Un an après la rupture politique du 12 octobre 2025, Andry Rajoelina n’a pas disparu de la scène malgache. Mais il n’exerce plus le pouvoir depuis Antananarivo : depuis son départ, ses démarches les plus visibles se jouent à l’étranger, tandis que Madagascar cherche encore une issue politique durable.

Une crise née dans la rue, tranchée par l’armée

La séquence qui a conduit à la chute de l’ancien président a commencé le 25 septembre 2025. Des jeunes sont d’abord descendus dans la rue pour dénoncer les coupures d’eau et d’électricité. La mobilisation s’est ensuite élargie à un rejet plus général du pouvoir. Des militaires, dont des membres de l’unité CAPSAT, ont fini par se joindre au mouvement.

Le 12 octobre, Rajoelina a quitté Madagascar. Le lendemain, il s’est exprimé depuis un lieu qu’il n’a pas révélé, sans annoncer sa démission. Le 14 octobre, les militaires ont déclaré prendre le pouvoir. Le colonel Michaël Randrianirina a ensuite prêté serment comme président de la transition, le 17 octobre. La succession rapide de ces annonces a nourri une controverse sur la légalité du changement de pouvoir.

Le départ de Rajoelina n’efface pas les causes de la contestation. Les pannes de services essentiels ont servi de déclencheur, mais la mobilisation a aussi exprimé une défiance envers les institutions et les responsables politiques. Pour les habitants, la question immédiate reste celle des services publics et des conditions de vie. Pour les jeunes mobilisés, l’enjeu est également de ne pas voir leur mouvement déboucher sur un simple changement de dirigeants.

De l’exil à la scène diplomatique régionale

L’ancien président réside aux Émirats arabes unis, d’après les informations disponibles. Sa réapparition publique la plus remarquée a eu lieu en Eswatini, le 6 février 2026, lors d’une rencontre avec le roi Mswati III. L’agence panafricaine APA et TV5MONDE, qui s’appuie sur l’AFP, ont toutes deux rapporté cette visite.

Le souverain a présenté l’éviction de Rajoelina comme anticonstitutionnelle, selon les comptes rendus de la rencontre. Les autorités de transition malgaches ont contesté qu’un ancien chef d’État puisse se présenter à l’étranger comme représentant légitime du pays. Cette réaction a transformé une visite protocolaire en différend diplomatique. Elle montre que l’exil ne signifie pas retrait : Rajoelina cherche à garder une place dans le débat régional, même sans mandat officiel.

Le choix de l’Eswatini compte. Le royaume est membre de la Communauté de développement de l’Afrique australe, la SADC, organisation régionale dont Madagascar fait aussi partie. L’accueil réservé à l’ancien président a donc touché aux relations entre États voisins et aux règles de représentation diplomatique. Il n’a toutefois pas, à lui seul, établi un soutien régional à son retour au pouvoir.

En août 2025, quelques semaines avant les manifestations, Antananarivo avait accueilli le sommet de la SADC et Rajoelina en avait assumé la présidence tournante. Le contraste est marqué : l’homme qui représentait alors l’organisation a quitté son pays deux mois plus tard, tandis que la transition militaire devait répondre aux demandes de rétablissement de l’ordre constitutionnel exprimées par l’Union africaine et la SADC.

Un ancien camp dispersé, une justice encore en question

À Madagascar, le camp de l’ancien président s’est fragmenté. Certains de ses anciens alliés ont rallié les nouvelles autorités, tandis que d’autres ont quitté le pays ou sont poursuivis. Des informations de presse font état de détentions et de condamnations visant des personnalités associées à l’ancienne administration. Ces situations doivent être examinées au cas par cas : une arrestation ou une condamnation ne suffit pas à établir la responsabilité d’autres membres du pouvoir déchu.

La situation judiciaire de Rajoelina lui-même reste distincte. Des critiques portant sur la gestion des ressources publiques ont été rapportées, mais un procès suppose des actes de procédure et des décisions judiciaires vérifiables. Il faut donc distinguer les accusations, les éventuelles enquêtes et une culpabilité établie par un tribunal. La source des informations disponibles ne permet pas de présenter comme acquis un procès ou une mise en accusation de l’ancien président.

Autre élément sensible : les autorités de transition ont retiré à Rajoelina la nationalité malgache après la révélation de sa nationalité française, acquise en 2014 selon plusieurs comptes rendus de presse. Cette question avait déjà suscité un débat sur son éligibilité à la présidentielle de 2023. La mesure prise après son départ est un acte politique et administratif aux conséquences importantes ; sa portée juridique ne doit pas être confondue avec une décision sur les faits reprochés à son ancien gouvernement.

Pour les anciens responsables comme pour les citoyens, la crédibilité de la justice dépendra de procédures publiques, cohérentes et applicables à tous. Une transition qui sanctionnerait ses adversaires sans garanties judiciaires risquerait d’affaiblir sa promesse de refondation. À l’inverse, l’absence de suites sur des accusations documentées nourrirait la défiance déjà exprimée dans la rue.

La transition au centre du prochain rapport de force

Le président de transition a annoncé une période pouvant aller jusqu’à deux ans avant de nouvelles élections. Ce calendrier place les institutions malgaches devant une tâche précise : définir une feuille de route, préciser les règles du scrutin et organiser un dialogue qui ne se limite pas aux autorités en place. La jeunesse mobilisée, les partis, les collectivités et la société civile ont des intérêts différents, mais leur participation pèsera sur la légitimité du processus.

La portée dépasse Madagascar. L’Union africaine a demandé le rétablissement de l’ordre constitutionnel et coordonne ses démarches avec la SADC. Le dossier met en tension deux principes : condamner les prises de pouvoir militaires et répondre aux contestations populaires qui fragilisent les gouvernements. Pour les organisations régionales, l’enjeu est de ne pas réduire la crise à un choix entre l’ancien président et l’armée, mais de surveiller la place accordée aux civils et la tenue d’élections crédibles.

Un an après son départ, Rajoelina demeure donc un acteur de la crise, mais pas son seul centre de gravité. Sa capacité à obtenir des appuis extérieurs ne dit pas ce que souhaitent les Malgaches ni ne règle les questions de justice et de calendrier électoral. Le prochain test sera la manière dont la transition transforme une mobilisation née autour des services essentiels en institutions capables de rendre des comptes.