À l’Upemba, la question dépasse la frontière entre une concession minière et une aire protégée : elle touche à la qualité de l’eau, aux moyens de subsistance locaux et à la capacité de l’État congolais à faire respecter ses règles. Dans le sud-est de la République démocratique du Congo, une coalition d’organisations réclame une réponse des autorités face aux activités extractives signalées autour du parc.
Un parc au carrefour de trois provinces
Créé en 1939, le parc national de l’Upemba s’étend sur les provinces du Lualaba, du Haut-Katanga et du Haut-Lomami. Il abrite notamment des zèbres sauvages, des éléphants de savane et des buffles. Le bassin de la Lufira, associé au parc, est reconnu comme zone humide d’importance internationale au titre de la convention de Ramsar.
Cette richesse écologique se trouve dans une région où l’activité minière occupe une place majeure dans l’économie. Le cuivre et le cobalt alimentent des chaînes d’approvisionnement qui dépassent largement les frontières congolaises. Mais les retombées économiques nationales ne disent pas, à elles seules, qui supporte les risques environnementaux : les communautés vivant près des sites, les cours d’eau et les écosystèmes peuvent être les premiers concernés.
L’Upemba est également situé dans un espace régional où les enjeux de conservation et de ressources naturelles ne s’arrêtent pas aux frontières. La République démocratique du Congo participe à la Communauté de développement de l’Afrique australe (SADC), organisation régionale qui réunit notamment plusieurs pays voisins. La protection des bassins versants et de la biodiversité engage donc aussi la coopération régionale.
Des activités signalées, mais des périmètres à établir
Vingt-quatre organisations de la société civile et associations environnementales demandent aux autorités de suspendre les activités minières qu’elles dénoncent dans le parc et ses environs. Elles affirment suivre la situation depuis plusieurs mois et évoquent des opérations d’exploration et d’exploitation de l’or et du coltan, ainsi que la présence d’engins lourds et d’infrastructures.
Les organisations redoutent notamment la déforestation et la pollution des rivières par les produits utilisés pour traiter les minerais. Leur inquiétude porte sur les effets possibles pour les espèces animales et aquatiques, mais aussi pour les personnes qui dépendent de ces eaux. Ces risques sont avancés par la coalition ; les informations publiques consultées ne fournissent pas encore d’évaluation indépendante permettant d’en mesurer l’ampleur sur le terrain.
Un point demande une attention particulière : les informations disponibles ne décrivent pas toutes la situation de la même manière. La coalition signale des activités dans des secteurs du parc et en périphérie. De son côté, le chargé de communication du parc affirme que les activités minières concernent les zones périphériques, et non le cœur du parc. Cette divergence rend nécessaire une vérification précise des limites concernées, des titres miniers éventuels et des opérations effectivement menées.
Dans un compte rendu publié le 2 octobre, Radio Okapi rapporte que les organisations demandaient également l’envoi d’une mission d’enquête. La date de la correspondance varie selon les récits disponibles : le texte fourni pour cette reconstruction mentionne le 8 octobre, tandis que Radio Okapi indique que la lettre lui était parvenue le 1er octobre. La date exacte d’envoi n’est donc pas établie par ces éléments.
Le droit et le contrôle sur le terrain
Le cadre minier congolais prévoit des restrictions dans les zones protégées. Le règlement minier cite les parcs nationaux, dont l’Upemba, et indique qu’aucun droit minier ou de carrière ne peut y être octroyé dans les conditions qu’il définit. La question centrale est donc de déterminer si les activités dénoncées se déroulent dans les limites légales du parc ou dans des zones périphériques, et sur quelle base administrative elles sont menées.
La direction du parc indique qu’un plan d’aménagement et de gestion est en cours de mise en œuvre pour répondre aux menaces. L’existence d’un plan ne règle toutefois pas, à elle seule, les différends sur les activités observées. Une mission conjointe des services compétents, du parc et de représentants de la société civile pourrait clarifier les périmètres, vérifier les autorisations et documenter les impacts allégués. Il s’agit ici d’un enjeu de contrôle public autant que de conservation.
Une suspension générale aurait des conséquences pour les opérateurs et les travailleurs concernés. À l’inverse, l’absence de contrôle peut exposer les populations riveraines à des dommages difficiles à réparer si des cours d’eau ou des habitats sont affectés. Une décision solide devrait donc s’appuyer sur des données vérifiables et distinguer les activités situées dans le parc de celles menées autour de ses limites, sans confondre exploration, exploitation industrielle et travail artisanal.
Pour les habitants, l’enjeu ne se résume pas à opposer protection de la nature et activité économique. La transparence sur les autorisations, les contrôles environnementaux et les risques pour l’eau est essentielle pour comprendre qui bénéficie des ressources et qui en assume les conséquences. Les prochaines étapes à surveiller sont la réponse des autorités à la demande de la coalition, la clarification des zones concernées et les conclusions d’éventuelles inspections.
Un test de gouvernance pour la région
Le cas de l’Upemba s’inscrit dans un débat plus large en Afrique australe et centrale : comment concilier l’extraction de minerais recherchés à l’échelle mondiale avec la protection des territoires et des ressources dont dépendent les communautés. Pour la RDC, cette question prend un relief particulier dans les provinces minières du sud-est, où la gouvernance des concessions et l’application des règles environnementales sont déterminantes.
À Kinshasa, une réponse officielle fondée sur des vérifications de terrain permettrait de dépasser les déclarations contradictoires. Pour les provinces concernées, elle pourrait établir si les activités se situent dans le parc ou à sa périphérie et préciser les mesures nécessaires. À l’échelle régionale, la qualité de la gestion de l’Upemba rappelle que la préservation des milieux naturels et la conduite des activités extractives relèvent aussi d’une responsabilité partagée entre États voisins.