Un départ du Caire avec 300 euros, puis des responsabilités au sommet de l’État français : le parcours de Mayada Boulos traverse plusieurs mondes sans se laisser résumer à un seul. Son récit autobiographique, publié en septembre 2026, relie l’histoire d’une famille égyptienne aux questions de l’exil, de l’identité et de l’accès au pouvoir.

Du Caire à la France, une histoire de ruptures

Mayada Boulos raconte avoir grandi dans une famille copte aisée en Égypte. Les Coptes forment la principale communauté chrétienne du pays, dont la population est très majoritairement musulmane. Dans son livre, elle décrit aussi le déclassement de sa famille après la ruine de son père, puis son départ pour la France avec peu de moyens. Ces éléments relèvent de son récit personnel, et ne résument pas l’expérience de toutes les familles coptes ni celle de l’ensemble des Égyptiens.

Son ouvrage, De bonne famille, est paru le 30 septembre 2026 aux éditions Grasset. Elle y revient sur son enfance au Caire, l’immigration, le racisme et un cancer du sein. Ce témoignage ne transforme pas ces épreuves en formule de réussite toute faite : il met plutôt en lumière les ruptures et les ressources nécessaires pour se reconstruire. La présentation du livre par les éditions Grasset confirme sa date de parution.

Le récit individuel s’inscrit dans une histoire plus large de mobilités entre l’Égypte et l’Europe. Mais le parcours de Boulos ne saurait servir de modèle unique à cette diaspora : les trajectoires migratoires varient selon les ressources, les réseaux, le statut juridique et les circonstances du départ. La question de l’intégration se joue aussi dans les institutions et les lieux de travail, où l’origine et la religion peuvent peser sur la manière dont une personne est perçue.

Des cabinets ministériels à Matignon

Installée en France, Boulos a construit une carrière dans la communication publique et privée. Elle a travaillé au ministère des Affaires sociales, à la Haute Autorité de lutte contre les discriminations et pour l’égalité, puis auprès de la ministre Marisol Touraine. Elle a également exercé chez Havas Paris avant de rejoindre, en 2020, le cabinet du Premier ministre Jean Castex comme conseillère et responsable du pôle communication.

La chronologie de ce parcours est documentée par Havas, qui retrace ses fonctions et son retour dans l’agence. Après son passage à Matignon, elle y est revenue en 2022 comme coprésidente exécutive. Le site actuel de Havas Paris la présente parmi les dirigeants de l’agence.

Ce passage du public au privé illustre une réalité du pouvoir contemporain : la communication politique mobilise des compétences également recherchées par les entreprises et les agences. Ces circulations peuvent apporter de l’expérience aux institutions. Elles soulèvent aussi des questions de transparence et de proximité entre décideurs publics et acteurs privés. Dans le cas de Boulos, elles composent une trajectoire professionnelle, mais ne dispensent pas d’examiner les règles qui encadrent ces passages.

À Matignon, son rôle consistait à organiser la communication du Premier ministre, notamment pendant la pandémie de Covid-19. Un cabinet travaille au contact étroit du chef du gouvernement, mais ses conseillers ne sont pas élus : leur influence s’exerce dans la préparation des messages et la gestion de l’information, tandis que la responsabilité politique reste celle des dirigeants. Ce partage aide à comprendre ce que signifie « être au cœur du pouvoir » sans confondre conseil et décision.

Identité, santé et représentation

Le livre aborde aussi le cancer du sein et les traitements reçus alors que Boulos travaillait à Matignon. Les détails médicaux de son parcours sont ici rapportés comme un témoignage personnel, non comme un conseil de santé. En évoquant la maladie dans un récit professionnel, elle rend visible la coexistence entre responsabilités de haut niveau et vulnérabilité, souvent peu présente dans les biographies de dirigeantes.

Son expérience interroge également les attentes d’assimilation. Dans une interview diffusée par France Inter, elle a raconté avoir voulu, à son arrivée à Paris, ressembler aux Françaises. Ce désir, comme les épisodes de racisme qu’elle relate, appartient à son vécu. Il ouvre néanmoins une question sociale plus vaste : comment être reconnue dans un nouvel environnement sans devoir effacer sa langue, sa religion ou son histoire familiale ?

Pour les Égyptiennes et les Égyptiens établis à l’étranger, la visibilité d’une dirigeante d’origine égyptienne peut compter, sans effacer les obstacles que rencontrent d’autres personnes. Les récits médiatiques de réussite gagnent donc à montrer les conditions concrètes d’une ascension — études, emplois, soutiens, accès aux réseaux — plutôt qu’à présenter la volonté individuelle comme une réponse suffisante aux discriminations.

Un parcours entre l’Égypte et ses diasporas

L’Égypte est un pays d’Afrique du Nord, membre de l’Union africaine et du Marché commun de l’Afrique orientale et australe (COMESA), un cadre de coopération économique régional. Pourtant, l’histoire de Boulos se déroule surtout entre Le Caire et les institutions françaises. Sa portée africaine tient moins à une politique continentale qu’à une question partagée par les diasporas : comment conserver des liens avec le pays d’origine tout en prenant place dans la société où l’on vit ?

Son itinéraire met aussi en relief la pluralité de l’Égypte. L’identité copte, l’expérience urbaine du Caire et les changements de fortune familiale forment ici le cadre d’une vie singulière, et non un portrait général du pays. C’est cette distinction qui permet de lire son témoignage sans réduire l’Égypte à un décor ni en faire un symbole chargé de parler au nom de toute une population.

Reste enfin une tension au cœur de sa trajectoire : Boulos a occupé une fonction de communication gouvernementale avant de diriger une agence qui conseille des organisations et des dirigeants. Cette proximité entre expertise, politique et intérêts privés mérite un examen institutionnel régulier, quel que soit le parcours personnel de la dirigeante. Son livre ajoute une voix individuelle au débat sur la mobilité et la représentation ; il ne le clôt pas.