À Karachi, la récupération de Madhubala se mesure désormais à des gestes élémentaires : retrouver l’appui de ses pattes, reprendre du muscle et pouvoir se coucher sans risquer de ne plus se relever. Le cas de cette éléphante rappelle qu’un traitement peut améliorer des analyses sans régler les conditions de vie d’un animal sauvage en captivité.
Une amélioration biologique, mais une santé encore fragile
Le 9 octobre 2026, des vétérinaires présents au Safari Park de Karachi ont décrit un état toujours préoccupant. Madhubala, âgée de 22 ans selon le vétérinaire Amir Khalil, a perdu plus de 200 kilogrammes et une part importante de sa masse musculaire, notamment aux pattes arrière. Un gonflement, des plaies près des ongles et une faiblesse qui gêne ses déplacements compliquent sa convalescence.
Des analyses récentes indiquent toutefois que les infections bactériennes et parasitaires relevées quelques semaines plus tôt ne sont plus détectées. Cette évolution constitue un signe encourageant, mais ne signifie pas que l’éléphante est rétablie. D’après les spécialistes, elle reste vulnérable après un long traitement contre la tuberculose et une période de santé dégradée. En septembre, elle avait fait une chute dans son enclos et avait eu besoin d’une aide mécanique pour se remettre debout, rapporte le quotidien pakistanais Dawn.
L’équipe prévoit une réadaptation progressive. Elle envisage notamment d’approfondir une partie de la piscine du parc pour permettre à Madhubala de bouger dans l’eau en portant moins son poids. Les vétérinaires souhaitent aussi adapter son alimentation et améliorer les conditions des soins. Ces mesures doivent l’aider à retrouver de la force, mais leur efficacité dépendra de son évolution dans les prochaines semaines.
Les informations disponibles ne décrivent pas exactement la même étape médicale : les autorités pakistanaises évoquaient encore des examens en cours après sa chute, tandis que les spécialistes ont annoncé le 9 octobre la disparition des infections bactériennes et parasitaires détectées auparavant. Il faut donc distinguer ce constat biologique récent d’un rétablissement général, qui n’est pas établi.
À Karachi, les soins s’inscrivent dans un passé lourd
Madhubala vit au Safari Park, dans la métropole de Karachi, au sud du Pakistan. Elle y a été transférée en novembre 2024 après environ quinze ans passés séparée de ses congénères au zoo de Karachi. Elle y a retrouvé Malika et Sonia, ses compagnes venues de Tanzanie. Sonia est morte quelques semaines après le transfert. Noor Jehan, une autre éléphante maintenue à Karachi, était morte en avril 2023.
Ces décès ont accru la pression sur les responsables municipaux chargés des installations zoologiques. En mars 2025, la Karachi Metropolitan Corporation a annoncé la création d’un comité technique de 18 membres pour superviser les soins de Madhubala et de Malika, toutes deux diagnostiquées avec une infection tuberculeuse. Le groupe réunit notamment des vétérinaires internationaux et des spécialistes pakistanais des maladies infectieuses et de la santé animale. Cette coordination montre que les compétences locales et internationales peuvent se compléter ; elle ne dispense pas les autorités de rendre compte de la qualité des installations et du suivi quotidien.
La question est concrète pour les équipes du parc : assurer les examens, adapter les soins et maintenir une surveillance continue. Pour les visiteurs et les habitants de Karachi, elle porte aussi sur la responsabilité d’une institution publique envers des animaux dont la santé dépend entièrement de la gestion humaine. Les autorités locales ont affirmé que Madhubala recevait des soins constants ; les informations publiées par les médias pakistanais font parallèlement état d’inquiétudes médicales et d’une chute récente.
La captivité au-delà du seul cas pakistanais
Les défenseurs du bien-être animal contestent le maintien d’éléphants sauvages dans des zoos ou des structures privées. Leur argument porte notamment sur les besoins de déplacement, les liens sociaux et les effets possibles d’un environnement contraint. À l’inverse, des établissements zoologiques mettent en avant les soins vétérinaires, la sensibilisation du public et, selon les programmes, la contribution à la conservation. Ces objectifs ne suffisent pas à eux seuls à démontrer que les conditions offertes à chaque animal sont adaptées.
Le débat concerne aussi les règles du commerce international. En 2019, les États parties à la CITES — la convention qui encadre le commerce international des espèces menacées — ont restreint les transferts d’éléphants d’Afrique prélevés dans la nature vers des destinations situées hors de leur aire naturelle. Les transferts vers des installations captives ne sont pas simplement interdits dans tous les cas : des exceptions restent possibles, notamment si un bénéfice démontrable pour la conservation dans le milieu naturel est établi. La CITES précise les destinations considérées comme appropriées.
Cette règle vise le prélèvement et le commerce d’animaux sauvages. Elle ne résout pas, à elle seule, la situation des éléphants déjà détenus dans des parcs zoologiques, ni celle de leurs transferts entre établissements. Le soin quotidien et le devenir de ces animaux demeurent donc des sujets distincts, à traiter avec des données transparentes sur leur santé, leur environnement et les options réalistes de prise en charge.
Une portée qui dépasse Karachi
Le cas de Madhubala concerne un parc situé hors d’Afrique, mais les décisions sur les éléphants capturés et déplacés touchent directement les pays de leur aire de répartition. En Afrique, les autorités nationales, les communautés locales et les organismes de conservation doivent composer avec des choix portant sur la protection des habitats, la coexistence avec les populations et la circulation des animaux. Les règles internationales fixent un cadre ; leur application ne remplace ni ces décisions nationales ni le suivi des animaux déjà en captivité.
Le chiffre d’environ un millier d’éléphants d’Afrique détenus dans le monde circule dans des publications antérieures, mais il ne constitue pas un décompte mondial actualisé et vérifié ici. Il convient donc de le traiter comme un ordre de grandeur, et non comme une statistique précise sur la situation en 2026.
Dans l’immédiat, le prochain indicateur sera l’évolution de Madhubala : peut-elle retrouver sa mobilité et reprendre du poids après la disparition des infections détectées ? À plus long terme, le suivi des soins à Karachi et l’application des règles CITES rappellent deux enjeux différents mais liés : garantir une prise en charge digne aux animaux déjà détenus, et limiter les transferts qui alimentent la captivité sans bénéfice de conservation clairement établi.