Pour les producteurs de cacao, la campagne ne commence réellement que lorsque les acheteurs peuvent payer les fèves. Au Ghana, le financement de ces achats dépend désormais davantage de l’épargne et des investisseurs locaux, après les retards rencontrés avec les prêts internationaux et les avances des négociants.
Un financement intérieur pour faire circuler les paiements
Le 5 octobre 2026, Cocoa Capital, filiale du Ghana Cocoa Board (COCOBOD), a levé 3,39 milliards de cédis, soit environ 288 millions de dollars, sur le marché ghanéen. Les titres offrent un rendement de 11 % et arrivent à échéance le 28 juin 2027. La somme représente environ 85 % des 4 milliards de cédis envisagés pour cette première émission. Ces modalités sont rapportées par plusieurs médias ghanéens et sud-africains à partir des résultats de l’opération. GBC Ghana Online a détaillé la levée et son échéance.
L’argent doit apporter des liquidités aux sociétés agréées, appelées Licensed Buying Companies (LBC), qui achètent les fèves aux producteurs pour le compte du COCOBOD. La campagne 2026/2027 a été lancée le 25 septembre. Or, la Chambre des négociants en cacao du Ghana estimait, à la mi-septembre, que près de 4 milliards de cédis restaient dus aux acheteurs pour la saison précédente. Elle alertait sur les difficultés de ces entreprises à obtenir de nouveaux crédits tant que leurs emprunts antérieurs n’étaient pas remboursés.
Le COCOBOD a reconnu l’existence de paiements en attente, tout en déclarant que ces retards après une campagne n’étaient pas nouveaux et ne signifiaient pas une incapacité à régler ses obligations. Le désaccord porte donc aussi sur la portée de ces arriérés : pour les acheteurs, leur calendrier menace la collecte ; pour l’organisme public, ils s’inscrivent dans le cycle habituel des règlements. Citi Newsroom a rapporté les deux positions.
Une réforme plus large, adossée aux ventes de cacao
La première levée s’inscrit dans un programme domestique pouvant atteindre 16,3 milliards de cédis. Présenté le 25 septembre par Cocoa Capital, il prévoit jusqu’à 14 milliards de titres à court terme pour financer les achats de la campagne 2026/2027. Les 2,3 milliards restants doivent provenir d’obligations à moyen ou long terme destinées à restructurer d’anciennes dettes du COCOBOD. Les émissions doivent être échelonnées en fonction des besoins de trésorerie et des conditions du marché. Le COCOBOD a publié les modalités générales du programme.
Le dispositif n’est pas financé par les seules recettes fiscales. Le remboursement doit s’appuyer sur les créances de certains contrats de vente de cacao à terme, transférées à Cocoa Capital. Les revenus concernés passeront par des comptes dédiés et seront distribués selon un ordre de priorité défini. En clair, les investisseurs prêtent sur le marché ghanéen, mais les remboursements restent liés aux ventes futures de fèves.
Ce montage donne au Ghana un levier intérieur, mais ne supprime pas le risque commercial. Les recettes dépendent notamment des volumes récoltés, des prix de vente et du respect des contrats. En outre, les titres à court terme créent une échéance de remboursement dès 2027. La réussite du programme se mesurera donc autant à la régularité des paiements aux acheteurs qu’à la capacité du COCOBOD à honorer sa dette.
Les limites révélées par les anciens modèles
Pendant plus de trente ans, le COCOBOD a financé les achats par des prêts syndiqués, c’est-à-dire des crédits réunissant plusieurs banques internationales. Mais, pour la campagne 2023/2024, la première tranche n’est arrivée que le 22 décembre 2023, quatre mois après l’ouverture de la saison, selon le bilan du COCOBOD. L’organisme avait prévu une récolte de 800 000 tonnes et engagé 786 672 tonnes dans des contrats. La production effective s’est limitée à 432 145 tonnes. Le décalage a entraîné des livraisons reportées et des difficultés à rembourser les emprunts. En juillet 2024, le ministère des Finances a fourni un financement relais de 70 millions de dollars afin d’éviter un défaut sur la dernière tranche. Le bilan du COCOBOD revient sur ces retards et ces écarts de production.
Le mécanisme qui a suivi reposait davantage sur les avances des négociants internationaux. Il réduisait la dépendance immédiate aux banques, mais laissait la collecte tributaire de leur volonté de financer les achats. En février 2026, le gouvernement ghanéen a jugé ce modèle difficilement soutenable : selon son analyse, l’intérêt des acheteurs à avancer des fonds diminuait à mesure que les anciens contrats, conclus à des prix moins avantageux, étaient exécutés. Le recours au marché intérieur constitue donc une tentative de mieux maîtriser le calendrier des liquidités, plutôt qu’une sortie complète de la dépendance aux marchés et aux ventes à terme.
Un enjeu pour les producteurs et la région
Les effets se jouent d’abord dans les zones de production. Si les LBC obtiennent effectivement des fonds à temps, elles peuvent reprendre leurs achats et payer les producteurs selon les règles de la filière. Si les décaissements tardent, les petites entreprises acheteuses, qui disposent de moins de réserves que les grands opérateurs, risquent de réduire leurs achats. Les producteurs, eux, restent les premiers exposés aux retards de paiement ; l’annonce d’une levée ne garantit pas à elle seule que l’argent leur parviendra immédiatement.
Le dossier concerne aussi la place du Ghana dans le commerce régional. Membre de la CEDEAO, la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest, le pays partage avec la Côte d’Ivoire un poids majeur dans l’offre mondiale de cacao. Les difficultés ghanéennes peuvent donc influer sur les calendriers d’approvisionnement et les rapports commerciaux dans la région, sans que les deux filières soient identiques. L’enjeu à suivre est désormais concret : les prochaines émissions prévues permettront-elles de compléter le financement de la campagne, et les paiements aux sociétés agréées seront-ils assez rapides pour maintenir la collecte dans les régions productrices ?