En Côte d’Ivoire, un projet politique peut-il devenir un espace d’écoute au-delà des militants qui le portent ? C’est le pari affiché par le PPA-CI, qui veut faire circuler ses propositions dans le pays et recueillir les attentes des habitants jusqu’à la fin de 2027.
Un projet politique cherche à prendre le pouls du pays
Le Parti des peuples africains-Côte d’Ivoire (PPA-CI) a lancé, samedi 10 octobre 2026, le déploiement de son « Pacte social » lors d’un rassemblement à Gonzagueville, dans la commune de Port-Bouët, à Abidjan. Laurent Gbagbo, président du parti, était absent. Son représentant, Sébastien Dano Djédjé, a porté le lancement, selon plusieurs comptes rendus de médias ivoiriens.
Présentée par le PPA-CI comme une réponse aux fractures sociales, l’initiative reprend sept axes issus du programme élaboré par Laurent Gbagbo pour la présidentielle de 2025. Le coût de la vie, l’emploi des jeunes et la réconciliation nationale figurent parmi les préoccupations annoncées. Le parti affirme que le projet s’adresse à tous les Ivoiriens, au-delà de ses rangs.
La méthode annoncée repose sur des ambassadeurs chargés de présenter les différents axes et de recueillir des propositions dans les localités. Cette démarche doit se poursuivre jusqu’en décembre 2027. Le PPA-CI prévoit ensuite de réunir ces contributions dans un livre blanc, qui serait soumis à des assises du Pacte. À ce stade, il s’agit d’un calendrier annoncé par le parti, et non d’un mécanisme public doté d’un mandat institutionnel.
Un retour au débat après une séquence électorale fermée
Le lancement intervient dans une période politique marquée par les élections de 2025. Laurent Gbagbo n’a pas pu concourir à la présidentielle : sa candidature ne figurait pas parmi les dossiers validés par le Conseil constitutionnel. La Commission électorale indépendante a proclamé les résultats provisoires du scrutin du 25 octobre 2025. Le PPA-CI, privé de son candidat, cherche désormais à maintenir une présence nationale autrement que par la compétition électorale.
Ce contexte donne au Pacte une double fonction possible. Le parti le présente comme un exercice d’écoute et de formulation de politiques publiques. Dans le même temps, des analystes y voient un moyen de remobiliser ses militants et de rester visible entre deux échéances électorales. Ces lectures ne s’excluent pas : leur poids dépendra de la diversité des personnes consultées et de la manière dont leurs propositions seront restituées.
Le défi est concret. Recueillir des doléances ne garantit ni leur représentativité ni leur traduction en mesures applicables. Les attentes d’un jeune en recherche d’emploi à Abidjan, d’un producteur rural confronté aux coûts de transport ou d’un travailleur de l’économie informelle ne se résument pas aux mêmes priorités. La crédibilité du processus se jouera donc aussi dans sa capacité à faire entendre des voix hors des grandes villes et hors des structures partisanes.
Des tensions politiques en toile de fond
La cérémonie a également servi à afficher la cohésion du PPA-CI alors que plusieurs de ses responsables sont concernés par des procédures judiciaires. Le parti a notamment évoqué les dossiers de Justin Koné Katinan et la convocation de Sébastien Dano Djédjé devant la cellule antiterroriste le lundi 12 octobre. La convocation de Dano Djédjé a été rapportée par des médias ivoiriens ; les motifs n’étaient pas précisés dans les informations disponibles avant cette échéance.
Le PPA-CI dénonce une pression visant ses cadres. De son côté, un membre du gouvernement cité dans la matière initiale conteste cette interprétation et affirme que les personnes concernées relèvent du droit commun. Sans documents judiciaires détaillant les charges et leur état d’avancement, il faut distinguer les accusations du parti, la position rapportée du gouvernement et les faits judiciaires publiquement établis. La tenue de procédures ne permet pas, à elle seule, de trancher le débat politique sur leur contexte.
Cette tension a un effet direct sur la vie militante. Certains participants redoutent que les convocations et les poursuites ne restreignent l’expression de l’opposition ; les autorités, elles, invoquent l’application de la loi. Le respect des libertés politiques et la transparence des procédures pèseront sur la confiance dans les institutions, bien au-delà du seul PPA-CI.
Le test : transformer les consultations en propositions vérifiables
La Côte d’Ivoire reste un acteur central de l’Afrique de l’Ouest et membre de la CEDEAO, l’organisation régionale de coopération politique et économique. Les débats ivoiriens sur la participation politique et l’apaisement électoral résonnent donc dans une région où les institutions sont régulièrement mises à l’épreuve. Mais l’ambition continentale du Pacte dépendra d’abord de résultats observables dans le pays : des consultations ouvertes, des propositions chiffrées et des réponses sur leur faisabilité.
Un autre enjeu tient aux relais. Le PPA-CI ne dispose pas, par ce seul projet, d’un pouvoir parlementaire ou gouvernemental lui permettant d’appliquer ses propositions. Son livre blanc pourra nourrir le débat public, mais sa portée dépendra de la réception par les autres partis, les collectivités, les organisations sociales et les décideurs. La prochaine étape à surveiller est donc le déploiement annoncé sur le terrain, puis la publication du document promis pour 2027.
Pour les Ivoiriens, la mesure du Pacte ne sera pas le nombre de réunions tenues, mais la place réellement accordée à leurs priorités et la précision des réponses proposées. Pour le PPA-CI, c’est aussi une épreuve d’organisation : prouver qu’une initiative lancée par un parti peut s’ouvrir à la société sans se limiter à une opération de remobilisation.