Dans les forêts du bassin du Congo comme dans les paysages d’Afrique australe, protéger la faune ne se résume pas à créer des réserves. Les routes, les terres agricoles, les activités extractives et les choix économiques déterminent aussi la place laissée aux espèces sauvages.

Un nouvel indicateur du Fonds mondial pour la nature (WWF) attire l’attention sur l’ampleur du recul des populations suivies en Afrique. Mais son pourcentage doit être lu avec précision : il décrit une évolution moyenne de groupes observés, pas la disparition d’une part équivalente de tous les animaux du continent.

Un indicateur de tendances, pas un décompte de tous les animaux

Le rapport 2026 du WWF affirme que la taille moyenne des populations de faune sauvage suivies en Afrique a diminué de 80 % depuis 1970. À l’échelle mondiale, la baisse moyenne annoncée atteint 73 %. L’organisation explique que les résultats reposent sur l’Indice planète vivante, élaboré avec la Société zoologique de Londres.

Cette mesure suit l’évolution de populations de vertébrés — mammifères, oiseaux, poissons, reptiles et amphibiens — à partir de séries d’observations. Elle ne signifie ni que 80 % des animaux africains ont disparu, ni que 80 % des espèces sont en déclin. Certaines populations chutent, d’autres restent stables ou progressent.

Une comparaison impose aussi de la prudence. Pour la période 1970-2020, le rapport 2024 du WWF estimait le recul moyen des populations suivies en Afrique à 76 %, contre 73 % dans le monde. Le rapport 2026 confirme le chiffre mondial de 73 %, mais les sources publiques consultées ne permettent pas de vérifier indépendamment le nouveau taux régional de 80 %. Il faut donc l’attribuer au WWF, sans le présenter comme un décompte exhaustif.

Des pressions qui se cumulent, du bassin du Congo aux savanes australes

La perte et la dégradation des habitats figurent parmi les principales pressions relevées par le WWF. L’agriculture, l’exploitation forestière et minière, ainsi que la construction d’infrastructures transforment les milieux et fragmentent les espaces naturels. La chasse, le braconnage, la pollution, les maladies, les espèces envahissantes et le changement climatique ajoutent d’autres contraintes.

Dans le bassin du Congo, qui couvre plusieurs pays d’Afrique centrale, les routes peuvent faciliter l’accès à des zones forestières jusque-là isolées. Elles servent aux échanges et aux activités économiques, mais peuvent aussi morceler les habitats et rendre la chasse plus accessible. Les effets varient selon les lieux et les moyens de contrôle disponibles.

Le WWF signale également un fort recul des éléphants de forêt d’Afrique, notamment sous l’effet de la perte d’habitat et du braconnage pour l’ivoire. Ce cas rappelle qu’une moyenne régionale recouvre des situations très différentes. La dynamique d’une population dépend de son habitat, des pressions locales et de la continuité des mesures de protection.

Ces transformations touchent aussi les personnes qui vivent près des forêts et des aires protégées. Elles peuvent affecter l’accès aux terres, aux ressources et aux revenus. Les décisions de conservation pèsent donc davantage lorsque les communautés locales ne participent pas aux choix ou ne bénéficient pas concrètement de la gestion de la faune.

La conservation peut produire des résultats, si elle dure

Le rapport met en avant des signes de rétablissement. Dans certaines régions d’Afrique australe, des populations d’éléphants se sont stabilisées là où les communautés partagent la gestion de la faune et ses bénéfices. Dans le massif des Virunga, en Afrique de l’Est, des données antérieures du WWF font état d’une hausse de la sous-population de gorilles de montagne entre 2010 et 2016.

Ces exemples ne garantissent pas une amélioration uniforme. Ils montrent plutôt que des mesures suivies dans le temps — protection des habitats, surveillance, gestion durable et coopération locale — peuvent infléchir certaines trajectoires. Les droits fonciers et l’accès aux ressources comptent aussi : les personnes concernées ont davantage de raisons de soutenir la conservation lorsqu’elles prennent part aux décisions et en retirent des bénéfices réels.

Cette approche soulève un enjeu de gouvernance pour les États concernés et les organismes régionaux. La gestion des forêts et des espèces traverse souvent des frontières. La coopération entre pays d’Afrique centrale est donc déterminante dans le bassin du Congo, tandis que les déplacements de la faune et les espaces partagés appellent une coordination entre pays voisins en Afrique australe et orientale.

Agir sur les économies qui transforment les habitats

Les interventions ciblées ne peuvent pas, à elles seules, compenser toutes les pressions. Le WWF appelle à transformer plus largement les systèmes alimentaires, énergétiques et financiers. L’enjeu est de limiter les activités qui détruisent les habitats, de réduire la dépendance aux combustibles fossiles et d’orienter les investissements vers des pratiques moins dommageables.

Pour les pays africains, cette transition implique des arbitrages concrets. Les gouvernements cherchent à développer les infrastructures, l’agriculture, l’accès à l’énergie et les revenus publics. Les décisions prises dans ces secteurs déterminent aussi si les corridors écologiques restent praticables, si les forêts sont préservées et si les communautés peuvent vivre durablement des ressources locales.

Le continent ne constitue pas un espace écologique ou politique homogène. Les réponses adaptées aux forêts d’Afrique centrale ne sont pas automatiquement celles des zones pastorales du Sahel ou des paysages d’Afrique australe. Les politiques doivent s’appuyer sur des données locales, associer les populations et tenir compte des priorités économiques propres à chaque pays.

Le signal du WWF invite ainsi à suivre deux indicateurs en parallèle : l’évolution des populations animales et la capacité des politiques publiques à réduire les causes de leur recul. Le chiffre régional de 80 % avancé pour 2026 devra être confronté aux données détaillées et aux suivis menés sur le terrain. En attendant, le résultat déjà publié pour 1970-2020 établit un recul moyen important, tandis que les exemples de stabilisation rappellent que les trajectoires peuvent changer.