainsi que plus de 70 000 points de données pour évaluer leur résilience macroéconomique, bancaire et institutionnelle.
L’objectif est de disposer d’instruments d’analyse permettant de mieux distinguer les vulnérabilités économiques réelles des perceptions parfois défavorables attachées aux marchés africains.
Junior Mbuyi développe notamment le concept de « Perception Premium », qui désigne un éventuel surcoût de financement lié à une appréciation du risque supérieure à ce que justifieraient les fondamentaux économiques d’un pays.
Cette hypothèse suppose naturellement d’être démontrée par des comparaisons rigoureuses. Elle soulève néanmoins une question essentielle : dans quelle mesure les pays africains disposent-ils des moyens de produire et de défendre leur propre analyse économique ?
Car un accès plus coûteux au capital peut réduire les capacités d’investissement public, ralentir la construction d’infrastructures et contribuer à entretenir les fragilités qu’il est censé refléter.
Faire émerger une capacité africaine de décision
La singularité de la démarche de Junior Mbuyi tient à l’articulation entre une vision géopolitique et des instruments financiers. À la réflexion sur la place de l’Afrique dans le monde s’ajoute une volonté de développer des capacités autonomes d’expertise et d’anticipation.
Cette ambition ne saurait, à elle seule, résoudre les difficultés structurelles du continent. Elle suppose notamment des institutions solides, une coopération accrue entre États et la mobilisation de capitaux de long terme.
Mais elle contribue à faire évoluer les termes du débat. Alors que l’Afrique occupe une place croissante dans les stratégies des grandes puissances, la question n’est plus seulement celle des investissements qu’elle peut attirer, mais des conditions dans lesquelles elle entend les négocier.
En réunissant à Paris responsables politiques, financiers et spécialistes du risque, Junior Mbuyi a donné une traduction institutionnelle à cette réflexion. Son initiative témoigne de l’émergence d’une expertise africaine qui entend peser davantage dans les décisions économiques internationales.
Une évolution dont l’enjeu dépasse les questions financières : permettre aux pays africains de ne plus être seulement les destinataires des stratégies conçues ailleurs, mais d’en devenir les acteurs.