Une chanson peut franchir les frontières en quelques clics. Mais sa popularité ne garantit ni des revenus réguliers pour son auteur, ni des emplois durables dans son pays d’origine. C’est ce décalage entre audience mondiale et maîtrise économique que des professionnels de la musique ont placé au centre d’une rencontre à Paris, avant un rendez-vous prévu à Cotonou.

Le succès ne suffit pas à bâtir une industrie

Lors d’AFRICA Day, organisé à Sciences Po Paris, le Salon des Industries Musicales d’Afrique francophone (SIMA) a consacré un panel aux chemins qui mènent des succès locaux aux scènes internationales. Artistes, maisons de disques et professionnels du spectacle vivant ont discuté de la circulation des œuvres et de la structuration du secteur. L’événement, annoncé par Sciences Po pour le 3 octobre 2026, réunissait notamment des personnalités africaines de premier plan.

Le débat portait moins sur la possibilité d’exporter la musique africaine que sur les conditions de cette exportation. Qui finance l’enregistrement et la promotion ? Qui détient les droits ? Comment rémunérer les créateurs lorsque les morceaux sont diffusés en ligne ou joués sur scène ? Ces questions déterminent si la visibilité se traduit en activité économique pour les artistes et les professionnels qui les entourent.

La ministre béninoise des Affaires étrangères, Corinne Amori Brunet, a relié ces enjeux à la place que le Bénin souhaite donner à la culture dans son rayonnement extérieur. Elle a posé la question de la création, depuis le continent, de labels et de maisons de production capables de découvrir, former et rémunérer les talents, sans faire de l’installation à l’étranger une condition de réussite.

Le panel, animé par Mamby Diomandé, commissaire général du SIMA, réunissait aussi Pit Baccardi, cofondateur du salon, la chanteuse Singuila, Pauline Duarte de Sony Music Entertainment, Angelo Gopee de Live Nation France et du MIDEM, ainsi que Marc-André Niang de Warner Music Afrique francophone. Leurs expériences couvraient plusieurs maillons : production, édition, concerts et développement de carrière.

Au Bénin, les questions de droits et de financement restent centrales

Pour le Bénin, accueillir le SIMA à Cotonou inscrit la rencontre dans une trajectoire où les autorités cherchent à renforcer les industries culturelles. Mais l’ambition institutionnelle ne règle pas à elle seule les difficultés des artistes : accès au financement, compétences en gestion, diffusion des œuvres et collecte des droits demeurent des enjeux concrets.

Une étude consacrée aux industries culturelles et créatives relève notamment des obstacles liés au piratage, à la faiblesse des revenus de billetterie et aux difficultés de financement des projets. Elle décrit aussi l’existence de dispositifs publics et d’acteurs nationaux, dont l’Agence de développement des arts et de la culture et le Bureau béninois du droit d’auteur. Ce diagnostic aide à comprendre pourquoi les professionnels insistent sur la construction d’un écosystème local, au-delà de la seule promotion internationale.

Les effets d’une industrie mieux structurée ne se limiteraient pas aux artistes les plus connus. Producteurs, techniciens du son, managers, organisateurs de concerts et salles peuvent aussi bénéficier de circuits plus réguliers. À l’inverse, si les contrats, les droits et les recettes restent opaques, une audience importante peut coexister avec des revenus fragiles pour les créateurs et les structures locales.

Le gouvernement béninois avait déjà identifié le besoin de formation, de soutien à la production et de mécanismes de financement dans sa stratégie culturelle. Cette orientation, présentée en 2017, constitue un précédent de politique publique ; elle ne permet toutefois pas, à elle seule, de mesurer les résultats obtenus depuis. L’enjeu actuel est donc aussi d’évaluer comment les outils annoncés se traduisent dans les parcours professionnels et les revenus du secteur.

Cotonou, prochain point de rencontre

La troisième édition du SIMA est annoncée les 12 et 13 novembre 2026 à Cotonou, capitale du Bénin, sous le thème « Musique africaine : de la scène au pouvoir d’influence ». Selon les organisateurs, le programme doit associer rencontres professionnelles, panels, résidences et concerts, avec une scène destinée aux talents émergents. Ces éléments sont annoncés par le salon ; leur tenue et leur programmation détaillée restent à confirmer par le déroulement de l’événement.

Le rendez-vous réunira des acteurs de plusieurs pays africains et des partenaires internationaux. Cette diversité peut faciliter des collaborations et ouvrir des circuits de diffusion, à condition que les artistes et entreprises du continent disposent d’une place réelle dans les négociations, les contrats et le partage des recettes. La présence de grandes maisons de disques ou d’organisateurs de concerts ne garantit pas, en soi, un meilleur contrôle local de la valeur créée.

À l’échelle ouest-africaine, l’enjeu concerne la circulation des artistes et des œuvres entre marchés voisins, ainsi que la capacité des structures nationales à travailler ensemble. Pour les acteurs béninois, le salon pourra servir de vitrine et d’espace de contacts. Son impact dépendra davantage des partenariats qui survivront aux deux journées : financements mobilisés, artistes accompagnés, concerts programmés et droits effectivement rémunérés.

AFRICA Day à Paris et le SIMA à Cotonou posent ainsi une même question, sans que la scène mondiale en soit l’unique horizon : comment faire en sorte que la création, la production et la rémunération puissent aussi se développer sur le continent ? La réponse se jouera dans la durée, au fil des contrats, des dispositifs de formation et des infrastructures qui relient les scènes locales aux publics régionaux et internationaux.